Cinéaste discret et entêté – plus qu’obsessionnel –, Fred Walton s’est emparé du slasher à plusieurs reprises pour le détourner, l’amener vers des territoires inédits en décalage avec les conventions du genre. Ce pas de côté est particulièrement frappant dans son chef-d’œuvre Terreur sur la ligne qui, après un début terrifiant, dérive vers un portrait en miroir émouvant d’inadaptés sociaux. En acceptant sa dimension déceptive, le film prend le contrepied des attentes du public. La redoutable efficacité des 22 premières minutes laisse place à une œuvre mélancolique d’une tristesse infinie. Fasciné par son sujet, il réalise une suite-remake pour la télévision en 1993, Appel dans la nuit.

WEEK END DE TERREUR de Fred Walton [Critique Blu-Ray] - Freakin' Geek

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Après un teen-movie passé inaperçu (Hardley’s Rebellion), Fred Walton poursuit ce désir de malmener le slasher avec Week-end terreur mais il se confronte à un écueil : rendre crédible un scénario de petit malin pondu par Danilo Bach, connu alors pour son implication avec Le Flic de Beverly Hills, succès énorme dans les salles en 1984. Au milieu des années 80, le genre se répète et se raréfie, usant des recettes en perdant l’inventivité et l’intelligence de ses modèles, Halloween en tête, mais aussi Les Yeux de la terreur, Happy Birthday to Me ou encore Meurtre à la Saint-Valentin. Rendons au moins grâce à Bach de vouloir renouveler un type de récit devenu interchangeable en insufflant une bonne dose de second degré et de distanciation. Mais passé les petits changements satisfaisants, il faut se coltiner les mêmes personnages transparents et/ou embarrassants, sans que jamais rien ne vienne enrayer la machine. Et puis une mise en place que l’on a l’impression d’avoir vue cent fois.

Week-end de terreur - Film (1986) - SensCritique

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Donc, une riche héritière, Muffy St John, invite ses amis étudiants à passer le week-end du premier avril dans un luxueux manoir situé sur une île privée appartenant à ses parents. La fête bat son plein, d’autant que Muffy a préparé quelques poissons d’avril. Ce qui s’annonçait comme une plaisanterie va virer au cauchemar quand les invités deviennent la proie d’un mystérieux tueur. Même dans un pur exercice de style au cahier des charges très strict, il est toujours pénible de s’intéresser à une intrigue qui met en scène des pantins interchangeables, quand ils ne sont tout simplement pas insupportables. Dans le cas présent, les personnages féminins sont néanmoins les plus intéressants, pas seulement réduits à des bimbos écervelées, alors que les mecs sont vraiment des abrutis, incapables de prendre une décision censée ou de sortir de la norme, ne serait-ce le temps d’une réplique.

April Fool's Day (1986) - Fred Walton's slasher whodunit (The Test Of Time)

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Pour enfoncer un peu plus le clou, le retournement de situation ne surprendra que les plus naïfs, d’autant que le titre original nous met la puce à l’oreille. Conscient d’un tel handicap, Fred Walton réussit un tour de magie : attiser notre curiosité en déréglant subtilement les rouages d’une narration qui se permet quelques écarts intéressants. Walton n’est pas dupe de l’impasse de son postulat en annonçant au bout de dix minutes le leitmotiv de son métrage par une situation farcesque, censée nous mettre dans le bain. En exposant d’emblée la structure du leurre, il ne cherche pas à surprendre un spectateur qui se doute que tout ne sera que simulacre. Derrière la supercherie un peu trop voyante, le réalisateur décrit un univers de faux-semblants où la raison de la réunion n’est pas si joyeuse qu’elle en a l’air, mais sous-tendue par des motivations fallacieuses, liées à un concept commercial. Le week-end festif annoncé entre potes n’est finalement qu’une illusion soigneusement entretenue par l’hôte, qui avait une idée bien déterminée en tête.

April Fool's Day – Fred Walton's Proto-Scream – We Minored in Film

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Ce dispositif, agaçant ou ludique selon l’humeur, dévoile une vision du monde assez désenchantée derrière une légèreté de surface. Walton pose un regard lucide sur une jeunesse absorbée par l’idéologie dominante, ce que le twist final ne fait que confirmer. Très peu intéressé par les meurtres sanglants, il soigne en revanche sa mise en scène, attentive aux détails et à son décor en carton-pâte de nouveaux riches. Moins concerné que dans Terreur sur la ligne, Walton livre néanmoins un petit slasher méta fascinant qui anticipe les réflexions de Wes Craven sur les dérives du genre. Certains y ont vu une arnaque à la sortie. Aujourd’hui, Week-end de terreur paraît plus moderne et pertinent, sans doute parce qu’il ne cherche pas à l’être. On peut s’y amuser, mais aussi y trouver plein de raisons secrètes de considérer ce divertissement en forme de grosse blague comme plus subtil qu’il n’y paraît.

Accompagné d’un livret enrichissant écrit par Marc Toulec, le combo blu ray/ dvd de Rimini est enrichi d”une présentation par Mylène Da Silva.

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A propos de Emmanuel Le Gagne

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