L’Étrange Festival – 27ème édition du 8 au 19 septembre 2021

Comme chaque année, la rentrée de septembre est placée sous le signe du cinéma de genre sous toutes ses formes du côté du Forum des Images. Depuis plus d’un quart de siècle, L’Étrange Festival s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour tout cinéphile avide de découvertes. Sa 27ème édition se tiendra du 8 au 19 septembre 2021 et pour la deuxième année consécutive, Culturopoing en sera l’heureux partenaire ! Dans un contexte bien particulier, où les conséquences de la pandémie COVID-19 continuent à se faire sentir (baisse de fréquentation des salles, nouveaux modes de sorties privilégiés au détriment du grand-écran, piratage décomplexé,…), l’Étrange n’a pas changé son fusil d’épaule et propose un total de 125 séances. Avant de rentrer dans le détail, on décompte pas moins de trois premières internationales, trois premières européennes, vingt-et-une premières françaises et treize avant-premières aussi bien en compétition internationale pour le Grand Prix (en partenariat avec Canal+) que dans les catégories hors compétitions (Séances Spéciales, MondoVision et Documentaires).

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Les Grandes Vacances – Copyright 2021

Aujourd’hui grands noms de l’animation belge (Fabrice Du Welz leur a d’ailleurs consacré un documentaire), Stéphane Aubier et Vincent Patar se sont fait connaître grâce à leurs personnages d’André le cheval et Côboy le cow-boy. Protagonistes de nombreux courts-métrages, ils virent leurs aventures portées au cinéma en 2009 avec Panique au village, fort d’un casting vocal quatre étoiles (Benoît Poelvoorde, Jeanne Balibar, Bouli Lanners…). Après avoir coréalisé Ernest et Céléstine en compagnie de Benjamin Renner, pour lequel il emportèrent le César du meilleur film d’animation, le duo retrouve ses héros favoris pour un nouveau format court, Les Grandes vacances, en Ouverture de cette édition. La projection sera suivi d’un long-métrage potentiellement inattendu mais pourtant bien à sa place : Barbaque de Fabrice Eboué. Depuis qu’il est passé de l’autre côté de la caméra, d’abord en duo aux côtés de Thomas NGijol puis en solo, l’ancien pensionnaire du Jamel Comedy Club, s’il ne convainc pas toujours (le faiblard Crocodile du Botswanga), a démontré une capacité à s’emparer de questions sociétales brûlantes (religion, Françafrique, esclavage,…) avec une certaine férocité et une réelle acuité d’analyse. Un atout le plaçant sans difficulté au-dessus du tout-venant dans le registre de la comédie française. Barbaque sans renier son ADN comique, promet un virage vers le slasher à travers un pitch hilarant et prometteur : Sophie et Vincent, un couple de bouchers affrontant une crise conjugale et professionnelle (campé par Eboué et Marina Foïs) est victime d’une violente attaqué végane qui se conclue par le meurtre accidentel d’un militant. Et si cet événement venait leur offrir de nouvelles perspectives ? Illustration du spectre large brassé par le festival, c’est un film d’un tout autre genre qui a été choisi pour la Clôture, Raging Fire de Benny Chan. Réalisateur hongkongais notamment connu pour ses collaborations avec Jackie Chan (New Police Story, Qui suis-je ?) décédé en août 2020, il retrouvait Nicolas Tse, la vedette de l’un de ses autres grands succès, Gen-X-Cops, mais surtout collaborait pour la première fois avec Donnie Yen (également producteur). Précédé d’une réputation flatteuse en faisant sa meilleure cuvée depuis Big Bullet en 1996, Raging Fire, revêt des attributs d’œuvre testamentaire derrière son enveloppe de film d’action survolté.

