Après avoir filmé l’hiver du sud brésilien dans leur premier long-métrage Beira-mar, Marcio Reolon et Filipe Matzembacher plongent Porto Alegre dans une grisaille peu hospitalière, loin du soleil et des peaux bronzées. Le corps de Pedro, couleur béton, se couvre de peinture fluorescente pour éblouir la nuit sans limites d’un monde virtuel par essence moins dangereux que le réel. Conscient de l’illusion qu’il crée et dont il se nourrit, le jeune homme, mis au ban de l’université, gagne de quoi survivre en s’exhibant sous le prétexte d’une posture artistique.

La première partie, lente et déroutante, installe son personnage principal dans un quotidien lourd et troue la vie nocturne de ses apparitions colorées, à la lueur d’une webcam qui construit malgré tout du lien social, fut-il factice. Sous le pseudonyme de “Neon Boy”, Pedro tend à maîtriser les fantasmes de ceux qui le regardent, revendiquant une force de représentation fragile et éphémère.


© Optimale Distribution

En ne filmant que Pedro, les cinéastes suggèrent un hors champ nourri au pouvoir de qui se montre : celui qui s’exhibe cherche à redéfinir les règles d’un monde qui le rejette et dans lequel il ne trouve pas sa place. Prenant le pouvoir et habitant le cadre, éphémère divinité nocturne, il règne à la faveur des likes

Cette longue introduction peine cependant à captiver et il faut attendre l’arrivée de Leo pour que le film prenne son envol : double fluorescent perçu d’abord comme imposteur, le jeune danseur va rapidement se transformer en passeur, poussant Pedro à mettre un pied dehors. La narration s’échauffe puis s’embrase, suivant une trajectoire ascendante enfin troublante qui révèle la nature multiple de son héros.

Le cinéma de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher s’exprime alors pleinement et, accélérant le rythme, jouant sur les avancées et les replis, confronte Pedro à sa propre violence. Moins lisse et abandonnant sa défroque de victime, le jeune homme s’oppose à lui-même, affronte ses démons et se donne enfin une chance. Quittant l’intérieur pour l’extérieur, matérialisant le danger que représente le passage du virtuel au réel, la mise en scène abandonne le contraste factice du gris et du fluo pour trouver dans les rues sombres de Porte Alegre des nuances plus cuivrées. Tandis que la pluie s’abat sur la ville et que les ambiances de fêtes viennent tourner la tête, Pedro redécouvre son corps et se confronte au monde.


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Après un premier film mélancolique et mutique, les deux cinéastes brésiliens confirment avec Hard Paint leur capacité à retranscrire les troubles intérieurs des garçons en devenir. Si leur cinéma manque encore de souffle, il gagne ici en intensité et ne demande qu’à se densifier, pour peu que le sombre avenir de leur pays le leur permette.

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