Ulan Bator – "En France / En Trance"

Ulan Bator, “En France, En Trance” – un beau recommencement 

Depuis le split de la formation originale à la fin des années 90, on suivait de loin les péripéties musicales d’Ulan Bator. Le groupe, réactivé au début des années 2000 par Amaury Cambuzat, l’un des membres fondateurs, était sensiblement différent : des sonorités moins menaçantes, moins expérimentales aussi, une musique que l’on sentait, peut-être à tort, un peu plus convenue. Secrètement, on a continué à croire qu’Ulan Bator pourrait produire à nouveau un album de la force de “Végétale”. En 1997, l’écoute de cet opus avait suscité un choc semblable à la redécouverte du Bashung de “Fantaisie Militaire” ou du Diabologum de l’album “#3”. Un authentique rock français semblait possible dans une musicalité des plus abrasives, loin des clichés poétiques ou littéraires d’un français lesté de significations. Avec l’annonce de ce nouvel album, voulu comme un retour aux sources, Ulan Bator ravive autant d’espérances que de craintes. Contre tout attente, le groupe produit là l’un des meilleurs albums de sa carrière…
Dès “Take Off”, première station épique de l’album, c’est bien à un Ulan Bator de deuxième jeunesse sonique que nous avons à faire. Le roulis feutré des premières minutes se développe sur une ondulation de voix. Arrive un motif rythmique, qui se resserre et accélère à la manière d’un décompte pour se muer finalement en un long sifflement aigu. Le morceau culmine dans un maelstrom de cris et de guitares saturées. Passée cette entrée en matière, qui ravive sans être poussive les grandes heures du groupe, les titres s’enchaînent et dialoguent, s’enchâssant les uns dans les autres dans un geste de coulée. On peut d’ailleurs se rendre sur le Soundcloud officiel d’Ulan Bator pour y écouter gratuitement l’album rassemblé en une piste unique.Les oreilles chagrines pourront toujours buter sur un mot de français ou une voix mal assurée. D’autres trouveront les schémas rock répétitifs, les montées prévisibles et l’univers musical balisé. Mais tout au contraire, Ulan Bator démontre avec cet album qu’il n’a rien perdu de sa vitalité et de ses audaces, et qu’il est loin de l’anachronisme “postrock” auquel on voudrait le cantonner. Et si l’on reconnaît quelques références dans cette musique, le kraut rock en tête, le groupe ne cesse d’en travailler la matière dans un souci permanent d’invention. Pas de pastiche ni de recyclage ici, mais un assemblage bien plus personnel et complexe qu’il ne paraît à première écoute. Nul excès de prétention non plus, Ulan Bator fait simplement la musique qu’il affectionne avec beaucoup de fraîcheur et d’honnêteté, sans sacrifier son goût pour la recherche formelle.

“En France/En Trance”, qui célèbre 20 années d’existence, compte déjà parmi les albums les plus créatifs et ambitieux du groupe, rivalisant avec la production des débuts. On ne saurait dire s’il s’agit là d’un gain de maturité ou au contraire, d’une énième célébration d’adolescence. En tout cas, on en est désormais convaincu, les Ulan Bator ont encore de belles heures devant eux. On a aussi hâte de les redécouvrir sur scène.
“En France/En Trance” d’Ulan Bator, chez Acid Cobra Records. Sortie le 27 mai 2013. Plus d’infos sur le site du groupe.

ULAN BATOR – EN FRANCE / EN TRANSE from 6ème Droite on Vimeo.

A propos de Robert Loiseux

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