Voilà un petit film d’horreur indépendant qui arrive sans crier gare, dans la lignée des productions Blumhouse du type I Wish ou Action ou Vérité, ce qui n’a rien d’engageant. Écrit par Owen Egerton, réalisateur de Mercy Black et Blood Fest, Le Sifflet s’impose comme une excellente surprise dans un genre qui peine à se renouveler. La présence de Corin Hardy derrière la caméra n’y est sans doute pas pour rien. Cinéaste irlandais imprégné de culture locale, il s’est brillamment illustré dans le folk horror avec le très mésestimé Sanctuaire et a sauvé les meubles sur La Nonne, énième dérivé de la saga Conjuring, qui baignait dans une ambiance gothique assez fascinante. En se confrontant au slasher surnaturel, il parvient à injecter un peu de sa personnalité européenne au sein d’une production qui semble, sur le papier, appliquer à la lettre une formule qui a fait ses preuves. Dérivé de la série des Destination finale, Le Sifflet reprend à son compte la thématique de la grande faucheuse qui vient nous rappeler que l’on reste impuissant face à notre destin. À cette différence près qu’il ne s’agit pas de déjouer la mort une seconde fois, mais de la retarder au moment fatal.

Le Sifflet : Photo Nick Frost, Jhaleil Swaby, Dafne Keen, Ali Skovbye, Sophie Nélisse, Sky Yang

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La mise en place ne fait preuve d’aucune originalité. Chrys, une jeune fille au passé compliqué, débarque dans son nouveau lycée. Ex-toxico, elle doit surmonter le décès récent de son père. Elle trouve dans l’ancien casier d’un élève décédé dans des circonstances inexpliquées une relique aztèque : un sifflet. Rapidement, elle se lie avec un groupe de lycéens et tombe même sous le charme d’Ellie. À leurs dépens, ils découvrent que souffler dans cet instrument funèbre libère une force maléfique invoquant leurs morts futures. Dès lors, sans surprise, ils doivent trouver une solution pour briser cette chaîne afin de sauver leur vie. Le concept n’engage rien de très excitant, laissant toutefois espérer quelques meurtres bien sanglants, le strict minimum que certaines productions récentes n’arrivent même plus à honorer. Contre toute attente, Le Sifflet dépasse nos attentes et s’impose comme une excellente série B qui n’est certes pas sans défauts mais qui parvient à sortir son épingle du jeu par une sensibilité anachronique. L’univers folklorique des Mayas est à peine effleuré, certains effets spéciaux en CGI sont immondes et le scénario enchaîne les morts de façon mécanique. Enfin, la présence de Nick Frost ne se justifie que pour diffuser une leçon de morale anti-tabac pas très subtile et pour, soyons honnête, expliquer rapidement l’origine de la relique. Mais là où le film se distingue de ses modèles tient dans la caractérisation de ses personnages d’adolescents, plus attachants qu’à l’accoutumée.

Le Sifflet: Dafne Keen

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En donnant chair à des figures stéréotypées, cette production horrifique infuse une mélancolie inattendue qui intensifie le récit. La tension nait de la proximité émotionnelle qui nous lie aux protagonistes, de ce rapport à la mort qui nous concerne tout un chacun. La relation charnelle entre Chrys et Ellie, si elle obéit à un cahier des charges, existe à l’écran. Elle fait sens dans ce film d’horreur qui lorgne vers le teen-movie sentimental. Finalement, le sort des personnages finit par nous intéresser, là où ceux des récents Primate et Scream 7 nous indiffèrent totalement. Saluons aussi les performances des deux actrices, la trop rare Dafne Keen (Logan) et la québécoise Sophie Nélisse, toutes deux remarquables. Une tristesse palpable contamine en sourdine ce slasher qui confronte ses jeunes lycéens à leur destinée tragique. Lorsque Chrys se voit mourir d’overdose, le film prend une tournure assez glaçante, loin de l’esprit potache attendu.

Le Sifflet: Ali Skovbye

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Nourri de discrètes références au cinéma des années 80, de Breakfast Club à Génération perdue, Le Sifflet confirme le talent formel de son auteur, qui s’épanouit lors d’une incroyable séquence dans un parc d’attractions, à l’intérieur d’un labyrinthe. Servie par un décor magnifiquement éclairé, dans un environnement forain du plus bel écrin, la mise en scène recèle de trouvailles visuelles et d’invention plastique, rappelant, derrière sa petite ambition, son but : celui de divertir, d’embarquer le spectateur dans un train fantôme excitant et ludique. Le sens du tempo, via un découpage brillant, rappelle Wes Craven au meilleur de son inspiration. D’ailleurs, à bien des égards, Le Sifflet rappelle l’ultime métrage du cinéaste, My Soul to Take, par son regard désenchanté sur une jeunesse perdue. Ce qui n’est pas un mince compliment pour ce petit film très recommandable qui se clôt par un épilogue, certes attendu, mais assez démentiel par sa radicalité.

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A propos de Emmanuel Le Gagne

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