“L’Art de la Fugue”, m. en sc. Yoann Bourgeois – Le Monfort (en tournée)

Autour de son nouveau spectacle, Yoann Bourgeois explique dans un argumentaire très théorisé ses intentions de “rupture avec la surenchère et la performance”, mais aussi de “déjouer les tentations du discours”. “L’Art de la Fugue” ne sera donc pas un de ces moments d’adrénaline pure propre au cirque ni un manifeste dont les agrès seront le support. L’effort est louable, mais paraît ardu : car si l’on évite la surenchère, on risque le déjà vu et si l’on refuse un message clair, il n’y a qu’un pas vers l’obscure abstraction, deux dangereux écueils si on les confronte…Pour renouveler la forme, le circassien et metteur en scène mise donc sur deux éléments extérieurs : la présence sur scène d’une pianiste (Célimène Daudet) qui exécutera le morceau de Bach qui inspire le thème du spectacle et d’autre part, une structure de scénographie en bois, sorte de tout-en-un agrès. Si le piano apporte une atmosphère feutrée plutôt novatrice, introduit une notion de contrepoint dans l’approche du cirque et plante le rythme, la maison-agrès déçoit malgré son aptitude au déploiement en n’étant pas complètement exploitée. Comparée à une utilisation similaire de blocs en bois dans “Chouf Ouchouf” de Zimmermann et de Perrot, celle-ci traîne la patte et n’apporte pas toute la fluidité promise par sa sophistication. Idem pour l’utilisation du trampoline, vue et revue dans d’autres spectacles plus poétiques (Hop Là ! Fascinus !) ou frénétiques.

“L’Art de la Fugue” présente toutefois deux pistes intéressantes. D’une part, la thématique du rêve – pourtant mal amenée par une voix off peu distincte et pontifiante – ingénieusement évoquée à quelques passages : une chaise sans fond, une fenêtre de cubes, une porte en tasseaux, des escaliers qui s’élèvent vers le néant… D’autre part, de délicieuses esquisses de chorégraphies, de la répétition de gestes mécaniques en miroir à la Decouflé aux gracieux roulés-boulés sur plan incliné de la danseuse Marie Fonte. Mais là encore, du fait de la volonté d’adéquation du corps à la trame de composition de la fugue de Bach, les motifs (comme Yoann Bourgeois aime à nommer ses figures), se perdent dans des répétitions juxtaposées qui étouffent les jolis moments sans permettre de les apprécier à leur juste valeur.

En voulant rompre avec les codes actuels du cirque, Yoann Bourgeois propose un spectacle où les compromis prennent le pas sur le dynamisme, la clarté ou la fantaisie. Reste une impression brouillonne d’initiative estimable, mais qui reste pour le moment peu convaincante.

Programmé au Monfort jusqu’au 9 juin, puis en tournéel'art de la fugue yoann bourgeois

(c) Jean-Pierre Clatot

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