Fermate Il Passo – Ensemble Vivabiancaluna Biffi (Arcana)

D’un air, de…

Comme un air Renaissance. Chez Vivabiancaluna Biffi, l’électisme relève de l’ethos. Plus encore, d’un ars vivendi, virtù musicale et savante infusant chacune des dimensions de l’existence. Violoncelliste de formation, cette musicienne accomplie veut à la fois comprendre et transmettre. L’heureux fruit de son travail sur les Frottole (du latin médiéval frocta, assemblage d’éléments divers), poèmes chantés à trois à quatre voix, et dont la plus aigüe prend en charge la mélodie, révèle l’étendue de ses talents.

Livraison récente du label Arcana, cette odyssée des voies de l’opéra se présente comme un chant accompagné à la viole, une transcription pour instruments à cordes. L’interprète se mue tour à tour et toute, interprète et récitante. A la polyphonie des voix succède celle du sens, conforme à l’exigence propre aux sujets d’opéra, à ses personnages au destin non plus soumis à la seule force du fatum, mais aussi à leurs propres errances et aux erreurs, humaines.

Les mélomanes avertis se rappelleront les musiciens d’Isabelle d’Este. Quant aux familiers du Courtisan, ils ne manqueront pas d’apprécier l’incarnation vocale, géniale des préceptes de Castiglione. Ici pas d’affectation qui cèlerait un défaut d’engagement ; total, il est mis au service d’une musique accessible à tous par sa beauté, son mystère et l’antienne-étrangeté.

Comment ne pas évoquer d’autres synesthésies, à la lumière de ce monde si moderne. Portrait de Raphaël, par exemple. D’un saisissant contraste, mains jointes contre oeil espiègle. Voix douce et claire, tracés droits et obliques. Maîtrise extraordinaire, mais pas intimidée des messa di voce et des grands ambitus. Prologue. Un et deux et trois actes composent une merveille qui n’expire pas, après l’Epilogue. Ces peintures déjà vues, qu’on a vues une seule fois.

A propos de Axelle GIRARD

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