Mon traître est un roman de 2007 et comme l’indique le titre, c’est l’histoire d’une trahison. Sorj Chalandon nous raconte sa relation, sur une durée de vingt cinq ans, avec Denis Donaldson indépendantiste Irlandais, avant pendant et après la trahison de celui-ci. L’histoire est romancée, les noms sont changés. Chalandon se cache sous les traits d’Antoine luthier parisien. Nous allons suivre Antoine et ses périples à Belfast, à ses rencontres et à son amour pour l’Irlande. Au fil des années il est adopté par l’Ulster et devient plus irlandais qu’un irlandais. A travers ses voyages nous assistons à la lutte Irlandaise contre l’Angleterre de Thatcher.  Le lecteur est baigné dans le Belfast violent ou les catholiques et les protestants se rendent coup pour coup. On se retrouve immergé dans les pubs enfumés ou suintent la Guinness. Quand la nuit tombe et que le risque de faire de mauvaises rencontres augmente, on visualise parfaitement les alignements de maisons ouvrières. Sur les murs en briques rouges les tags en faveur de l’IRA sont parfaitement visibles. On entend le bruit des corps qui tombent dans les embuscades, le bruit des portes fracassées en pleine nuit par les forces de l’ordre. Chalandon nous plonge dans la lutte des indépendantistes contre les coups tordus de la Dame de fer. Les séjours en prison au milieu des droits communs, les grèves de la faim… Et tout ça avec la poésie des mots de Chalandon, alors que les situations sont souvent violentes voir insoutenables. Son écriture est incisive et dépouillée. Il va à l’essentiel (il raconte que son style d’écriture est l’héritage de son enfance de bègue).

Il est capable de faire des descriptions hallucinantes des villes dans ses différents livres. Au niveau d’un Louis Ferdinand Céline décrivant Berlin dans sa trilogie Allemande. L’auteur a longtemps travaillé comme journaliste chez Libé (et maintenant au Canard Enchaîné) et suivi pendant longtemps les conflits Libanais et Irlandais. On sent le vécu et l’engagement de l’auteur. Mon traître est écrit dans l’urgence suite à la traîtrise de son ami, comme une thérapie à sa souffrance. Sorj chalandon a par la suite écrit Retour à Killybegs, le traître racontant sa version de l’histoire. Il cherche à comprendre les motivations. Comment se comporte un traître avec ses amis, avec sa famille? Est-on traître tout le temps?

Un auteur à découvrir pour ses livres se déroulant à l’étranger que ce soit les deux romans en Irlande ou celui au Liban qui s’appelle Le quatrième mur. Dans ce dernier, Chalandon raconte l’histoire de Samuel qui rêve de monter le Antigone d’Anouilh en puisant dans toutes les communautés de la ville pour effectuer le casting, alors que le Liban se débat dans la guerre civile. La représentation devra alors servir de moment de paix. Ayant couvert la guerre civile il arrive magnifiquement à nous immerger dans la violence du conflit


Le Théâtre du Rond-Point donne à voir tout au long du mois de janvier (depuis le 4 et jusqu’au 29 plus précisément) une adaptation théâtrale des deux livres Mon Traître et Retour à Killybergs. L’adaptation et la mise en scène sont signées d’Emmanuel Meirieu. Plus de renseignements sur la page dédiée à la pièce du théâtre.

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