Une petite ville de bord de mer par une belle journée d’été. Norimichi et ses camarades se rendent au collège. Pourtant, l’atmosphère n’est pas au travail : dans la salle de classe comme dans la salle des professeurs, le feu d’artifice qui sera tiré le soir-même occupe tous les esprits. Alors que certains garçons se chamaillent autour de questions d’ordre pseudo-scientifique – les feux d’artifice sont-ils plats ou ronds ? – d’autres, comme Norimichi et Yusuke, se demandent lequel aura le courage d’inviter la jolie Nazuna pour admirer le spectacle. Aux abords de la piscine, c’est justement sur celle-ci que tombent les deux amis. Nazuna les défie : celui qui remportera le 50 mètres à la nage aura la chance de l’accompagner.

A partir de cette trame assez simple, le film de Nobuyuki Takeuchi fait montre d’une incontestable virtuosité, déployant dès la trentième minute tout un éventail de scénarios possibles. A l’instar de cette bille de cristal repêchée dans la mer par Nazuna, Fireworks explore les différentes facettes qu’aurait pu prendre cette singulière journée dans la vie du héros.

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La multitude de flashbacks, le jeu sur les ralentis et les retours rapides, les ruptures dans l’intrigue, concourent à mettre en place un suspense efficace. Mais si la tension, palpable dans le premier tiers du film, parvient à mobiliser le spectateur, celle-ci retombe passée la première heure. En déroulant une journée qui se vit à répétition, Fireworks manifeste un certain brio mais finit par perdre en rythme et en intensité tant et si bien que la fin du film semble s’étirer en longueur. Cette impression s’explique peut-être aussi par le choix d’un final grandiloquent, à l’imaginaire féérique et un peu mièvre, qui risque de laisser le spectateur occidental sceptique. C’est que Fireworks s’inscrit dans la tradition du film d’animation ou anime et en respecte rigoureusement les codes. La qualité graphique du film est remarquable, le réalisme des décors tout comme la vivacité du trait sont particulièrement saisissants. Fireworks brille notamment par la manière dont il parvient à retranscrire les points de vue : l’usage du regard-caméra, l’originalité des angles choisis, les gros plans sur les regards permettent une plongée dans la conscience des personnages. Les mélodies sirupeuses propres à l’univers de comédie musicale risquent en revanche de laisser une grande partie des spectateurs insensible, en dehors d’un public strictement préadolescent.

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« C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure… » Les premières minutes de Fireworks évoquent immanquablement le refrain de Françoise Hardy, la chanson comme le film excellant à dépeindre avec tendresse les délices et les tourments de l’adolescence. Nobuyuki Takeuchi pose un regard amusé sur ses personnages, particulièrement maladroits et immatures, et touche juste en décrivant leurs moments d’exaltation, leurs déchirements, et leur ridicule. Norimichi et Yusuke incarnent ces contradictions, pris entre la loyauté qu’ils doivent à leurs amis et leurs sentiments amoureux naissants mais inavouables. Au-delà d’une certaine forme de prosaïsme propre au genre de l’anime, le film soulève des questions graves et montre du doigt le cynisme des adultes, inconscients des répercussions de leurs choix sur la vie des enfants. Un peu à la manière du grand mangaka Taniguchi dans son très bel opus Quartier lointain, Nobuyuki Takeuchi explore dans Fireworks le domaine infini des possibles et interroge sur un mode élégiaque la fragilité du destin.

A propos de Sophie Yavari

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