Impressions cannoises -Ramata-Toulaye SY- « Banel e Amara »

Banel e Adama est le premier film de Ramata-Toulaye SY, cinéaste franco-sénégalaise de 36 ans. En compétition officielle, il concourt aussi pour la caméra d’or. 

Il s’ ouvre sur un récit de genèse dominé par l’élément aquatique, puis sur l’exposition d’une histoire d’amour ardente, aussi brûlante que le sable aride qui va bientôt former le décor dominant de la narration. Les bleus, les ors dominent.

Mais Banel est une épouse trop intense. Des enfants, “pour quoi faire?” répond-elle aux habitants de son village qui la pressent de perpétuer la lignée de son mari. Aussi a-t-elle poussé Adama à refuser le rôle de chef de village qui devait lui revenir et le somme-t-elle incessamment de creuser pour désensabler deux maisons à l’écart du village dans lesquels elle souhaite installer son bonheur, loin de tous, en toute liberté. Et Adama de se brûler douloureusement les mains pour répondre aux exigences de cette jeune femme de plus en plus inquiétante dans son entêtement amoureux. Elle se mue aussi en chasseresse, tuant à la catapulte lézards et oiseaux, petits meurtres annonciateurs de l’hécatombe qui décime le village. À cette démesure de plus en plus mortifère semblent répondre les éléments: dans le village, la pluie ne vient pas. Les vaches meurent; tous redoutent la fin. Les couleurs se font moins lumineuses. Le beau travail sur le son, le jeu sur une cosmologie qui se dérègle,  font subtilement glisser le film vers le fantastique. Banel est-elle une amoureuse en butte aux traditions ou une sorcière dont la l’hybris amène le chaos? Pourquoi celui auquel elle était initialement destinée est-il mort, permettant son union avec Adama? Et que veut dire cet enfant silencieux au regard inquisiteur, toujours muni d’une tablette sur laquelle il semble consigner les événements, lorsqu’il affirme “Je sais que tu l’as tué”?

Il s’agit  bien sûr  du récit d’une femme dont la quête d’absolu se heurte à la rigidité des traditions, mais aussi d’un conte cosmologique et fantastique dans lequel sont explorées – mais jamais exposées de façon univoque ou didactique- les relations de l’homme et de son environnement, social et naturel. 

L’intensité des deux jeunes interprètes principaux, l’émotion palpable de la jeune réalisatrice devant l’accueil qui lui a été fait en salle Lumière, ont contribué à faire de la séance un très joli moment.  

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A propos de Noëlle Gires

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