32è l'Étrange Festival - bannière https://www.etrangefestival.com/2026/fr/program

Tandis que la majorité des festivaliers se précipitera sur les longs métrages dans les salles attenantes, on vous garantit que vous ne perdrez par au change avec ce spicilège visuel donnant une vue d’ensemble sur la production internationale de films de genres qu’ils soient amateurs, professionnels, un tremplin vers le long ou bien un choix esthétique de continuer à mettre en scène le format court. Cette sélection vous offre tout autant que les longs un éclectique panel pour les adorateurs du picaresque, mauvais goût, gore, fantastique, de l’horreur, la body horror, de l’impossible et du tabou… C’est également la possibilité de découvrir des signatures établies ou bien des artistes émergents couvrant tout le spectre des genres et tons. Et ça commence très fort, ce seront les montagnes russes émotionnelles avec un démarrage tonitruant grâce à …

 

 

 

32è l'Étrange Festival - affiche https://www.etrangefestival.com/2026/fr/program

32è l’Étrange Festival – affiche
https://www.etrangefestival.com/2026/fr/program

 

 

 

Programme n°3  Étranges mutations : 01/09 • 19h00 & 04/09 • 17h

 

 

 

32è EF - Tapeworm Alexis & the Opera Diva Bandwurm Alexis & die Operndiva de Thaïs Odermatt

32è EF – Tapeworm Alexis & the Opera Diva Bandwurm Alexis & die Operndiva de Thaïs Odermatt

Tapeworm Alexis & the Opera Diva Bandwurm Alexis & die Operndiva de Thaïs Odermatt : Si vous êtes un·e exégète de Maria Callas, vous devez être en salle 100 ! Et si vous ne l’êtes pas, et que vous ne connaissez pas l’une des plus grandes cantatrices du XXè siècle, vous êtes toujours au bon endroit. En revanche, si vous êtes plus habitué·e·s à une ambiance feutrée, petits fours, champagne, tenues de soirée, et que vous devriez être taxé·e·s de l’I.S.F., vous risquez d’avaler plus de couleuvres qu’un ver…
C’est un biopic décalé et irrévérencieux sur la vie amoureuse tragique de la Callas, revenant sur ses passion et déception avec Onassis, et se basant sur l’une des hypothèses de l’impressionnante perte de poids de la star.
Toutefois, Odermatt privilégie un point de vue singulier en donnant le premier rôle de l’amoureux transi à Alexis, un ténia, la connaissant alors mieux que quiconque, tel un insider littéral jusque dans ses entrailles (la séquence des intestins est l’une des plus désopilantes avec son chœur de Callas en regard du cœur enflammé d’Alexis). En effet, le ton est donné tout en décalage et transgression provocante sur l’allégorie de la solitude, ce qui en fait un film parfait pour l’introduction de cette compétition de l’Étrange Festival.
Venant du cinéma documentaire, du montage et de l’expérimentation vidéo, on y retrouve un terreau d’archives et de personnages réels, cependant ici avec le choix d’une mise en scène par l’animation (les techniques du cut-out (animation d’éléments découpés), cut-out numérique, collage d’images d’archives) donnant ainsi un cachet irréel aux réelles références. Le tempo de la narration d’Alexis et la direction artistique très colorée trompent le public, car avec cet angle grotesque, l’emphase tragi-comique est amplifiée par l’approche expérimentale d’Odermatt : des plans se répondent, leurs répétitions, ruptures de ton, les contrastes entre le grandiloquent du passionné vermisseau dans le corps de son idole, c’est alors la trivialité de cet intérieur désacralisé côtoyant le sublime et le faste ostentatoire de l’opéra, qui confèrent à son montage toute l’originalité de cette œuvre dans le corpus filmique de la cinéaste.
La réalisatrice n’est pas à son coup d’essai dans le court métrage, et approfondit le sillon de ses personnages lui préexistant en s’intéressant à l’ampleur de l’image médiatique de la ‘prima donna assoluta’, tout en calant la musicalité du récit à la déferlante d’images, donnant ainsi une teneur sémillante, autorisant le rire face au destin funeste de la diva.
Dans le jeu de miroirs de ce détournement ébouriffant qu’est ce rise and fall amoureux, entre une femme éconduite, icône des vedettes inaccessibles vouées à la mort et d’un ver clandestin à l’amour univoque, il n’y avait qu’un pas audacieux qu’Odermatt osa franchir avec jubilation. C’est en prenant de la distance avec l’image figée et lisse de la soprano que la réalisatrice rend un vibrant hommage à tous ces amoureux solitaires, plus ou moins invisibles et aimant passionnément jusqu’à leur dernier souffle.

