S’il ne s’agit certainement pas d’une tendance propre au cinéma de genre, on peut régulièrement constater que face à la frilosité des investisseurs, tester un univers atypique sur format court est un bonne manière de rassurer ces derniers et d’arriver à ses fins en le développant par la suite en long. Parmi les réussites, Alive in Joburg de Neil Blomkamp servira de base à son premier long-métrage District 9, ou plus récent et moins célèbre, The First Wave de David Freyne, conçu comme un prologue à l’intéressant The Cured, sorti l’an passé. La démarche de Quarxx, qui avec Tous les dieux du ciel, signe son premier long-métrage (après des travaux dans la photographie et la peinture ainsi que plusieurs courts-métrages), n’est pas si éloignée, puisqu’il s’agit de la version longue du moyen-métrage Un ciel bleu presque parfait tourné en 2015, après avoir rencontré quelques difficultés pour financer le long pourtant originellement prévu. Ce moyen connut une carrière très fructueuse en festivals, avec plus de 150 sélections (dont Clermont-Ferrand et Sundance) et une flopée de prix, permettant au réalisateur de retrouver ses deux comédiens Jean-Luc Couchard (Dikkenek, Calvaire) et Melanie Gaydos en vue d’une « adaptation » longue. Pour résumer brièvement, on découvre Simon (Jean-Luc Couchard), trentenaire, travaillant à l’usine et vivant reclus dans une ferme décrépite. Il s’agit d’un homme solitaire, en charge de sa sœur Estelle (Melanie Gaydos), lourdement handicapée à la suite d’un jeu qui a mal tourné durant leur enfance. Suite à son licenciement, il se met encore plus au ban avec la société et se replie sur ses obsessions paranoïaques… Mais malgré ses remords et l’agressivité du monde environnant, Simon garde au plus profond de sa chair le secret espoir de sauver Estelle en la libérant de la pesanteur terrestre. Et si leur salut venait des cieux ?

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De part son envie de croiser les genres, affirmer un univers singulier, tenter une proposition inclassable, iconoclaste dans le paysage cinématographique français, Tous les dieux du ciel, a sur le papier beaucoup de choses pour nous exciter, sauf que dans les faits c’est un peu plus compliqué. En cause, plusieurs soucis d’exécutions, à commencer par un scénario dont la « sophistication » apparaît rapidement artificielle, forcée, ne véhiculant jamais la sensation d’une quelconque harmonie mais davantage celle d’un gloubi-boulga initialement vaguement intriguant, avant de se révéler profondément indigeste. En plus de nuire à l’immersion dans le récit (pourtant assez simple une fois posé à plat), la construction « fragmentée » tend à nous écarter, nous couper de ses enjeux, entachant alors grandement l’empathie pour son protagoniste. Probable conséquence, de la transition du court au long, le film semble s’étirer inutilement en longueurs et s’égarer en sous-intrigues qui en plus de ne rien apporter – en l’état du moins – à l’intrigue principale s’avèrent inachevées dans leur développement, ajoutant des problèmes au problème. Ainsi, plusieurs personnages secondaires se voient résumés à un rôle fonction dans le récit, avant d’en être éjectés lorsque qu’ils ne sont plus « utiles », tels des vulgaires béquilles narratives (Quid de celui campé par Thierry Frémont ? Ou celui du gigolo, qui par ailleurs occasionne une séquence franchement abjecte). Surtout, entre une narration éclatée mêlant présent et flash-back, couplée à une approche formelle entendant croiser réalisme social, brutalité crasse mais aussi visions célestes et instants oniriques, quelque chose ne prend définitivement pas, laissant l’arrière-goût désagréable que tout ici ou presque relève de la posture arrogante. Effets visuels et sonores appuyés (voir la façon dont sont assénés les inserts « cosmiques »), attestant moins d’une maîtrise de réalisation, que d’une volonté de la démontrer, laquelle se confond sur la durée avec une certaine prétention. Avec une attirance prononcée pour le choc, le malaise, le glauque comme seul horizon, Quarxx semble se complaire dans une provocation stérile visant à exhiber les laideurs et divers atrocités du monde, sans jamais réellement parvenir à saisir une once de lumière ni trouver d’alternative poétique concluante.

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Malgré l’interprétation convaincante et méritante de Jean-Luc Couchard (rappelant une fois de plus qu’il n’est pas seulement ce comédien à l’abattage comique irrésistible découvert dans Dikkenek), l’émotion et les enjeux humains sont étouffés par une forme tapageuse. Pourtant dans le rôle de ce frère renfermé sur lui-même, agissant tant bien que mal (plus mal que bien) en quête de rédemption, l’acteur marque des points, sauvant quelques séquences par sa justesse et son investissement, faisant preuve d’une subtilité qui fait cruellement défaut au reste du film. Plus arrogant qu’audacieux, Tous les dieux du ciel, s’il peut interpeller et imposer un minimum de respect par la radicalité de sa démarche échoue le plus souvent dans ce qu’il entreprend. Trop sûr de ses forces, pas assez conscient de ses limites, pourtant nombreuses et véritables, le cinéaste se complaît dans ce qu’il met en place, tandis que son long-métrage gagne en antipathie. Tant pis.

 

 

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