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Dans ce nouveau trio de coups de cœur, l’inquiétude intérieure d’un personnage ordinaire est renforcée par l’absurdité de sa situation, dans laquelle la corporalité et le langage, son absence ou sa substitution, prennent une place prépondérante dans le récit, et donnent par là même aussi une place au protagoniste dans le monde.

 

 

 

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32è l’Étrange Festival – affiche
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Programme n°2 Crises existentielles : 03/09 • 15h15 & 10/09 • 17h

 

 

 

32è EF - Tongue 혀 de LIM Da-seul 임다슬

32è EF – Tongue 혀 de LIM Da-seul 임다슬

Tongue 혀 de LIM Da-seul 임다슬 : Drôlissime, cet « Œil pour œil, dent pour dent » décline la Loi du talion au sein du couple. La langue, synecdoque d’un envahissement quotidien et permanent du ‘mainsplaining’ tant par l’occupation quantitative de l’espace que par le paternalisme des logorrhées du mari, est la victime de l’exaspération de sa femme, donnant son titre succinct au film.
Depuis près de 15 ans, LIM est active aussi bien dans le court que le long-métrage, et choisit pour ce retour au format court de jouer sur le contraste formel entre une femme mutique et un homme lalomane, puis sur la contradiction narrative de leur manque de communication par un excès de paroles univoques.
La création sonore joue d’ailleurs un rôle primordial dans son montage entre dissonances, silences et cailletages incessants, et surtout les intonations de la voix de OH Dong-min 오동민 participent à l’effet comique de cette invasion sonore.
Ravalant, on le sent, depuis longtemps son exaspération, l’horreur conduit alors cette femme à un éclat radical, en tranchant la langue de son conjoint lors d’un subterfuge faussement érotique gonflé d’éréthisme. La mise en scène prend soin de faire monter cette tension par les regards expressifs des deux interprètes et une alternance avec de gros plans dessus, pour ensuite, à mi-parcours nous montrer le point de bascule entre les époux via leur aquarium, miroir aussi bien réfléchissant que visible par l’intérieur d’une réalité déformée.
Car si cette fable vacharde et sarcastique campe un féminisme certain d’une réalisatrice défendant ses sœurs, elle paraît néanmoins nuancée, voire ambiguë par cette oreille, autre synecdoque maritale, proposant que l’égalité conjugale se vit de façon extrême, et est la rançon d’une vengeance que l’on comprend disproportionnée, vers une sorte de concorde tacite et harmonieuse.

 

 

 

32è EF - Hurle ! ça pousse ! de Anna Murie

32è EF – Hurle ! ça pousse ! de Anna Murie

Hurle ! ça pousse !  de Anna Murie : S’il vous manquait une séquence d’entraînements de Lucien à la salle dans le génial Jim Queen de Marco Nguyen & Nicolas Athane, Murie s’était déjà attelée à la tâche ! On reste dans l’animation aux couleurs pop, et en place de Lucien on a un Corentin grand échalas brun, séduit à l’idée de ressembler aux charismatiques bodybuilders du Temple du Muscle.
Si vous êtes complexé·e par votre apparence physique et que vous estimez manquer de charme, vous reconnaissez que la publicité à grands renforts de promesses mirobolantes peut vous titiller de temps à autres, mécanique bien huilée depuis Mathusalem, de surcroît si les réclames pullulent via les réseaux sociaux avec des influenceur/ses plus ou moins convaincant·e·s. Sur Corentin, cela fonctionne du tonnerre car immédiatement après l’avoir vue, il fonce directement de sa cité en trottinette dans l’espoir de devenir la copie conforme des mâles musculeux placardés sur les murs de sa chambre.
La réalisatrice saisit efficacement le décalage que produit l’alléchant programme de « Méga Métamorphose » avec la réalité, des indices mettent sur la voie que ce miracle à un prix plus élevé qu’une simple inscription (néon clignotant, adhérent se cachant, salle enténébrée…) en reprenant les motifs sectaires (enrôlement, élection par un prodige, rite initiatique, claustration, la notion de mérite, sentiment d’appartenance à une communauté…).
Cette satire n’est pas moralisatrice sur le désir d’un stéréotype de masculinité, puissance, assurance et séduction partant d’une pollicitation : « Si tu n’es pas aussi musclé que moi, deviens-le ! », mais table plutôt avec sa chute drolatique sur la récompense que la transformation aussi brutale et nocive qu’elle soit est à assumer. La mise en garde comique du titre prévient que cette métamorphose est spectaculaire, et toute la mise en scène sur ces exagérations corporelle, artistique, sonore (rôle des voix) et musicale (rythme frénétique en lien avec le montage énergique) contribue à désamorcer la dramatisation d’un mal-être très banal (la non acceptation de soi) et sa capitalisation consumériste, le mur de l’appartement s’en souviendra notamment que la monstruosité est une contrepartie potentielle.
L’esthétique formelle grotesque du film épouse le propos de quête d’esthétique ‘idéale’ du récit, l’animation permet toutes les outrances, sans maltraiter un vrai corps dans la réalité pour le résultat visuel escompté, et rejoint ainsi la problématique contemporaine d’obsessions de perfection que la body-horror met de plus en plus en avant dans les fictions en prises de vues réelles et animations.
La sensibilité de la cinéaste s’affirme, surtout d’un point de vue chromatique, qu’on pouvait déjà voir dans ses illustrations et autre courts, la prégnance d’un camaïeu de mauve est évidente, et ici renforcée par le binôme d’association couleurs primaire (jaune)/secondaire (violet), ce qui compose en quelque sorte sa signature.
Rafraîchissant et incisif, cela aurait pu aussi faire partie de la thématique « Étranges mutations » de la sélection 2026 du festival.

