Nous l’avions découvert Psycho Raman à l’Etrange festival en 2015. L’intéressant Psycho Raman sort enfin en salles sous le titre The Mumbai Murders. Comme tous les films de Anurag Kashyap The Mumbai Murders est un film très tape-à-l’oeil, assez complaisant, aussi maniériste que du John Woo ou du Sergio Leone et coincé entre ses origines et ses influences tendance polar sombre US. Il conçoit clairement le cinéma comme un électro choc qui ébranle le spectateur, d’où cette sensation de volontarisme constant. Mais il n’empêche qu’indéniablement ça fonctionne. Quelque part entre les tics d’un Fincher première manière et Bollywood, Anurag Kashyap affirme paradoxalement une vraie patte par ses inspirations composites et dresse un portrait peu flatteur d’une Inde de pauvreté et de bidonville.

Le radicalisme et le nihilisme peuvent heurter, mais en fermant à peu près toutes les portes de sortie et d’espoir, Psycho Raman reste un film haletant et glaçant. Nawazuddin Siddiqui est d’autant plus terrifiant qu’il n’en fait pas des tonnes, au point de donner une allure étrangement normale à son personnage de tueur illuminé. The Mumbai Murders est d’autant plus déstabilisant qu’il joue avec les codes bollywoodiens les plus douceâtres pour mieux plonger dans le versant de l’amoralité. Nulle identification héroïque n’est possible lorsque le flic se confond au tueur. Mais l’esthétique continue d’imposer ses postures chic et choc pour raconter l’abominable, ce qui finit de transformer The Mumbai Murders en objet parfaitement impur. On se laisse peut-être avoir par cet art de l’hybride et de la décharge électrique, mais on aime ça.

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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