Richard Lester – “La Rose et la Flèche” (1976)

La version de la légende de Robin des Bois de Richard Lester affiche son originalité dès le prologue de La Rose et la Flèche (Robin and Marian). Une ouverture aux accents pasoliniens fait se succéder des plans empreints d’un symbolisme inquiétant : des pommes, puis ces mêmes pommes flétries, un soleil couchant cramant un paysage aride, une épée barrant verticalement la lumière du soleil et le cou d’un vautour précèdent un plan plus général sur le château de Châlus, catapulté par les soldats de Richard Cœur de Lion menés par Robin. La musique de John Barry enveloppe cette ouverture en forme de crépuscule, annonçant un film où vont évoluer des personnages vieillissants et à l’héroïsme en déclin.

La Rose et la Flèche traite des temps de l’après-conquête, ceux où l’on rentre chez soi hanté par les vestiges de l’amour. Après la mort de Richard Cœur de Lion, Robin (Sean Connery) rejoint l’Angleterre pour retrouver Marian (Audrey Hepburn) et boucler la boucle. Ce ne sont plus les primesautiers Errol Flynn et Olivia de Havilland, que Michael Curtiz avait mis à l’honneur dans sa version de 1938, mais deux acteurs à la désormais longue carrière et au regard empreint de mélancolie, qui jouent le couple légendaire. Marian, devenue mère supérieure dans une abbaye, est poursuivie par le shérif de Nottingham (Robert Shaw), ce qui formera le noyau d’une nouvelle intrigue, laissant délibérément croire que nous empruntons la voie du film de cape et d’épée. Cependant, les scènes de batailles et de duel n’ont absolument rien d’épique ni d’époustouflant. Lester trompe l’attente du spectateur en lui laissant voir des héros au corps fatigué et à la peine dans leurs combats singuliers.

Mais surtout, il ne reste presque rien, chez le réalisateur britannique du mythe de la justice sociale et de la redistribution des biens en faveur des pauvres. Il y a bien, çà et là, quelques scènes de retrouvailles communautaires dans la forêt de Sherwood – un larcin qui profite aux villageois, une répartition des tâches au sein de cette petite société – mais il serait exagéré d’en tirer une leçon ou un modèle. Lester semble plutôt proposer un regard amène sur la manière dont les paysans tentent de s’organiser pour résister aux assauts de l’armée du shérif et au bellicisme de Jean sans Terre (Ian Holm).

Il ne faudrait pas en conclure que Lester a vidé Robin Hood de toute sa superbe. Sa causticité et sa provocation sauvent de l’absurde, en soulignant la folie du pouvoir tyrannique. Que ce soit à travers Richard Cœur de Lion cherchant un trésor qui n’existe pas, ou à travers Jean sans Terre dominé par ses pulsions, le pouvoir est ridiculisé et rendu dérisoire, tant ceux qui l’incarnent semblent aveugles aux signes qui attestent leur vanité. Une flèche décochée par un borgne et atteignant le cou du roi Richard clôt ainsi la séquence d’ouverture, renvoyant à la nature morte présentée en insert dans les deux premiers plans. Les plans sur les pierres qui jonchent un sol assoiffé et une terre brûlée distillent une crainte prémonitoire, dissimulant à peine une dimension eschatologique.

De la fin (notre fin ? la fin de l’héroïsme ?), il sera en fait question durant tout le film. Si des plans d’ensemble, dans les vertes prairies d’Angleterre, consacrent un esprit de liberté présidant à la chevauchée de Robin et de Petit Jean (Nicol Williamson) ou de Robin et de Marian, l’inquiétude prévaut toujours, avec un enjeu métaphysique que l’âpreté de Marian, dans sa robe de bure, ne peut nous faire oublier. La déchirante scène finale, versant du côté d’un tragique lumineux, se rattache au point de vue désenchanté de Lester, qui n’invite pas au sursaut mais à la méditation lucide sur la condition de l’homme en temps troublés.

 

 

Suppléments :

Interview de Sean Connery enregistrée en 1984
Interview de William Couette, journaliste sur le site Chacuncherchesonfilm.fr
Interview de Laurent Vissière, Maître de conférences en histoire médiévale à la Sorbonne

Blu-Ray édité par Rimini Editions

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A propos de Miriem MÉGHAÏZEROU

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