Après La Victime désignée, variation mélancolique et faustienne de L’inconnu du nord express, exploitant à merveille la topographie de Venise et porté par les présences inoubliables de Pierre Clémenti et Tomas Milian, Maurizio Lucidi, considéré à tord comme un vulgaire tâcheron, signe une autre réussite avec La Dernière chance, adaptation d’un roman de Franco Enna, jamais traduit en France. En revanche, si vous souhaitez lire des ouvrages de ce romancier italien, quelques livres sont trouvables dans la collection Série Jaune (éditions mondadori) comme Dans le pétrin … pour une fille.., Prélude à la tombe ou encore Deux morts chez les mormons. Sans avoir lu le roman, on se dit toutefois que sa base est solide, vu la construction impeccable d’un scénario efficace et cohérent. Doté de dialogues crédibles et assez percutent, dans la grande tradition de la série noire, le film se démarque de la production italienne des années 70. Déjà, il s’agit d’une co-production avec le Canada, comme plus tard l’excellent Spécial Magnum d’Alberto De Martino, ce qui confère à l’ensemble une atmosphère enneigée inhabituelle, d’autant que l’histoire se situe dans une petite bourgade québecoise.

LA DERNIÈRE CHANCE [BLURAY] – LE CHAT QUI FUME

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D’emblée, le décor sert de motif pour installer son intrigue, qui volontairement s’englue dans un surplace, ne cédant jamais à l’ennui, comme dans nombre de récit où la fatalité s’insinue au cœur des relations entre les personnages. La mise en place est simple : Floy Gambino sort de la prison de Montréal, après avoir passé 6 mois enfermé. Joe l’accueil a sa sortie. Malheureusement, ce n’est pas pour lui proposer un boulot honnête mais pour cabrioler une bijouterie. Le casse tourne mal, un policier est abattu et les deux lascars se séparent, promettant de se retrouver aux États-Unis. Floyd, en possession du butin, suite à un accident de route, se retrouve bloquer quelque part dans la campagne canadienne. Il trouve refuge dans le motel « La dernière chance », nom à la portée symbolique appuyée mais qui a le mérite de la clarté. La bonne idée du film, scénarisé à plusieurs mains, vient de ce contretemps qui oblige Floy à se poser, à réfléchir sur les conséquences de son acte. A peine sorti du mitard, enrôlé par un figure paternelle inquiétante, il récidive de façon absurde. Ce n’est ua final qu’un pauvre gars qui n’a pas eu de chance. Il n’a rien d’un meurtrier, juste un voleur d’occasion qui n’a pas eu de chance. Même si le personnage n’est pas assez étoffé, il évoque celui de ? Dans Revolver qui se découvrait une conscience de classe. D’autant qu’il est interprété par le même comédien, Fabio Testi, qui se révèle une fois de plus remarquable. Cette combinaison assez rare entre une douceur et une fermeté dans le regard et un physique athlétique photogénique, impose une présence hors norme, très bien exploitée ici. Évidemment, la portée politique du métrage est à peine esquissée mais elle existe par ricochet, ce qui rend Floy, vulnérable et touchant, quand il tombe sous le charme de Michelle, personnage trouble, mélancolique et mythomane.

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Reprenant les codes du polar hollywoodien des années 40 dans un cadre solaire inhabituel, La Dernière chance est une anomalie au sein de la production italienne courante car il ne s’agit ni d’un gialli, ni d’un poliziotesco, ni d’un thriller politique mais d’un pur film noir désenchanté et émouvant, jusqu’à la pirouette finale que les plus malins auront assez vite repéré, manière d’insérer un touche ironique bienvenue. La mise en scène classique mais inspirée de Maurizio Lucidi, ancien monteur réputé pour l’excellence de son travail (Le bon la brute et le truand, Les Titans), est au service d’une histoire prenante, au point de gommer au maximum ses origines italiennes : rien de baroque dans ce travail d’orfèvre mais une précision dans les cadrages et le découpage qui ne le rend pas indigne à côté de ses modèles revendiqués. La photographie de Gabor Pogany rend justice aux magnifiques paysages nord-américain et les comédiens sont parfaitement dirigés, notamment Ellie Wallach parfait en braqueur inquiétant. Ursula Andress et dans un petit rôle, Barbara Bach sont également formidables.

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Finalement, Lucidi parvient à dépasser le simple hommage révérencieux sous forme d’exercice de style en y injectant -peut-être malgré lui- une émotion très forte, accentuée par la splendide partition de Luis Bacalov. Le réalisateur ne retrouvera plus jamais la même ambitions avec ses œuvres suivantes, terminant une carrière décevante dans les cinéma pornographique. Mais ça c’est une autre histoire.

En bonus, une bande-annonce et une interview intéressante du sympathique Fabio Testi complètent cette édition du Chat qui fume. La rareté de ce film inédit en support physique suffit à ne pas passer à coté d’autant que la copie Blu-ray est parfaite.

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