Le prologue et l’épilogue justifient la filiation de cette production James Wan en intégrant des extraits de Conjuring faisant le lien avec les personnages de parapsychologues, chasseurs de démons, Lorraine et Ed Warren, même si certaines images semblent avoir été modifiées.

Le suicide suspect d’une nonne dans une abbaye perdue quelque part au fin fond de la Bulgarie suscite la stupéfaction au sein du Vatican qui décide d’envoyer le Père Burke, afin d’élucider le mystère de ce curieux décès. Il est accompagné par une jeune nonne, Sœur Irène, qui n’a pas encore prononcé ses vœux. Les deux ecclésiastiques, curieusement aidés par un Franco-Canadien qui a découvert le corps, vont mener l’enquête et affronter une puissance maléfique brouillant la perception de leur réalité en matérialisant leurs propres peurs. Cette idée, déjà présente dans des œuvres comme La Galaxie de la terreur ou le récent Le Rituel, n’a rien de novatrice mais demeure la part la plus intéressante d’une histoire inepte qui n’exploite guère cette part phobique du récit, contaminant la psyché des personnages. Hélas, les enjeux sont bien moins complexes, réduisant un début alléchant en un simple combat primaire entre des défenseurs du bien face aux forces du mal. Nos valeureux représentants de l’église ne sont que des enveloppes vides, des silhouettes sans aucune épaisseur, très vite éclipsées par un décor beaucoup plus fascinant. Et que penser de ce Français (Canadien) évidemment coureur de jupons, qui semble s’être échappé d’un autre film, apportant alors une touche d’humour aussi incongru que lourdingue. La médiocrité des comédiens n’arrange évidemment pas l’affaire.

Copyright Warner Bros France

Ce ratage en amont est d’autant plus regrettable que James Wan s’est fendu des services de Corin Hardy pour réaliser cette énième émanation d’une franchise qui commence à sentir non pas l’eau bénite mais la vase. Cet Irlandais est l’auteur d’un excellent film d’épouvante, le très atmosphérique Le Sanctuaire, délire païen assez fascinant. On retrouve au détour de quelques séquences le talent du cinéaste qui fait ce qu’il peut pour rendre attractif un récit qui frise le néant à plus d’une reprise.

Et miracle, il y arrive par intermittence insufflant à cette Nonne, qui n’a rien à voir avec le film du même nom de Luis De la Madrid, petit slasher anecdotique, un parfum gothique typiquement européen, loin de la rigidité des productions horrifiques américaines. Sans doute conscient des limites du projet, il lâche la bride dès qu’il en a l’occasion, basculant du côté du bis italien, voire même des productions déjantées de Charles Band à l’orée des années 90 tournées dans les pays de l’Est. C’est en surfant du côté du Z soigné que le film trouve son intérêt, prenant alors des allures de train fantôme jubilatoire. Corin Hardy se prend pour Mario Bava, et s’amuse comme un fou avec ses plans nimbés de brume et d’images bleutées, multipliant les effets de style bigarrés (décadrages, ralentis) et les accessoires visuels très codifiés (corbeaux, crucifix, tombes). Quelques geysers de sang graphiques et des effets spéciaux ratés mais généreux dérident l’univers programmatique et puritain de James Wan, qui semble avoir laissé carte blanche au réalisateur sur le plan formel.

Copyright Warner Bros France

La mise en scène, élégante et stylisée, sublime un décor splendide, seul élément réellement anxiogène d’un film gâché par une progression neurasthénique d’une intrigue prosaïque. S’il ne s’était pas laissé aller à des jump-scares épuisants et une bande son convenue avec ses éternels effets sonores crispants, Corin Hardy aurait pu tirer le film vers le haut.

Malheureusement, La Nonne, en dépit de son joli vernis et quelques fulgurances éparses, finit par devenir très soporifique.

(USA-2018) de Corin Hardy avec Taissa Farminga, Demián Bichir, Jonas Boquet

A propos de Emmanuel Le Gagne

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