 

 

 

32è EF - Acid City de Jack Wedge & Will Freudenheim

32è EF – Acid City de Jack Wedge & Will Freudenheim

Acid City de Jack Wedge & Will Freudenheim : C’est un film monde, voire un film-rêve, pour qui ne s’attarderait pas aux motifs d’une dystopie ou un post-apo pessimiste. Ce deuxième coup de cœur prolonge ce qui a plu dans le premier : un documenteur ou mockumentary retravaillant du matériel réel, en s’appuyant en majorité sur le recueil et l’enregistrement de témoignages de quidams, experts et spécialistes sur des problématiques actuelles, intégrés à un récit fictionnel quasi rétro-futuriste, ces verbatims donnent ainsi l’impression de l’évocation de souvenirs pourtant véridiques d’un monde ayant existé.
Ce qui frappe au prime abord est l’esthétique dès le premier plan, une abondance de couleurs luxuriantes qui sont en contraste avec le propos et le contexte du récit : Acid City, mégalopole flottante dérivant au milieu d’un océan devenu acide sous l’effet du changement climatique est investie par une équipe de tournage fictive. On y ressent le cosmopolitisme et l’identité de la ‘Grosse Pomme’ : pour qui s’est déjà rendu à New-York follement dense a expérimenté l’abord facile des gens, l’immédiateté du contact chaleureux, les ambiances sonores retranscrivent ce qui fait l’un des charmes de cette ville, des rires fusent, des musiques égrènent les pérégrinations et les rencontres de l’équipe réalisant son reportage, une énergie très positive en émane et séduit d’emblée. Dans la conception de cette île flottante géante, des données de Google Maps de Karachi et Tokyo ont alimenté la direction artistique de l’architecture et des décors qu’Unreal Engine — moteur de jeu vidéo a restitués.
Les communautés viennent du monde entier en un tonitruant melting pot, et bien que ce soit des cinéastes blancs aux manettes de ce film, les personnes représentées sont de toutes les carnations, aux sens propre comme figuré, la plupart à la peau verte (due à l’adaptation à l’environnement toxique, et sa résultante la mutation génétique) et des malformations omniprésentes, ainsi que des mouvements désarticulés volontairement captés par la motion capture, afin de nous faire ressentir la dévastation environnementale jusque dans les chairs.
C’est avec une vision bigarrée de ce que les aînés de Wedge & Freudenheim avaient proposé sur le désastre écologique dans leurs propres œuvres écosophiques (Chris Marker, Werner Herzog) et auxquels ces cinéastes se réfèrent. Jusque-là ils avaient effectué des travaux de commande, ce court est donc leur première réalisation originale, dans lequel l’éco-anxiété prend une autre dimension avec des stratégies adaptées à un quotidien résilient, qui n’oublie pourtant pas l’hédonisme. C’est ce qui en ressort dans sa mise en scène immersive, au-delà des cultissimes Blade Runner, Minority Report, voire Star Wars, ce duo de jeunes s’est lancé dans une production pleine de débrouillardise très prometteuse, et cela donne très envie de voir une suite à cet ébouriffant imaginaire.

 

 

 

32è EF - Happening… 해프닝… de Gn-Ju 근주

32è EF – Happening… 해프닝… de Gn-Ju 근주

Happening… 해프닝… de Gn-Ju 근주 : En total contrepoint des précédents coups de cœur, une apparente sobriété est de mise avec quelques fulgurances gores bienvenues pour les deux prochains.
Afin de préparer sa mort idéale, trois règles d’or sont énumérées par le protagoniste. Par un éclairage dépouillé mais précis, la découverte de cet homme se fait par touches lumineuses sculptées : gros plans et plan large le dévoilent, ainsi que son décor austère, en posant de suite une ambiance de film noir, que le public occidental affectionne dans le cinéma sud-coréen contemporain. On y retrouve l’élégance des anti-héros en costume noir de A Bittersweet Life 달콤한 인생 de KIM Jeewoon 김지운 et Old Boy 올드보이 de PARK Chanwook 박찬욱 à qui Gn-Ju 근주 rend hommage, en revanche c’est davantage vers Billy Wilder et Sin City qu’il faut se tourner pour ses références visuelles.
C’est son tout premier film, autofinancé avec l’aide d’ami·e·s à hauteur de 13 M₩ (8K€), il fut déterminé à ce qu’il voit le jour, et cela ne fut pas sans difficulté, car le réalisateur autodidacte, sans avoir suivi de cursus en cinéma, nous montre pourtant qu’il sut ce qu’il voulait dans tout ce que le cinéma peut lui offrir à hauteur de ses modestes moyens financiers.
D’abord par son esthétique très marquée, les couleurs contrastées oscillant entre un jaune et un bleu tranchants se détachent de la noirceur dans laquelle le début du film est plongé. Gn-Ju 근주 confie qu’il a du faire retravailler l’étalonnage à trois reprises jusqu’à s’en occuper lui-même, et en apprenant sur le tas. Aussi, il souhaitait explorer d’autres registres dont on connaît les ruptures de tons sous l’expression ‘ppiksari 삑사리’, ainsi le gore surgit par une superbe superposition de textures sur une bâche dont la lueur bleuâtre du néon est occultée au fur et à mesure de projections sanglantes. La comédie apparaît de même de façon surprenante par un éclat de lassitude, l’homme se met à vociférer un « Jésus Christ, Bouddha » comme si, au bout du rouleau, il leur faisait appel, cela produit un effet comique et inattendu des plus rafraîchissants, surtout quand on connaît le syncrétisme spirituel des Coréen·ne·s, ces dernièr·e·s invoquant toutes les divinités afin de s’attirer les bonnes auspices lors de moments clefs de leur vie ou de situations désespérées, extrêmes auxquelles des solutions rationnelles ne furent pas forcément trouvées.
Ici, on apprend que cet homme souhaite effacer toutes ses traces, et c’est méticuleusement qu’il s’acquitte de cette tâche. Ce qui est une autre réussite est le travail de la présence de KIM Hongguk 김홍국 (vu dans Omniscient Reader: The Prophecy 전지적 독자 시점, Ça tourne à Séoul 거미집 & Concrete Utopia 콘크리트 유토피아) par sa voix exploitée aussi bien en hors champ que frontalement, puis par sa physicalité en le faisant camper différentes postures. Son timbre contribue à l’ambiance recherchée et son exaspération accompagne les fausses notes nous faisant suivre le détraquement en cours.
La mise en scène est telle une immersion dans un espace mental, dont la révélation progressive du lieu recompose la chorégraphie de l’assassin en son sein, avec une pièce où se déroule le massacre tel un crâne tourmenté et les déplacements vers son salon, tel un corps gisant de toute sa longueur métaphoriquement, le sien ou celui de sa victime ? Si ce film apparaît dans cette thématique, c’est peut-être pour cette sensation de confusion que l’on ressent en se demandant qui est le véritable supplicié dans cette histoire.
Grâce au festival c’est la révélation d’un nouveau talent à suivre que l’on espère voir prochainement se distinguer en héritier des plus grandes signatures de la péninsule nous ayant fait frissonner ces vingt dernières années.

