Nous avions découvert Sur la ligne à la dernière édition du Festival d’Arras, où il ne nous avait pas laissé un sentiment impérissable. Intéressant dans son propos et ses enjeux, il ne s’en perd pas moins dans ses archétypes narratifs et son conformisme formel.

Anna, adolescente des années 80 en République Tchèque dont le père a fui à l’Ouest, et qui s’entraine pour les Jeux Olympiques. Lorsque les représentants du Parti lui imposent un nouveau produit, le Stromba, elle voit tout à la fois ses performances augmenter et sa santé se désagréger. Elle tente alors d’atteindre les Jeux sans produit, au désespoir du Parti et de sa mère, qui espérait profiter des jeux pour la faire fuir.

S’il ne manque jamais de rythme (Andrea Sedlackova est aussi monteuse), le film s’endort tout de même assez vite sur un schéma d’un classicisme rebattu : du choix du scope à la narration (les méchants du Parti, l’intello libertaire ou la mère courage, l’entraineur figure paternelle pour remplacer l’absence, etc), ou dans la méticulosité boutiquière de recréer l’ambiance pré-1989 pour « faire vrai », on reste dans les rails clairs d’un cinéma qui se voudrait hollywoodien, assez amusant retournement dans un pays où règne l’ostalgie.

Sujet en or, toutefois, et dont le classicisme forcené ne parvient pas à totalement éteindre la belle interrogation : celle d’une mutation, aussi bien politique que physique, et de la manière dont le corps peut devenir réceptacle du politique.

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La question du corps a toujours travaillé les régimes fascistes, vecteurs physiques du succès d’une pensée. Et le dopage devient alors la métaphore du poison d’un système qui cherche à contrôler ses individus, à les briser pour les transformer en publicité, en vecteurs : ceux de la réalisation de l’homme supérieur, libéré soit par la race (nazisme), soit par le travail (communisme).

Et le film tout entier, à travers la position de la mère (qui dopera en secret sa fille, pour qu’elle puisse s’échapper) ou de la rébellion de la fille (qui refuse le produit pour disposer de son corps) témoigne de cette recherche de liberté, de position physique face à la contrainte (plier pour ne pas se briser ?), métaphore de tout un peuple, qui se résoudra dans un joli équilibre final : une forme de liberté individuelle du corps retrouvée au sein du système, la reprise de possession de soi au sein de l’espace clos du pays, mais sans porter le système. Des compromissions aux compromis, une révolution en baskets.

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A propos de Jean-Nicolas Schoeser

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