Qu’est ce que vous feriez si vous étiez capable d’obtenir absolument tout ? Non, mieux : qu’est-ce que Simon Pegg ferait s’il était capable d’obtenir absolument tout ?

C’est l’argument a priori imparable du dernier film de Terry Jones, amuseur officiel de l’Angleterre depuis les années 70 avec les Monty Python et en charge de la réalisation des films du sextet.

C’est dire si on attendait avec fébrilité un pitch aussi ouvert organisant la rencontre des rois du non-sense, qui prêtent ici leurs voix, et notre rouquin préféré, empereur du british médiocre, branleur, geek et attachant : Môssieur Simon Pegg. Alors, mariage réussi ? Absolument pas trop.

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Voici donc l’histoire de Neil Clarke, enseignant terne et invisible donc Pegg-esque, secrètement amoureux de sa voisine du dessous (ca, c’est pour le côté love story, mais c’est Kate Beckinsale, donc tout est pardonné), qui se voit confier par un jury extraterrestres (ca, c’est pour le côté WTF) le super pouvoir d’obtenir tout ce qu’il veut, simplement en l’énoncant et en validant sa demande d’un simple geste de main. Le but ? Voir si un être humain banal utilisera ce pouvoir infini pour le Bien. Au moindre faux-pas, adios la Terre.

L’humain étant ce qu’il est, il ne faut pas beaucoup pousser pour qu’il s’amuse à faire marcher des crottes de chien ou réfléchir au moyen d’agrandir son pénis plutôt que régler les problèmes climatiques et qu’il choisisse sans trop y réfléchir de séduire enfin sa voisine plutôt qu’annihiler Daech.

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Bref : BO de Kylie Minogue à la clef et chien qui parle en bonus (RIP Robin Williams), le concentré classique d’un bon pitch feel-good de comédie estivale assez classique, voire repompé honteusement (coucou Bruce tout puissant), mais qui dans ses meilleurs moments donne lieu à un rire à retardement assez délicieux, entièrement bâti sur le décalage tout à la fois visuel et temporel entre l’énoncé du désir de Neil, le geste WOUSH et sa réalisation effective et décalée, dans un humour du champ/contrechamp hyper efficace.

Car comme dans tout « with great power comes great responsibilities », le bildungsroman du personnage passe par un double apprentissage, tout à la fois amoureux et du pouvoir, avec bien entendu comme ligne d’horizon lourdingue le devenir-adulte. Et c’est lorsqu’il est inadapté et dans son incapacité à évoluer que Pegg est le meilleur, claudiquant dans ses mauvais énoncés approximatifs et les conséquences désastreuses de ceux-ci, renouvelant par les mots l’humour d’un M. Bean irrésistible car indubitablement bon mais irrémédiablement gauche.

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Des bobbies roses et lapin à un copain transformé en saucisse, du chien qui rêve de se frotter aux jambes aux blagues convenues sur le collègue indien tendance Hare Krishna, on reste toutefois très vite dans les rails de la comédie familiale, se contentant sans jamais dépasser les bornes du bon goût et du green Band « All audiences » d’enfiler jusqu’à l’écoeurement les variations autour de ce système vœu/réalisation tout en déroulant le cheminement classique des séries B sentimentales. Pas besoin de pouvoir pour l’amour, attention voila le sirop.

Comme si le film (ou du moins les producteurs de celui-ci), effrayé par ses propres potentialités, préférait choisir le confort de la comédie US (séduction/separation/reconquête, pas un bout de téton) plutôt que l’absurde anglais et sa loufoquerie exponentielle.

En résulte une espèce de film de cure thermale, formaté pour l’été et les ados qui braillent et ne manqueront pas de rire grassement entre deux mues. Un objet bizarrement éteint, jamais vraiment méchant, jamais vraiment hilarant, ou à son corps défendant : dans cette séquence brillante où, manquant de se faire renverser par une camionnette conduite par Terry Jones lui-même, Neil lâche un magnifique « Fuck you ». Plan sur Jones, doublé d’un « ohhhhhh » de plaisir et camionnette qui défonce la moitié de la rue en zigzaguant.

C’est potache, c’est absurde, c’est bien vu, et c’est malheureusement l’un des rares éclats pythonesques de ce film de commande assez fainéant. Le genre de projet qui aurait pu devenir absolument tout mais pour lequel, comme Dennis the dog, on reste en chien. « Make me a great movie ». WOUSH.

A propos de Jean-Nicolas Schoeser

2 comments

  1. Denis

    OK pour la critique dont on comprend vite le sens général, no problemo, mais quelques mots m’ont un peu fait tiquer : “pas un bout de téton”. C’est l’expression la plus bêtement macho que j’ai pu lire dans une chronique de film.
    C’est quoi votre quota de nichon pour un “great movie” ?
    Réduire l’écriture cinématographique à ce genre de choses et fustiger à côté “les ados qui braillent et ne manqueront pas de rire grassement entre deux mues”…

    • Jean-Nicolas

      Bonjour Denis,

      Et merci de votre message avant tout.

      Pour vous répondre : à partir de zéro téton lorsque le discours est soutenu par un dispositif filmique digne de ce nom.

      D’autant que ce que je soulignais n’était pas tant une pulsion scopique prepubere ou beauf (encore que, d’aucuns s’amusaient a dire que tout le cinéma était basé là dessus, scopophilia etc) que l’uniformisation très post-code Hays des productions industrielles américaines, où on se drague sans s’embrasser et quand, dans le meilleur des cas on finit au lit, c’est tout habillé.

      C’est cette frilosité assez fainéante que j’essayais de d’écrire, d’autant plus étonnante de la part d’un amuseur en charge de La vie de Brian ou de la sequence “every sperm is sacred” et qui se contente d’appliquer une recette éculée et tellement balisée que l’on finit par s’endormir (habillé).

      Pardon si ma rime n’a pas eu l’heur de vous plaire, empalez moi pour mauvais jeu de mots, pas pour sexisme.

      Tiens, au passage, vous noterez d’ailleurs que je n’ai jamais précisé le sexe du coquin téton, ce qui devrait vous permettre de ranger enfin ce drapeau rouge au lieu de l’agiter dans le vent.

      Pardon si je ne vous embrasse pas, mon t shirt est échancré.

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