 

 

 

32è EF - Tenebras de Francisco Rojas

32è EF – Tenebras de Francisco Rojas

Tenebras de Francisco Rojas : Les ténèbres aussi bien pour la nuit enserrant une ville désertée que la noirceur d’une rencontre va nous éclairer entre un homme seul, rentrant vraisemblablement chez lui, et un enfant sans-abri. La mise en scène épurée se base sur une dualité formelle et narrative : l’adulte / l’enfant, l’habitant / l’exclu, l’indifférence / la rencontre.
Autre autodidacte de cette thématique, cet artiste dominicain multidisciplinaire (architecture, peinture, photographie) s’attache à valoriser la spatialisation dans ce récit sans dialogue, par le sens du rythme avec la marche de cet homme et la bascule au moment du choix décisif traçant une ligne droite fatale parmi la rue et les bâtiments.
Le fait que cet enfant ne peut être ignoré spatialement scelle ainsi le sort de l’homme, car la dramaturgie tient à une décision que tout un chacun est amené à prendre : continuer son chemin ou s’autoriser une bifurcation morale en signe de son humanité. « Homo homini lupus » de Plaute résonne alors comme un avertissement à ne pas réveiller la bête lovecraftienne sommeillant en soi.
Comme le récit est mutique, c’est sur cette atmosphère insolite que réside la tension. Les couleurs dans un camaïeu de bruns et gris participent à un ressenti de malaise, le mix 2D/3D nous intègre dans cette confrontation et toute la création sonore nous enveloppe dans un fantastique inquiétant.
Acid City révélait les conséquences d’une catastrophe écologique, à son antipode formel Tenebras visibilise une fracture sociale criante, utilisant tout deux l’environnement afin d’aborder des problématiques humaines.
Sixième film de Rojas, ses multiples sélections avec d’autres compatriotes en festivals soulignent le développement récent de l’animation dominicaine sur la scène internationale.
La simplicité apparente et la brièveté du film en font une œuvre d’une efficacité percutante comme on aime à les voir dans ce format.

 

 

 

Coups de cœur mettant en lumière certains films de la sélection, mais n’occultant pas la qualité du reste du programme qu’on vous invite à découvrir dès mardi soir ! (billetterie)

Chaque programme est présenté deux fois, et le public peut voter à l’issue de chacune de ces projections, afin de remettre le Prix du Public 2026, divulgué lors de la soirée de clôture le samedi 12 septembre à 20h en salle 500, et nouveauté : reprise du Palmarès juste après samedi 12 septembre à 21h en salle 100 !

© Tous droits réservés. Culturopoing.com est un site intégralement bénévole (Association de loi 1901) et respecte les droits d’auteur, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos visibles sur le site ne sont là qu’à titre illustratif, non dans un but d’exploitation commerciale et ne sont pas la propriété de Culturopoing. Néanmoins, si une photographie avait malgré tout échappé à notre contrôle, elle sera de fait enlevée immédiatement. Nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur – anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe.
Merci de contacter Bruno Piszczorowicz (lebornu@hotmail.com) ou Olivier Rossignot (culturopoingcinema@gmail.com).

A propos de Célia

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.