Ariel Pink’s Haunted Graffiti – Before Today (archives)

Ariel Pink’s Haunted Graffiti donne de prime abord l’impression de ne pas être né de la première pluie acide, leur disque (Ariel Pink est le nom de scène de leader, Haunted Graffiti est celui du groupe qui l’accompagne et qui à l’occasion a composé quelques musiques). Un son qu’on qualifierait volontiers de garage si ce terme n’était (ici comme bien souvent ailleurs) galvaudé, comprendre en tous les cas que la musique ne brille pas ici par son caractère sophistiqué ni par sa mollesse. On reste cependant bien loin d’un lointain Lo-fi également car l’ambition est là, on reste aussi bien loin d’une éventuelle psychotic reaction provoquée par une musique sonique et exaltée, car le velours est là. Nous voilà beaux.
Si la musique d’Ariel Pink ne laisse pas à penser qu’il a le cul entre ces deux chaises musicales finalement c’est peut-être parce qu’il joue depuis toujours sur un fil et que cette manière d’être est aujourd’hui (et depuis toujours ?) dans son ADN. On sait que le bonhomme est encore tout jeunot (22 ans) mais qu’il enregistre quantité de titres depuis ses 16 printemps (nombre d’albums, 7 ou 8, certains réédités sur le label des Animal Collective) mais ce Before Today est le premier à être signé sur un label de renom (4AD quand même) et ainsi ouvert au plus grand nombre, l’album le plus ouvert aux quatre vents commerciaux aussi, le moins brinquebalent et obtu de son œuvre sans nulle doute à en juger par l’écoute (paresseuse et distraite il est vrai) de quelques autres de ses albums précédents.
La musique ? On évoquerait bien quelques lointaines figures tutélaires comme Suicide (Hot body rub par exemple), Television aussi (Bright Little Skies oh oui) mais aussi les Cure, les Pixies (Butt House Blondes) ou le Velvet voire différentes figures d’un Rock FM bien gras. On citerait bien aussi des patronymes plus obscurs comme Bobby Conn (cette manie de passer du coq à l’âne d’une chanson à l’autre mais sans jamais s’égarer ni surtout de donner l’impression de régler ses pas sur les pas de ses pairs), Bobb Trimble (ces tonalités de foldingo par moment), tous ces noms en tous les cas sont à prendre davantage comme des simples posters collés au mur du salon plutôt que les fondations mêmes du logement, des simples balises. Ce qui est certain c’est que voilà ici un énième avatar de cette caste de songwriters qui recyclent quelques pans de l’histoire de la pop et du rock en un seul et même album.
Lorsqu’Ariel Pink se met en tête de se la jouer radio friendly cela donne des pépites comme l’excellent Round & Round, le rigolo Menopause man qui explique enfin pourquoi un club New Yorkais pouvait s’appeler Max’s Kansas City ou un Can’t hear my eyes (des couplets Fleetwoodien au possible mais salopés par un éclair de synthé sur le refrain) sans oublier la basse très Peter Hook (époque Joy division, Transmission) du dernier titre Revolution a lie (reprenant en guise de final et dans une veine plus Krautrock l’ambiance Suicidaire que le premier titre balançait, la vie est décidément bien faite)
Lorsqu’il préfère viser les marges soit à peu près partout ailleurs il y a toujours quelque chose dans ce bric et broc pour charmer l’oreille (L’Estat en premier lieu qui sent bon la répétition un samedi après-midi au fond d’un basement avec un pack de bières posé près de la batterie et une fan à franges vautrée dans le couch), la grande variété de l’ensemble étant d’ailleurs pour beaucoup dans cette impression générale de se voir ici offrir un petit tour dans une fête foraine un peu délabrée de la région de Long Beach. La sunny Californie en mode laid back (et non Laibach hein), le repos du guerrier post-punk peut-être, une sorte de synthèse de la pop (oui de pop) primitivement avant-gardiste des 40 dernières années peut-être, un disque foncièrement sympathique et attachant en tous les cas.

 

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