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Prisoners of the Ghostland – Copyright XYZ Films 2020

Du côté de la Compétition Internationale, on guettera avec une attention particulière la rencontre entre Sono Sion et Nicolas Cage, Prisoners of a Ghostland. Fiction post-apocalyptique au synopsis se déroulant à Samourai Town, où Hero, un braqueur de banque est libéré avec pour mission de retrouver la fille adoptive du gouverneur. Il ne dispose que de très peu de temps pour déjouer les embûches de Ghostland : au bout de quelques jours, le costume en cuir qui lui colle à la peau explosera. Cage qui n’est jamais aussi bon ces dernières années que lorsqu’il se jette corps et âmes dans des propositions barrées (Color out of space, Mandy) campe ici un néo-Snake Plissken sous l’oeil psychédélique de l’auteur de Love Exposure. Difficile de ne pas être impatient par ce potentiel orgasme filmique débridé et dégénéré. Invité régulier du festival, Fabrice du Welz, deux ans après Adoration, troisième volet de sa trilogie ardennaise initiée en 2005 avec Calvaire (suivie d’Alleluia en 2014), Fabrice du Welz retrouve Benoît Poelvoorde pour Inexorable. Le comédien campe un écrivain tourmenté, en panne d’inspiration depuis le succès de son premier roman, qui emménage avec sa femme et sa fille au sein d’une immense demeure familiale. Une étrange jeune fille, Gloria (même prénom que l’héroïne d’Adoration) s’immisce dans leur vie et déclenche peu à peu une série d’événements inexorables… Derrière cette figure d’artiste angoissé, semble se dessiner un avatar du metteur en scène, qui signerait potentiellement son film le plus personnel, où le genre devient la seule distance entre le personnage et son auteur. Précédé de rumeurs élogieuses (Eraserhead est évoqué, excusez du peu !), Lamb, première réalisation de l’islandais Valdimar Jóhannsson portée par Noomi Rapace, s’étant jusqu’à présent fait remarquer en travaillant sur les effets spéciaux de Star Wars : A Rogue One Story ou Prometheus. L’histoire d’un couple sans enfant élevant des moutons dans une ferme isolée d’Islande, découvrent un nouveau-né qu’ils décident d’élever comme leur propre enfant. Mais cet heureux hasard n’est hélas que le prélude à des événements beaucoup plus sombres… Remarqué en 2015 avec Pod, avant de quelque peu décevoir sur ses réalisations suivantes, Michael Keating revient à son meilleur niveau pour Offseason, saisissante incursion dans le folk horror, parcourue de visions tantôt inquiétantes tantôt sidérantes, le cinéaste mêle les sensations et sentiments avec une aisance non négligeable. Cinéaste hongkongais méconnu, Soi Cheang avait marqué les esprits il y a près de dix ans avec l’excellent Dog Bite Dog, le voilà de retour avec Limbo, un polar poisseux et crépusculaire. Si le pitch (deux flic, une jeune recrue et un vétéran font équipe afin d’arrêter un tueur en série) nous rappelle au classique de David Fincher, Seven, son noir & blanc stylisé, son identité asiatique, doublé d’un sous-texte sur l’évolution de Hongkong ainsi que son jusqu’auboutisme, l’éloigne des comparaisons au seul profit des superlatifs qui s’imposent.

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Limbo – Copyright Sun Entertainment Culture Limited 2021

Concernant les Séances Spéciales Hors-Compétition, Bad Dreams d’Anthony Scott Burn mérite bien qu’on se perde dans les cauchemars de son héroïne. Sous inspiration Cravennienne (Les Griffes de la nuit demeure une figure tutélaire du genre), soutenu par une bande-son co-écrite par le réalisateur et Electric Youth, le film trouve un fascinant équilibre entre rêverie filmique et dépression profonde, très ancrée dans le réel. À noter que la projection sera précédée du court-métrage de Michiel Blanchart, T’es Morte Hélène. Fin 2018, quelques mois après sa disparition, était révélée l’existence d’un film inédit de George A. Romero, réalisé en 1973 (la même année que The Crazies), The Amusement Park. Commande improbable d’une organisation caritative luthérienne, demandant au papa de La Nuit des morts-vivants de réaliser un long-métrage afin d’éveiller les consciences sur les effets de la vieillesse, l’indifférence de la société et la maltraitance envers les personnages âgées. À l’origine de la restauration, la productrice et veuve du réalisateur, Suzanne Desrocher-Romero confiait en janvier 2020 au New York Times : « Pour être honnête, je ne sais pas s’ils ont réalisé quel genre de cinéaste était George A. Romero. ». Privé de sortie grand-public et exploité lors de rares projections ciblées au sein de centres communautaires, le moyen-métrage (53 minutes), est enfin arrivé sur les écrans français en juin dernier (distribué par Potemkine). Une œuvre cruelle, pertinente et actuelle, profondément triste qui constitue une pierre angulaire des jalons de la carrière de Romero. À redécouvrir sans hésitation.