 

 

 

32è EF - Pithead de Wannes Vanspauwen & Pol De Plecker

32è EF – Pithead de Wannes Vanspauwen & Pol De Plecker

Pithead de Wannes Vanspauwen & Pol De Plecker : Le plus onirique des coups de cœur, mais aussi le plus mélancolique. Tout est déplacement dedans : visuel par son ambiance hivernale nimbée de fantastique irréel, de Rain égarée se réfugiant dans un bar karaoké, et celui d’un pingouin séparé de sa colonie perché sur un arbre.
La mise en scène réunit ces extractions dans leur improbabilité en une unité de lieu et d’espace qui font rentrer en collision l’inimaginable. Alors que le propos tiendrait de la fable écologique par l’égarement du pingouin, notre eco-anxiété est consolée par la présence inattendue d’un bar karaoké dans lequel est diffusé du black-metal, cette musique stigmatisée par des clichés négatifs tourmentés donne ici un chaleureux réconfort et permet à chacun·e de s’inclure en participant et chantant.
Si les dialogues sont rares, ce sont les chansons et cette musique qui se substituent principalement à la communication entre les personnages, puis émotionnellement entre le film et le public. Faire commun le temps d’une chanson lors d’une session karaoké, d’un film lors d’une séance ciné. Les environnements acoustiques du film s’opposent également en nourrissant le paradoxe de l’intérieur avec l’apaisement par les chants humains, et de l’extérieur avec une nature vrombissante et hostile.
La direction photographique de Matthee Van Holderbeke renforce cette sensation de ‘icy dreamscape’, rappelant les films de l’iconique Roy Andersson, reconnaissables par son image grisâtre caractéristique.
Le duo de réalisateurs Vanspauwen et De Plecker s’est rencontré pendant leurs études de cinéma à la KASK School of Arts et crée ensemble depuis 2021 pour s’imposer dans plusieurs festivals internationaux, lui ayant permis ainsi de bénéficier du soutien de programmes professionnels comme MIDPOINT Shorts et Focus SCRIPT pour Pithead. C’est en intervenant à deux sur plusieurs étapes de la fabrication de son film que cette envie commune de connexions dans un monde de plus en plus clivant est rendue tangible par le binôme.
Bien que le récit évoque une sorte de fin de monde, soulignée par la chute réelle et symbolique de l’animal perdu, l’élégie de Rain offre pourtant un encouragement à puiser nos forces dans ce black-metal prêt à en découdre avec les forces telluriques, afin d’affronter ensemble les calamités présentes et futures.

 

 

 

Coups de cœur mettant en lumière certains films du programme, mais n’occultant pas la qualité du reste du programme qu’on vous invite à découvrir dès mardi soir ! (billetterie)

Chaque programme est présenté deux fois, et le public peut voter à l’issue de chacune de ces projections, afin de remettre le Prix du Public 2026, divulgué lors de la soirée de clôture le samedi 12 septembre à 20h en salle 500, et nouveauté : reprise du Palmarès juste après samedi 12 septembre à 21h en salle 100 !

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