Du 1er au 12 septembre aura lieu la trente-deuxième édition de l’Etrange Festival, rendez-vous incontournable et essentiel duquel Culturopoing, avec plaisir et honneur, est une nouvelle fois partenaire. Cette grand-messe du cinéma de genre est avant tout un événement pour tout amoureux du cinéma, art en perpétuelle réinvention de formes et d’approches, en recherche permanente de nouvelles façons de capter le mouvement et l’énergie du monde, soucieux de penser, de faire penser et/ou de simplement distraire. De ce point de vue, la richesse du programme de cette édition 2026 ne peut que se montrer satisfaisante pour tout cinéphile qui se respecte : douze longs métrages en compétition officielle à l’issue de laquelle sera décerné le Prix Nouveau Genre Canal +, quanrante-huit courts-métrages sans concessions divisés en six programmes, vingt-cinq œuvres programmés en avant-première, trois Cartes blanches et diverses projections parallèles. Tout cela est voué à combler tous les goûts.

Pour ouvrir le bal, le mythique Yuen Woo-ping, totémique cinéaste et chorégraphe de films d’arts martiaux, honorable octogénaire au cinéma bien plus juvénile et débordant que la plupart des réalisateurs que nous croisons sur les écrans à longueur d’année, viendra présenter son nouveau long métrage, Blades of the Guardians, wu xia pian virevoltant mêlant cinéma épique et combats échevelés, promettant une belle dose de spectacle. Lui répondra en clôture du festival le quatrième film du cinéaste sud-coréen Na Hong-jin, Hope, qui a émerveillé la Croisette lors du dernier Festival de Cannes en éclaboussant de sa virtuosité formelle et de son énergie foudroyante les yeux d’un public qui ne s’en est toujours pas remis. Na Hong-jin est un cinéaste rare, aussi bien par la cadence de ses réalisations (quatre en dix-huit ans) que par sa capacité à mélanger les genres et à créer des ambiances uniques : ce film de clôture est un événement. A la différence de Yuen Woo-ping, Na Hong-jin ne fait pas partie d’une Compétition Internationale toujours très riche, dont certaines œuvres sont particulièrement attendues : House of the Moon du cinéaste singapourien Nelson Yeo dont il s’agit du second long métrage, mélange labyrinthique de conte sélène et de wu xia pian, hommage revendiqué à l’éclectisme de la cinéphilie de vidéoclub qui a forgé le coeur et l’esprit du réalisateur ayant charmé la dernière édition du Festival de Locarno ; Ithaqua du Canadien Casey Walker, produit par une Hammer qui n’a plus le prestige qu’elle avait il y a quelques décennies mais qui se débrouille ponctuellement pour faire éclore de beaux films d’horreur viscéraux comme semble l’être celui-ci, promettant tout autant une errance westernienne en territoires enneigés qu’une épouvante mêlant The Thing de John Carpenter (1982) et Vorace d’Antonia Bird (1999) ; ou encore Buddy de l’acide Casper Kelly, cinéaste et scénariste américain à l’imaginaire illimité (il a écrit le Mandy de Panos Cosmatos [2018]), plaçant ici son angoisse cauchemardesque au sein d’un programme télévisé pour enfants de type L’Ile aux Enfants. Entre surréalisme lynchien, réflexion mordante et cronenbergienne sur le pouvoir des images et horreur de slasher, ce Buddy semble sur le papier aussi perturbant que difficile à manquer.

Immanquable : c’est le mot que nous choisirions justement pour qualifier Turgaud de l’inévitable Adilkhan Yerzhanov, programmé dans la section Mondovision ; habitué de l’Etrange Festival, le cinéaste kazakh livre ici l’un de ses films les plus aboutis, regard virtuose empruntant tout autant au film de pègre qu’au western observant sans ciller les dysfonctionnements du pouvoir de son pays. Le cinéma de cet auteur gagne encore en ampleur et en noirceur avec ce qui est l’un de ses chefs-d’oeuvre. D’autres films de la section Mondovision attisent particulièrement la curiosité : Ghost in the Cell de l’Indonésien Joko Anwar, mêlant angoisse, violence et élans comiques purs dans une fiction alternant film de prison, cinéma d’horreur et burlesque, devrait amener les festivaliers à rire en frissonnant tout en encaissant le discours acerbe du réalisateur sur la violence endémique de son pays ; Bad Haircut du réalisateur américain Kyle Misak, promesse régressive de frénésie et de déferlement comique, faisant de l’horreur un attirant moyen de transgression en tous genres, ceci porté par un acteur au baroque spectaculaire, Frankie Ray ; ou encore le nouveau long métrage de Quarxx, Les Âmes en peine, revenant au Forum des Images trois ans après un Pandemonium foutraque mais détonant dans la production hexagonale. Ce récit centré sur un mal étrange tuant le bétail d’une région reculée et sur le fondamentalisme religieux d’un prêcheur fou interprété par Thierry Frémont devrait permettre au réalisateur de déployer son romantisme sombre et son imaginaire au pessismisme sans compromis. Nous jetterons aussi un œil sur The Death of Dracula, projet de restauration et de remontage par huit étudiants de l’Université Sapientia (située ne Transylvanie) de la première version du mythe draculéen réalisée par le Hongrois Károly Lajthay en 1921. Voir comment la jeunesse de 2026 réactualise un mythe séminal tout en réanimant le cinéma primitif suscite un intérêt réel.