The Amusement Park – Copyright George A. Romero 2020

Passons maintenant à la sélection MondoVision. En 2005, Jean-Christophe Meurisse créait la compagnie de Théâtre Les Chiens de Navarre, dont il assure systématiquement les mises en scène. Après un moyen-métrage en 2013, Il est des nôtres, il passait au long en 2016 pour Apnée, comédie libertaire transposant l’univers si singuliers de sa jubilatoire troupe. Le voilà de retour dans une veine éminemment satirique et politique où les fidèles Alexandre Steiger, Christophe Paou (pour ne citer qu’eux) croisent des figures tels que Denis Podalydès, Blanche Gardin, Vincent Dedienne. Un geste d’ouverture qui tient moins de la concession que d’un désir de confronter les talents, injecter du sang neuf à son univers pour mieux le redéfinir. Son Oranges Sanguines passe selon l’humeur de l’absurde le plus décalé au trash, sans jamais perdre son fil conducteur et sa rage comique dévastatrice. Un tour de force. Véritablement révélé en France en 2018, à l’occasion de la sortie du formidable Leto, Kirill Serebrennikov adapte Les Petrov, la grippe, etc., d’Alexeï Salnikov, roman philosophique russe paru en 2016 puis traduit dans nos contrées en 2020. Sous sa caméra, en résulte une œuvre monstre et ivre de visions hallucinées, reprenant la narration déconstruite de son modèle partagée entre deux temporalités, mais tirant vers le trip mental aussi épuisant que stupéfiant. La Fièvre de Petrov constitue une expérience unique attestant de l’immense talent de son auteur qui nous foudroie sur notre siège. On était sans nouvelles ou presque de Fruit Chan qui, s’il n’a pas chômé depuis son mémorable Nouvelle Cuisine, a vu la plupart de ses sorties hexagonales annulées en dépit de diffusions éparses en festivals. Double bonne nouvelle, le voilà de retour et avec un film de genre. Coffin Homes entend, à travers trois histoires, traiter de problématiques on ne peut plus contemporaine (la crise du logement) pour le croiser avec une figure classique de l’épouvante, le fantôme.

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La Fièvre de Petrov – Copyright Hype Film 2021

Concernant les Nouveaux Talents, on  invite les adeptes du cinéma de Peter Strickland à se pencher sur Censor, premier long-métrage de son compatriote Prano Bailey-Bond. Récit situé dans l’Angleterre Thatchérienne, en pleine chasse aux nasties videos, une jeune femme au passé douloureux, est chargée de repérer les films d’horreur à censurer ou interdire, jusqu’au jour où une œuvre réveille ses terribles souvenirs… Sensoriel et théorique, référencé et intimiste, Censor bouscule son spectateur en même temps qu’il affirme un regard, une proposition singulière de cinéma horrifique aux accents tragiques : une révélation ! Annoncé comme l’un des films les plus insoutenables du festival et dans l’esprit proche des productions Catégories III, The Sadness de Rob Jabbaz. Récit d’une pandémie à Taïwan transformant les habitants en monstres incontrôlables livrés à leurs pires pulsions primaires : torture, viol et mettre. Sombre programme, qui se met au service d’un discours résolument triste, transcendant la violence de son postulat et se détachant peu à peu des étiquettes sensationnelles. Parmi les différents Documentaires présentés, on conseille Raw ! Uncut ! Vidéo ! d’Alex Clausen & Ryan A.White, plongée à l’intérieur d’un studio gay pornographique et BDSM, composée d’images d’archives et d’interviews. Histoire d’un lieu hédoniste en pleine épidémie du SIDA, d’un paradis aux airs d’enfer, à la fois brutal et touchant.

