Leigh s’est investie dans la gymnastique au sol dès l’enfance, depuis que sa mère, désormais décédée, lui en a donné le goût. A 14 ans, elle prépare sa première compétition mais se heurte aux railleries de ses camarades d’équipe, entre jalousie et mépris de classe : le père de Leigh est un type un peu minable, qui utilise son salaire de caissier de supérette pour entretenir sa maîtresse, incapable de financer la passion de sa fille. Entre crise d’adolescence et honte de son milieu social, Leigh se met à douter, perd sa concentration, jusqu’à gâcher ses chances ?

Le cinéma anglais a toujours eu une sorte de tropisme social -dont Ken Loach est aujourd’hui le meilleur symbole. Comme si depuis plus de 200 ans, le berceau de la révolution industrielle restait, encore et toujours, l’endroit privilégié pour observer les inégalités générées par le système économique. Le thème social surgit dès la première scène : alors qu’elle doit se concentrer pour répéter son programme devant Gemma, sa professeure de gymnastique, Leigh est parasitée par des paroles désobligeantes qu’elle entend, venues de mères de familles qui fustigent l’assistanat économique dont elle bénéficie. De manière astucieuse, on ne voit pas clairement qui parle mais la caméra s’attarde sur Leigh qui, comme paranoïaque, entend résonner ses paroles dans sa tête, totalement incapable de se concentrer. Et puis ce sont les rires d’autres spectatrices invisibles qui éclatent en off, lorsque Leigh rate sa réception au terme d’une figure. Si cette scène inaugurale nous donne la toile de fond sociale du film, elle nous fait pénétrer dans la tête d’une jeune fille de 14 ans en pleine crise d’adolescence.

C’est l’autre et le thème principal du film : l’émoi adolescent, la découverte de l’amour, l’envie à cet âge de tout envoyer valser, sans réfléchir aux conséquences pour le lendemain. Cette sorte de pulsion se cristallise chez Leigh avec l’arrivée dans sa vie de Joe, 17 ans, un demi-frère dont elle ignorait jusqu’à l’existence, né d’une union fugitive de son père volage. Entouré d’une bande d’apprentis voyous qui volent et conduisent des motos, Joe devient vite un nouveau modèle pour Leigh qui trouve en lui une échappatoire à l’ambiance irrespirable des vestiaires. Peut-on concilier la discipline de la compétition et l’ivresse des folies adolescentes ?

Pour son premier film, la réalisatrice Eva Riley a choisi de tourner avec des acteurs non-professionnels qui sont  pour beaucoup dans le charme indéniable de L’Envolée. Frankie Box et Alfie Deegan qui incarnent respectivement les rôles de Leigh et de Joe n’avaient jamais joué la comédie avant le film ni même songé à le faire ; et ils sont bluffants. Toujours justes,  leur jeunesse et leur candeur maintiennent l’histoire dans une dimension aérienne, raccord avec la légèreté des prouesses de gymnaste de Leigh. En dépit de son ancrage social, tourné dans les faubourgs de Brighton et accompagné d’une bande-son envoûtante, L’Envolée plonge son spectateur en état d’apesanteur.

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A propos de Guillaume GOUJET

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