Michel Cloup – Pascal Bouaziz – Patrice Cartier : "Ville nouvelle / Nouvelle ville "

En marge de leurs deux albums respectifs, que nous avons chroniqués précédemment, la collaboration, Ville Nouvelle / Nouvelle Ville, conçue fin 2012 dans le cadre d’une exposition artistique (pour le catalogue de l’exposition “Densité” à Maison Salvan / Labège), rassemble Michel Cloup et Pascal Bouaziz sur un deux titres en vente en format numérique (Flac/Mp3).
Les titres composent une sorte de dyptique sur le thème des banlieues, plutôt résidentielles, tantôt vues sous l’angle de l’aliénation ou de celui, plus oblique et abstrait, d’une fiction cinématographique. Dans un mouvement de réponse, les deux propositions, font passer de l’individu, et d’un corps social en délitement, au décor de “non urbanité” dans lequel ils finissent irrémédiablement par se dissoudre.
Les deux visions se rejoignent dans la description d’une sorte d’épouvante sociale, autant insidieuse que latente. Bouaziz et Cloup y échangent leurs rôles de narrateur d’une face à l’autre, passant de la chronique d’un lent dessaisissement de soi à l’investigation d’un décor de science-fiction atone et dépeuplé. Ville Nouvelle avec Pascal Bouaziz à la voix sur la plage 1, est le pendant diurne et social de Nouvelle Ville, le titre plus onirique de Michel Cloup, qui lui répond sur la plage 2.
La musique, ambiante, soutient les deux récits, appuyant, durant la dizaine de minutes de chaque morceau, un sentiment de léthargie ou de menace. Arrivé à son terme, le disque se conclue sur deux minutes d’un rock saturé porté par la batterie de Patrice Cartier, une coda qui renoue par sa musicalité avec les précédents groupes de Michel Cloup, Diabologum ou Expérience.
Ville Nouvelle / Nouvelle Ville est à la fois un objet singulier, en marge de la production musicale habituelle des deux auteurs, un peu comme s’il s’agissait avant tout de textes mis en “images” sonores, et c’est, en même temps, une œuvre de continuité, qui renvoie aux chroniques banlieusardes de Pascal Bouaziz dans Mendelson (Combs-la-ville, Mon frère) ou au titres les plus cinématographiques de Cloup, corréalisés avec Diabologum pour l’album #3 (une histoire de séduction, les angles).
Le morceau Ville Nouvelle a été repris depuis sur le triple album de Mendelson, dans une version plus longue et sensiblement plus arrangée. A ce titre, ce travail est important car il apparaît comme une transition préfigurant la radicalisation musicale opérée par Mendelson pour son triple album, tout du moins, il en esquisse certaines directions.
Intriguant mais un peu plus prévisible qu’il ne paraît, ce “disque digital” reste un bel objet artistique, à situer entre fiction sonore et expérimentation musicale.

A propos de Robert Loiseux

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