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The Sadness – Copyright Machi Xcelsior Studios 2021

Réalisatrice majeure, auteure de films chocs tels que We Need to Talk About Kevin ou A Beautiful Day (prix du scénario au Festival de Cannes en 2017), Lynne Ramsay aura droit à une carte blanche offerte par l’Étrange Festival. La cinéaste sera donc présente pour introduire trois œuvres aussi hétéroclites qu’essentielles, qui ont façonné sa cinéphilie. Tout d’abord Le Jour du fléau de John Schlesinger, une plongée dans le Los Angeles de 1939 par le réalisateur de Marathon Man et un bijou du Nouvel Hollywood qui n’hésite pas à tacler le monde du cinéma dans une pulsion chaotique. Ensuite, Les Nains aussi ont commencé petits, conte surréaliste et humaniste signé par Werner Herzog. Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur allemand fait d’un asile, le lieu de révolte d’une bande de nains bien décidés à lutter contre les méthodes violentes du directeur. La folie, la violence, l’excès : des thématiques qui seront au cœur de ses chefs-d’œuvre à venir, Aguirre en tête. Enfin, Ramsay présentera un double programme composé du court-métrage d’animation The Grandmother réalisé par David Lynch en 1969, suivi de La Source, immense drame d’Ingmar Bergman, initiateur presque malgré lui du Rape & Revenge, et inspiration de Wes Craven pour sa Dernière maison sur la gauche. Nul doute que la réalisatrice entretient un lien particulier avec ce film, à mi-chemin entre le cinéma d’auteur et le pur genre.

Le Jour du fléau – John Schlesinger

L’auteur de science-fiction Pierre Bordage, également scénariste pour Eden Log et Dante 01, aura lui aussi droit à une carte blanche. Faisant preuve d’un éclectisme certain, l’écrivain a sélectionné trois longs-métrages inattendus. Film d’animation teinté d’heroic fantasy réalisé par Jim « Muppet Show » Henson et Frank « Yoda » Oz, Dark Crystal demeure un classique intemporel qui a inspiré une très bonne série Netflix, et dont la projection sur grand écran marquera l’un des événements du festival. Autre long-métrage à l’influence considérable, Scum d’Alan Clarke, qui narre la descente aux enfers de trois adolescents incarcérés dans un centre pénitentiaire pour mineurs mérite le titre de film choc. Drame traumatisant, remaké par Kim Chapiron au travers de Dog Pound, son impact est toujours intact plus de quarante ans après sa sortie. Enfin, Touche pas à la femme blanche sera l’occasion de finir cette sélection sur une note plus légère. Satire signée Marco Ferreri et portée par des stars comme Marcello Mastroianni, Catherine Deneuve, ou encore Philippe Noiret, il est l’unique exemple de western tourné au Trou des Halles, en plein cœur de Paris.

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Scum – Copyright Solaris Distribution 2015

La séance Retour de Flamme sera cette année l’occasion de découvrir un film muet méconnu de René Clair, Le Fantôme du Moulin Rouge. Mêlant fantastique, thriller et peinture de l’ambiance du célèbre cabaret durant les années 20, le cinéaste français signe un objet filmique déstabilisant et unique, accompagné par le piano de Serge Bromberg. Célèbre pour avoir été le « yes man » de Clint Eastwood sur Magnum Force, suite de L’Inspecteur Harry, Ted Post a réalisé en 1973 un film dingue et devenu culte : The Baby. Malsain et profondément dérangeant, le long-métrage nous plonge dans la psyché d’une mère possessive jusqu’à la folie. A n’en pas douter l’un des moments forts de la section Les Pépites de l’Étrange.

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Notons également, entre autres, l’hommage qui sera rendu à l’acteur / réalisateur Fred Halsted, figure incontournable du porno gay des années 70, au travers de la diffusion de certains de ses films, ainsi que la projection de trois chefs-d’œuvre signés Yûzo Kawashima (La Bête élégante, Le Temple des oies sauvages et Les Femmes naissent deux fois) ou encore la soirée anniversaire des 20 ans d’Autours de Minuit et son best of des meilleurs courts-métrages de ces deux dernières décennies.

Fred Halsted

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Préventes sur le site du Forum des images à partir du 1er Septembre ou en caisses du Forum des images du 8 au 19 septembre à partir de 14H00 jusqu’à la dernière séance.

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A propos de Vincent Nicolet

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