Renato Castellani – “L’Enfer dans la ville”

Sachez-le, le film de femmes en prison est un sous-genre parfaitement identifié, désigné par l’acronyme WiP films aux États-Unis, pour Women in Prison films, et prétexte aux dérives les plus bisseuses et érotiques (citons, en vrac, la saga de La Femme Scorpion, signée par Shun’ya Itō au Japon, un film de nazisploitation : Ilsa, la louve des SS, de Dyanne Thorne, ou encore 99 mujeres de Jess Franco, limpidement titré L’Amour dans les prisons de femmes, en France).

Autant le dire tout de suite, L’Enfer dans la ville ne s’adresse pas vraiment aux amateurs de passions saphiques ou d’expérimentations visuelles, ni même aux amateurs de films noirs explosifs. Castellani, fidèle au néoréalisme, signe un film doté d’une mise en scène plutôt classique, et d’une intrigue plutôt naturaliste qui fait pâle figure à côté des chefs-d’œuvre de Rossellini ou de De Sica, pour ne citer qu’eux. C’est du côté de son interprétation que le film tire son épingle du jeu. Réunir Anna Magnani et Giulietta Masina dans le même film, voilà où se cache la réelle dynamique du film. On imagine que le tournage fut épique, les deux prima donna se jalousant et cherchent, constamment, à prendre le dessus l’une sur l’autre. Robert Aldrich, qui fut confronté à un problème similaire lors du tournage de Qu’est-il arrivé à Baby Jane, avait affirmé : « je ne savais pas très bien si j’allais produire et réaliser un film, ou bien me contenter d’arbitrer un combat de boxe. »

 © Les films du Camélia

Il en alla de même pour nos Bette Davis et Joan Crawford italiennes. Au sujet de Magnani, Castellani déclara qu’elle était « entrée dans le film avec la voracité d’un lion », et Masina : « Je devais jouer le rôle principal, mais, à la fin, j’étais presque anéantie. Ce n’est pas un film de Castellani, c’est un film de Magnani. »

Difficile de ne pas lui donner raison : Magnani domine parfaitement le film, elle chante, se meut avec la férocité d’un félin enragé, hurle, teinte l’écran du parfum d’un noir poison. Brune, vénéneuse et habillée de noir, elle va pervertir Masina, sa blondeur et ses blancs vêtements. Enfermée pour un crime qu’elle n’a pas commis, ou si peu (elle a facilité le cambriolage d’une maison, en ouvrant la porte à son amant, triste aigrefin), Masina perd son innocence au contact de Magnini, tout comme le premier rôle qu’elle avait espéré.

A propos de Pierre-Julien Marest

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