Surtout connu pour Les sept mercenaires et La grande évasion, John Sturges signe avec Chino son dernier western. Il s’agit aussi de sa quatrième collaboration avec Charles Bronson, qui l’a incité à réaliser cette œuvre atypique dans la filmographie du cinéaste. Plus habitués aux productions d’action épiques et enlevées, les deux hommes changent de registre et se retrouvent dans un film au rythme lent et contemplatif.

Réalisé vers la fin de la carrière de John Sturges, Chino s’attache à dresser le portrait de Chino Valdez, éleveur de chevaux solitaire et taciturne. Il vit à l’écart de la civilisation car, métis indien et mexicain, il endure le racisme des employés de Maral, le plus gros propriétaire terrien de la région. Chacune de ses incursions en ville aboutit à une bagarre, au grand désespoir du patron du saloon et malgré les réprimandes du shérif.

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Dans ce western plutôt intimiste et assez peu porté sur l’action, Charles Bronson endosse une nouvelle fois la panoplie du héros reclus et fatigué. Ne désirant qu’une chose, vivre tranquille loin des hommes, mais proche des chevaux, Chino Valdez est un dur, courageux et intègre. Sous le visage buriné de l’acteur se cache cependant un homme au cœur tendre et en quête d’amour. Il va le trouver en la personne de la demi-soeur de Maral, Catherine. Seulement, les choses ne se passeront pas comme il le souhaite.

Aussi méconnu que mal aimé, Chino est un pur western européen, une co-production entre l’Italie, l’Espagne et la France. Le tournage, qui a eut lieu à Almería, en Espagne, est commencé par John Sturges qui ne sera pas impliqué au montage, le réalisateur italien Duilio Coletti prenant la relève. Il en résulte un film bien éloigné des standards traditionnels du genre, distant du nihilisme des oeuvres crépusculaires de Sam Peckinpah, mais se situant entre King Vidor et Sergio Corbucci. Chino renoue avec l’œuvre individualiste de l’un et les thématiques frondeuses de l’autre. Chino Valdez est seule contre tous, contre un gros propriétaire qui s’octroie des terres comme bon lui semble. Comme dans L’homme qui n’a pas d’étoile, les barbelés marquent le début du capitalisme et la fin de la liberté et de l’ouest sauvage.

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Pourtant, dans le monde de Chino Valdez, les chevaux doivent restés indomptés, tout comme lui. Toute l’indépendance du personnage est évoquée à travers de nombreux plans de chevaux s’égaillant ou en train de courir dans la plaine. Véritable ode à la liberté, Chino se révèle dans ses images de fougueux étalons filmés en longue focale. Un choix de mise en scène qui souligne l’aspect insaisissable de leur état sauvage tout en donnant du souffle à une œuvre plutôt intimiste.

Les paysages du film, éclairés par Armando Nannuzzi, directeur de la photographie, entre autres, de Mauro Bolognini, n’ont rien en commun avec les décors désertiques à la poussière soulevée par le vent. Ici, des montagnes bouchent l’horizon, les pâturages sont verts et la lumière douce. Ainsi, les personnages évoluent dans une atmosphère ouatée, accompagnés d’une musique mélancolique de Guido et Maurizio de Angelis. Le choix d’un format 1.37 souligne l’intimité de scènes romantiques teintées d’une ambiance bucolique, entre élans sauvages et finesse soudaine. La passion qui anime les personnages de Charles Bronson et Jill Ireland est aussi accompagnée de savoureux dialogues humoristiques dans lesquels il n’est pas interdit d’y voir la patte de Elmore Leonard. L’écrivain a en effet été appelé à la rescousse par John Sturges pour réviser certains détails du scénario.

 

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Dans la filmographie de John Sturges, Chino fait écho à son adaptation de Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer. Les deux films narrent l’amitié entre un jeune garçon et un homme plus âgé. Comme le personnage joué par Spencer Tracy, Chino Valdez a son orgueil et trouve son honneur dans la vénération de son adversaire. Dans Chino, le jeune fugueur et l’éleveur de chevaux vont apprendre à se connaître et se respecter, l’ermite faisant découvrir la culture indienne au jeune garçon. Car Chino est aussi un film d’apprentissage qui évoque le racisme et le regard de l’autre.

La dénonciation de cette intolérance permet à John Sturges d’offrir quelques beaux moments d’action, entre affrontements physiques et fusillades. Malgré son rythme lent et ses passages romantiques, l’intrigue relate le combat d’un homme pour son intégrité, le droit de vivre paisiblement. Même si la fin peut paraître amère, elle  est plus ambiguë en imposant également la figure d’un individu qui s’est battu pour ses idéaux tout en se faisant respecter. Dans ces passages, John Sturges imprime sa marque à ce film dont la genèse reste assez floue. Que Duilio Coletti, réalisateur pour le moins inconnu, remplace un metteur en scène de la trempe de celui qui a signé Un homme est passé  suscite bien des interrogations. Les explications de Patrick Brion, dans les bonus, n’en disent pas tellement plus.

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Aussi méconnu que mal aimé, Chino a beau être un film mineur dans la carrière de John Sturges, il est tout aussi sensible et attachant. Chino est une œuvre singulière, un western traversé par le souffle romantique d’une pièce de Shakespeare.

Le DVD/Blu-Ray : Encodée en 16/9 tout en préservant le format 1.33, l’image proposée par le DVD est claire et limpide alors que celle du Blu-Ray est un peu plus sombre. Elle semble cependant se rapprocher de la photographie originale de Armando Nannuzzi. La piste véo présente quelques petits défaut sans gravité tandis que la piste véhef est plus propre.
Du côté des bonus, on peut trouver deux petites interviews de Patrick Brion et Yves Boisset qui remettent le film dans son contexte sans, toutefois, vraiment le défendre. Ils évoquent notamment le processus de réalisation du film et expliquent comment Chino en est venu à avoir deux réalisateurs. En plus d’une bande annonce et d’un spot TV, les fans de Charles Bronson pourront trouver un petit documentaire réalisé et présenté par Christophe Champclaux. L’historien du cinéma revient sur la carrière western de l’acteur.

Chino
(Italie/Espagne/France – 1973 – 93min)
Titre original : Valdez, il mezzosangue
Réalisation : John Sturges & Duilio Coletti
Scénario : Clair Huffaker, Massimo De Rita, Arduino Maiuri, Rafael J. Salvia, d’après le roman de Lee Hoffman
Directeur de la photographie : Armando Nannuzzi (et Godofredo Pacheco)
Montage :  Vanio Amici, Luis Alvarez
Musique : Guido & Maurizio De Angelis
Interprètes : Charles Bronson, Jill Ireland, Marcel Bozzuffi, Vincent Van Patten…
Blu-Ray et DVD disponibles chez Sidonis Calysta, collection Western de légende.

 

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