Quand on l’interroge sur la genèse de son film, le réalisateur Kim Seong-hun répond en souriant « je pense toujours à casser les codes du genre. Très souvent, dans un quotidien banal, un incident survient et le thriller commence. Pour Hard Day, je voulais vraiment m’affranchir de cette règle pour être beaucoup plus libre. Quand mon film débute, le héros a déjà de très nombreux problèmes ».

Et c’est rien de le dire ! Alors qu’il est visé par une enquête pour corruption au sein de sa division, le commissaire Ko Gun-Su qui se rend aux funérailles de sa mère, renverse accidentellement un type sur une route déserte, en pleine nuit. Comme de bien entendu, une patrouille de police vient à passer au moment où il appelle les secours ; il perd tous ses moyens, s’enfonçant dans une panique qui ira crescendo dans un mélange subtile de suspense et de burlesque. Il faut dire que cacher le corps dans le cercueil de sa mère n’est pas une super idée pour commencer une histoire !

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En choisissant pour son 3e film, une variation sur le thème d’After Hours de Scorsese, Kim Seong-hun nous offre ici un polar haletant à l’humour très chaplinesque, dans un sens de l’absurde qui n’est pas sans rappeler celui de Memories of Murders et de The Host (Joon-ho Bong). Certes, il trahit parfois les limites d’un scénario intégralement basé sur sa mécanique d’engrenage et d’escalade du pire. Pourtant le dispositif fonctionne jusqu’au bout en maintenant le spectateur dans cette double tentation du rire et de la tension extrême. En témoignent quelques scènes anthologiques comme celles des ballons à la morgue, du jouet radiocommandé ou encore de l’étagère tueuse. Face à ce sort qui s’acharne, difficile de ne pas plaindre le protagoniste pourtant peu sympathique d’une œuvre sans héros. Il y a dans Hard Day quelque chose qui dépasse le simple divertissement : la virée aux enfers d’une Corée fantôme bouffée par les réseaux téléphoniques, hypnotique et morbide. De plus à l’heure où le polar coréen s’était un peu embourbé dans une ultraviolence nihiliste très répétitive, mettant à rude épreuve les cœurs les plus accrochés (Hong-jin Na et Kim Jee-woon en tête) dans une démarche qui tournait au procédé, c’est presque un bonheur de constater qu’un polar coréen peut-être à la fois violent et elliptique, déranger sans éclabousser à tous les plans. Aussi étonnant que cela puisse paraître, on pense aussi à Jo (Girault) avec Louis De Funès pour cet imbroglio autour d’un corps qu’on cache, qu’on enterre et déterre pour le mettre ailleurs.

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Hard Day offre une inventivité et une fraîcheur indéniable sans pour autant oublier le regard éminemment politique du cinéma. L’intrigue labyrinthique paraît souvent servir de métaphore ludique au chaos d’un pays. Dans un grand sens du grotesque et du décalage, entre deux péripéties hallucinantes, Seong-hun en va de sa critique d’une police et d’une société corrompues par le pouvoir et l’argent, l’hystérie mercantile et les pots-de-vin de tous poils. At last but not least, soulignons l’angoissante composition de Jo Jin-woong qui campe un flic psychopathe et narcissique au visage presque androgyne et dont la présence vient souligner l’humour et le suspense d’un large trait de cynisme. Presque surnaturel,dans sa démarche, son regard et son attitude, il nous fait parfois croire que le héros a bel et bien rencontré le Diable.

Visuels ©Bodega Films.

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