Le cinéma américain n’en finit plus de déterrer les classiques horrifiques des années 80. Après, en vrac, Vendredi 13, The thing, Le bal de l’horreur, Les griffes de la nuit, c’est au tour de Simetierre de subir un nouveau traitement logistique de la part de producteurs pour la plupart habitués à se remplir les poches avec des blockbusters. Ce travail de détrousseur se double d’une relecture du roman culte de Stephen King -sans doute l’un de ses plus terrifiants et mieux écrits-.Le récent succès de Ça a sans aucun doute incité les studios à se pencher sur les anciennes adaptations du maître de l’horreur. Ce qui en soit n’est pas une mauvaise idée. L’histoire de Simetierre contient suffisamment d’éléments passionnants et effrayants pour subir une révision.

Petit retour en arrière: En 1989, Stephen King adapte lui-même son roman, délivrant un scénario très proche de l’original en toute logique. Derrière la caméra, Mary Lambert, remarquée alors pour son curieux Siesta, suit à la lettre les consignes du mentor qui s’offre au passage un petit caméo dans le rôle d’un prêtre. En résulte, un film très sombre, d’une violence graphique dérangeante, peuplé de visions morbides, malgré son casting déficient et son rythme incertain.

Simetierre : Photo Jason Clarke

Copyright 2018 Paramount Pictures. All Rights Reserved. / Kerry Hayes

Qu’en est-il du film de Kevin kirsch et Dennis Widmyer, auteur du très étonnant Stary Eyes, production indé assez flippante dans la lignée de Rosemary’s baby? La gêne éprouvée devant ce Simetierre tient au fait qu’il s’agit davantage d’un remake que d’une relecture du roman, pas tant pour les libertés très contestables prises par les auteurs que par  le constant rappel au film par des références, des images, des détournements, des signes. Tout converge en direction de la vision de  Mary Lambert, et malheureusement pas pour le meilleur.

Pourtant l’ouverture, hommage à peine voilée à Shining, parvient à faire illusion: Un travelling aérien en plongée filmant une forêt, vision topographique tout de suite identifiée comme anxiogène. Les premiers plans de la maison entourée par cette végétation étouffante, laissent planer un léger frisson.

Cette immersion dans une étrangeté ostentatoire, bien qu’en contradiction avec l’univers de King si réel, à l’ancrage social banal et crédible, permet d’emblée de nous intéresser au récit à venir. Un récit d’ailleurs qui suit au début fidèlement l’ouvrage.

Simetierre : Photo Jeté Laurence

Copyright 2018 Paramount Pictures. All Rights Reserved. / Kerry Haye

Le docteur Louis Creed, sa femme Rachel, ses deux enfants, Ellie et Gage, et leur chat, Church quittent l’univers citadin de Boston pour s’installer en pleine zone rurale dans le Maine. Evidemment, comme ils ne font pas les choses à moitié, ils se retrouvent dans une vaste demeure isolée cernée par une forêt gigantesque. Le médecin fait la connaissance d’un étrange voisin, Jud Crandall . Après la mort de Church, écrasé par un camion, Crandall emmène Creed l’enterré dans un mystérieux cimetière caché au fond des bois. Le lendemain, le chat réapparaît. Mais ce n’est plus tout à fait le même.Dès lors, une série d’événements tragiques va précipiter cette famille idéale en apparence, vers les tréfonds de l’horreur, déchaînant alors les forces du mal.

La première demi-heure enchaîne quelques plans envoûtants montrant des enfants masqués, récréant une procession pour aller enterrer un animal. Kevin kirsch et Dennis Widmyer parviennent à instaurer une ambiance de déliquescence, hantée par la mort, qui semble contaminer cette famille, psychiquement traumatisée par des événements passés. Le docteur essaie de canaliser cette peur qui ronge sa femme depuis le décès de sa sœur et sa fille, en plein questionnement métaphysique sur l’au-delà.

Puis, la frontalité morbide et misanthrope du film de Mary Lambert laisse place à une œuvre convenue et souvent poussive. Lorsque le film bascule dans l’épouvante, il s’enfonce dans les limbes de la médiocrité. Trahison éhontée du roman, le mini-twist à la moitié du film révèle avant tout l’impuissance des scénaristes à renouveler le genre. Cette erreur impardonnable nous enfonce dans une banalité affligeante, ce changement de perspective invitant le récit à se livrer à des explications redondantes, des réflexions moralisatrices sur le fait de ressusciter les morts.

Simetierre : Photo

Copyright 2018 Paramount Pictures. All Rights Reserved. / Kerry Hayes

Là où le roman était nuancé, voir ambigu, développant une vision païenne de la résurrection inspirée des croyances indiennes, c’est la dimension puritaine et religieuse du film qui explose à l’écran. La faiblesse opportuniste de l’écriture n’est pas rattrapée par la mise en scène, lisse, obéissant à la lettre aux canons esthétiques du genre. Le découpage lisible, les lents travellings censés accroître l’angoisse sont soigneusement distillés ; les effets de montage cut insérant quelques jump scare sont efficaces ; quant à la photographie de Laurie Rose, collaborateur attitré de Ben Weathley, elle propose quelques plans sublimes de brumes dans le cimetière, rappelant vaguement les chefs d’œuvre fantastiques de la Universal des années 30-40. Dévitalisée de tout affect déstabilisant, cette réalisation propre fait contresens au propos putride, dérangeant et trivial d’origine. Derrière les oripeaux horrifiques King cachait un drame familial désincarné. Le sort des personnages devrait nous bouleverser, ici, il nous indiffère au bout de 30 minutes. Et ce ne sont pas les quelques scènes gores, paradoxalement timides et gratuites, qui vont rehausser le niveau de ce remake médiocre et ennuyeux. Et lorsque son final amusant se raccroche in-extremis aux branches, amorçant une métaphore sociale sur la décrépitude de la famille idéale, il est déjà trop tard.

 

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A propos de Emmanuel Le Gagne

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