« A mille lieux des turpitudes soniques agitées ou bien des velléités mélodico-chichiteuses, Wild Beasts propose (…) un condensé réussi de pop élégante, une sorte de bohème pop chic. ».

 

Les premiers mots de la chronique de l’album précédent du combo anglais gardent à l’heure de disserter autour de leur troisième disque toute leur pertinence. On pourrait simplement affiner le propos en disant que, plus que jamais, les mélodies servent d’écrin à cette voix si particulière, une sorte d’Antony (sans ses Johnsons) non neurasthénique, un Antony qui ne serait pas vaincu et accablé par le poids de l’existence sitôt l’œil ouvert au matin.

Sophistiquée oui, élégante oui, badine aussi le plus souvent, la musique des Wild Beasts déroule le long de ses dix pistes un même fil mélodique proche du cotonneux et du cajoleur, une musique qui tranche d’ailleurs avec la dégaine des musiciens, tous candidats à Mister indie pop 2011 avec barbe de trois jours, mèche folle et jean slim sur veste de velours alors qu’en écoutant leur musique on les imagine plutôt en clones des gendres idéaux de Keane (no offense).

Travail extrêmement soigné de pareils hooligans rappellent non pas tant dans le résultat que dans l’intention celui du groupe Cousteau, ces piliers de bistrots qui n’avaient pas leur pareil pour trousser jadis des merveilles de chansons enfumées et sophistiquées, une musique sentant bon le mélange alcool/cigarettes sur complet veston de bonne coupe. Ici l’aspect nocturne est aussi présent mais il s’accompagne pour la musique de l’exercice solitaire de son pouvoir, Smother s’éprouve peut-être au mieux seul, sur son canapé, les lumières nocturnes de la ville nous caressant l’échine à travers les vitres de l’appartement. Nocturne oui, urbain tout autant sans doute parce que le groupe travaille sa matière musicale jusqu’à lustrer chaque parcelle et y rogner toute sa moelle première, jamais sans doute l’artifice n’a été aussi beau et doux à l’oreille.

Wild Beasts c’est toujours une pop ambitieuse bien que faite avec deux ou trois bouts de ficelles mélodiques comme le ravissant motif de piano de « Lion’s snare » par exemple ou encore « Albatross » et son envolée vocale en guise de matrice. Smother c’est également un tendre baguenaudage, une marche en avant effectuée d’un pas bonhomme (« Loop the loop » ou encore « Bed of nails » qui n’est pas une reprise d’Alice Cooper du tout du tout mais alors pas du tout). Pour ce qui est de la pure classe il faut ajouter au piège à lion un « Reach a bit further » dont la mélodie pourrait être un parfait jingle pour une émission de France Inter (voilà bizarrement ici un sacré compliment).

On se demande encore comment pareille musique peut ainsi tenir la note haute de bout en bout et ne pas provoquer l’indifférence au fil de l’écoute, oui comment l’addition des pistes ne les cantonne pas au rôle ingrat de décorum sonore pour lecture attentive d’un romansde la rentrée bien lové sur le sofa un thé vert fumant juste à côté. Aucun écueil de ce type et ce n’est pas là la moindre des forces de cet album de réussir là où même Two Dancers échouait, à savoir dans la persistance de l’excellence.

Certes les titres emblématiques du groupe restent toujours ce trio infernal qui ouvrait le disque précédent, ces « The fun Powder Plot », « Hooting & Howling » et « All the King’s men » inégalés, les meilleures chansons de ce Smother sont « simplement » excellentes mais on ne blâmera pas nos aimables britanniques de faire entendre avec pareille grandeur et inspiration la quintessence d’une pop feutrée et charmeuse.

 

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