Aris Chatzistefanou et Aris Triandafyllou – “This is not a coup – Just another day in the EU”

Ce documentaire grec de Aris Chatzistefanou et Aris Triandafyllou est un véritable réquisitoire contre l’UE. Il s’inscrit dans la continuité de leur travail d’investigation et de dénonciation. Fascism Inc, le film précédent de Chatzistefanou, montrait comment les industriels et les banquiers avaient appuyé le fascisme dans les années 20 et 30, afin de détruire les mouvements socialistes et les syndicats et l’associait au renouveau du fascisme en Grèce. Ici, les deux cinéastes rappellent que le fascisme est arrivé comme solution à la crise de 1929 et la menace de son retour face à la crise.

COup d'etat 1

Le personnage principal est la BCE (Banque centrale Européeenne) dont la soi-disante indépendance est remise en question par les réalisateurs et sa volonté de contrôle, révélée par des témoignages d’ex économistes ou ministres. Le film révèle son intervention par rapport à l’Irlande, l’Italie et la Grèce. En dire plus, serait spoiler un long travail d’enquête et de recueil de témoignages. Uniquement distribué au Cinéma le Saint André des Arts, jusque là les films de Chatzistefanou étaient visibles sur Youtube. On ne peut que saluer le travail de défricheuse de la distributrice et directrice du prestigieux cinéma, Dobrila Diamantis, qui se bat pour faire exister des films différents, indépendants – et non « sauvages » comme elle tient à le préciser, agacée par cet adjectif que  colle trop promptement une certaine presse au cinéma indépendant et combatif. Crucial par son fond, This is not a coup –Just another day in the EU, pèche par sa forme et surtout son rythme. Sa B.O quasiment incessante engloutit le propos et certaines scènes sont illustrées littéralement de façon inutile. Il en résulte un film schizophrène, essentiel pour certaines révélations, mais indigeste par ce ton survitaminé et ses métaphores maladroites. Un film qui ose dénoncer, mais en martelant son propos comme s’il avait peur de ne pas être compris ou assez divertissant. Cela donne lieu à des scènes problématiques, type pendant que la décote de Chypre est racontée sur une musique assourdissante (une sorte de rock métal) elle est « illustrée » par une séance chez le coiffeur avec des métaphores lorgnant du côté du dépouillement et de la chute. Les perpétuels riffs de guitare soulignant les propos des intervenants fatigue, d’autant que dès que le duo de réalisateurs se calme, on est pris par le propos et on apprend beaucoup. Le film s’ouvre avec brio sur une question de Kissinger : Il y a déjà 20 ans, Kissinger posait la question : si je veux appeler l’Europe, à qui je téléphone ? «  Le mérite de This is not a coup… est d’avoir un discours franc et courageux, révélant des malversations qu’on devine et qui restent bien évidemment tabou. Le travail d’enquête et la volonté pédagogique de rendre accessible les donnes économiques est plus que louable ; un documentaire riche en apprentissage, notamment que le salut promis en Grèce par la BCE a éliminé ¼ du PIB, la laissant dans le même état que l’Allemagne suite à la première guerre mondiale. Seul hic, le coup d’état silencieux évoqué en Italie, Grèce et Irlande est cacophonique, entravé par une bande son inextinguible et une déferlante d’images.

Coup d Etat 2

Quand ce rythme trépidant se tarit, on peut enfin réfléchir aux révélations apportés par le documentaire des deux réalisateurs grecs. En ce sens, ce tempo est contre-productif. Bonne nouvelle : après un temps de digestion, on repense aux informations précieuses fournies sur la zone euro, la BCE….

A propos de Xanaé BOVE

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