Outre l’attrait que suscitent les projections de Sanguine, film franco-belge de Marion le Corroller (qui sera précédé d’un court-métrage de la même réalisatrice, Poupée fondue) creusant le sillon d’un body horror féminin et francophone dont Julia Ducournau ou Coralie Fargeat sont devenues les cheffes de file, ou de l’australien Leviticus d’Adrian Chiarella, romance horrifique homoérotique très attendue faisant de la terreur l’expression concrète d’une recherche d’identité adolescente qui ne va pas d’elle-même, la section Nouveaux Talents se concentre sur le cinéma sud-africain par l’intermédiaire de deux films exigeants : Hen de Nico Scheepers, horreur contemplative semblant porter en elle une réflexion sur la naissance du Mal proche d’un certain cinéma d’auteur est-européen (Elem Klimov, Béla Tarr…), promet un geste de cinéma de belle ampleur, de même que Thus Spake Zolani de Clive Michael Will, œuvre surréaliste située dans l’aridité du désert, menée par une figure d’ange exterminateur contenant en lui la portée nihiliste d’un film évoquant au doigt mouillé aussi bien le cinéma déboussolé de Rolf De Heer que celui, cauchemardesque, de David Lynch.

A cela s’ajoutent quelques documentaires louant la contre-culture (dont Rozz Williams : Romeo’s Distress, portrait réalisé par Nico B du fondateur emblématique de Christian Death, icône d’un rock gothique auquel beaucoup se sont identifiés), ainsi que trois Cartes Blanches de programmation offertes à la musicienne electro-punk Rebeka Warrior (qui permettra entre autres la découverte du rare, féministe et visionnaire Born in Flames de Lizzie Borden [1983]), à l’actrice Anna Mouglalis dont les choix se portent sur d’essentiels portraits de femmes criant leur force et leur indépendance (d’Outrage d’Ida Lupino [1950] à Zama de Lucrecia Martel [2017] en passant par Les Filles de Mai Zetterling [1968] ou le fameux Wanda de Barbara Loden [1970]), et au génial dessinateur Vuillemin (parmi lesquels l’essentiel Under the Skin de Jonathan Glazer [2013] ou L’Autre de Robert Mulligan [1972]). Un hommage sera rendu à Ornella Muti en sa présence en quatre films, parmi lesquels le nouveau long métrage de Bertrand Mandico, Roma Elastica, dont la projection représente d’ores et déjà l’un des sommets populaires de cet Etrange Festival. Un autre hommage sera rendu à la société Potemkine qui fête ses vingt ans, et dont quelques films décalés du catalogue seront mis à l’honneur.

Une séance patrimoniale accompagnée au piano par Serge Bromberg (Docteur Jekyll et Mister Hyde de James S. Robertson [1920]), une programmation permettant l’exhumation de fictions fantastiques sorties de la poussière des caves de l’INA, une soirée consacrée au cinéma français de 1934 animée par Christophe Bier et Sylvain Perret, et huit films constituant l’incontournable section Pépites de l’Etrange (parmi lesquels trois pans de la saga « On Fire » de Ringo Lam, ou encore la version restaurée de Lunettes rouges [1987], premier film hallucinatoire en images réelles de Mamoru Oshii), permettent de compléter ce buffet cinéphile déjà bien complet.

Une fois encore, la cinéphilie, de genre ou non, aura de quoi être satisfaite au Forum des Images en ce début septembre. Pour voir la programmation complète et accéder à des informations complémentaires, n’hésitez pas à visiter le site officiel du festival.
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