En guise de préliminaire direct et racoleur, disons qu’il en va des films de baston comme des films pornos. En effet, peu importe le jeu d’acteur ou les enjeux, ce qui compte pour le spectateur, c’est… le vif du sujet, et ce sans ambages ni long discours. Qu’il s’agisse de bagarre ou de fesses, le sujet en question ce sont les corps en mouvement, purement et simplement. La créativité autour des situations, les accessoires employés, le nombre de partenaires… Tous ces éléments peuvent contribuer à rendre une oeuvre plus inoubliable qu’un autre. A ce jeu, The Furious sort non seulement de l’ordinaire à bien des titres, mais parvient le tour de force de déplacer le spectateur hors du cadre. Comme si au milieu d’une scène de sexe particulièrement percussive, le pornographe blasé ressentait enfin le vertige d’un suspens sur l’issue de la séquence.

The Furious: Xie Miao, Joe Taslim

Pas de penthouse ici, pas de lingerie raffinée, pas de limites au seul type d’une sexualité bien hétéro-normée sans jouissance véritable, l’œuvre de Kenji Tanigaki est celle d’un franc-tireur en mission. Pur produit du milieu de la castagne, comme c’est souvent le cas dans le cinoche d’action en général, le réalisateur Japonais est d’abord un chorégraphe et un cascadeur, élevé au grain du cinéma béni Hongkongais. Pour The Furious, il réuni autour de lui un casting des pointures venues de toute l’Asie du Sud-Est.

A commencer par le mutique personnage principal campé par Xie Miao, issu de l’école de Pékin, vu par exemple dans la version « continentale » d’Ip Man – sorte d’emplâtre boursouflé par son patriotisme exacerbé. L’acteur joue là une partition silencieuse, à l’instar de Trintignant dans Le Grand Silence de Corbucci, dans une formidable démonstration de facilité scénaristique, laquelle sera vite pardonnée. Et pour cause, les enjeux sont ici exposés de manière minimale, ce qui compte c’est toujours le vif du sujet.

The Furious: Brian Le, Xie Miao

Le film se déroule « quelque-part », dans une mégalopole telle Bangkok, Jakarta ou Singapour, soit un environnement international où se croisent les communautés et… les styles de combat. Aux côtés du Chinois muet, Joe Taslim interprète un fiancée revanchard. Connu pour avoir joué dans un sommet du genre, à savoir le formidable The Raid (et il n’est pas le seul au casting dans ce cas), ainsi que pour son rôle – plus oubliable – de Sub-Zero dans les récents Mortal Kombat, il forme avec Xie Miao un tandem révélateur d’une certaine rupture avec le cinéma Hongkongais traditionnel, lorgnant du côté des productions occidentalisées, tout en conservant une identité propre à cette région du monde.

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Ces deux-là vont se retrouver aux prises avec de vrais bad guys, des trafiquants d’enfants aux expressions glaçantes. La partition de l’excellent acteur Yayan Ruhian par exemple est encore une fois troublante de froideur. Les émotions sont suscitées à l’état brut, ouvrant la boite de Pandore, à savoir celle des barrières morales, celles du spectateur inclues.

Si les protagonistes se retrouvent poussés dans leurs retranchements, le spectateur devra subir l’inconfort d’une incertitude au milieu d’une pléthore de combinaisons et d’accessoires entre combattants, comme si tout à coup une scène porno « classique » basculait dans autre chose, à la croisée des genres. En cela Tanigaki renoue avec certaine folie qui fait l’ADN du cinéma bis Japonais.

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Outre sa violence graphique et une outrance quasi-burlesque de tous les instants, la question porte donc sur ce que le spectateur veut voir, et la façon dont la tatane devient une sorte de catharsis, une sorte d’objet transactionnel. Tanigaki ose beaucoup, tout en soulignant l’aspect purement ludique de son œuvre. Ainsi, est proposée une expérience de cinéma, certes éprouvante pour une ceinture abdominale en friche depuis trop longtemps, mais aussi jouissive et quelque-part… gratuite.

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