Vous avez un nouveau message. C’est l’histoire d’un fils qui cherche sa mère. Une enquête sur grands écrans d’une même pièce, où les rôles ne sont pas toujours inversés. Ici, chacun cherche son tchat et derrière, la relation possible.

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De fils en chain-letters et talons d’aiguillage, les mots sont le support d’un règlement de comptes mobile et ludique, chargé parfois d’une mélancolie qui leur confère l’incarnation. Roman ? Jeu de rôles par SMS illimité ? Pourquoi pas tout, si justement… Le livre accouche d’une langue qui se cherche et déraille au contact de la matière verbale. Les « buses » (bises) échangées par écran interposé procèdent d’une poétique substantifiquement dramatique. Les « Grapfenstrüc » « décalécatan » bruissent des signatures discrètes des personnages en filigrane. Pour les aider à tromper leur propre solitude et celle des autres, la première fiction par SMS ausculte un genre que nous pratiquons tous les jours. Elle en examine les travers les plus patents : répétitions forcées (ou pas), recours abusif à l’application phatique d’un langage qui jamais, jamais n’épuise les ressorts ni de la surprise, ni du comique. Oui. Cette langue est aussi la vôtre.couv-avec-maman

Présent dès l’indicatif, l’humour s’appuie largement sur le rapport révélé, soucieusement exploité de l’écriture avec elle-même. Et si ça capte, c’est parce que même en chinois, les liens de l’impiété filiale sont plus tenaces que ceux des lettres sans destinataire. Derrière l’écran, ces jeux de mots en forme de conversation défient tout à la fois les unités des tons et du temps. Et c’est un drame qui se joue. L’énigme d’un fils taraudé par la question de son identité qui se demande qui, et cette mère, pour quoi a-t-elle donné sa vie ? Le téléphone sera-t-il, comme on l’espère, le mobile des (re)trouvailles impensables ? Loin des vérités provisoires, des acquiescements à distance et des glissements du sens ?

Le cheminement hasardeux des quiproquos pouvait-il permettre aux masques de tomber avant… la chute ? Toujours est-il que ce personnage-là est bien le socle mouvant d’un pari, constamment réitéré de briser la malédiction d’êtres seuls : voisin Boris, Grisouille, Mémé. SMS, un peu à la façon d’un « couperet qui dans l’éternité saisit l’instant » (Cartier-Bresson), ode à l’esthétique des ruptures provisoires.

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De la fin il ne faut rien dire. A rebours de ce monde renversé, où les grands garçons apprennent à jouer à leurs mamans on conserve longtemps le souvenir qui résonne en soi, comme le son d’un message arrivé mais trop tard.

Avec Maman de Alban Orsini, illustrations de Vivi Lablonde (Editions Chiflet et Cie.)

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