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32è Étrange Festival – Programme n°6 Nouvelles expériences…

Dans ce dernier trio de coups de cœur, des récits d’apprentissage où tout y est violence, désir, pouvoir et transformations, et ce, visuellement avec des propositions cinématographiques artificielles, refusant le réalisme et gageant sur le pouvoir de la fiction afin de nous émouvoir, divertir ou terrifier.

 

 

 

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32è l’Étrange Festival – affiche
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Programme n°6 Nouvelles expériences… : 08/09 • 17h30 & 11/09 • 19h45

 

 

 

32è EF - Dirty Fuzz de Daniel Chimes

32è EF – Dirty Fuzz de Daniel Chimes

Dirty Fuzz de Daniel Chimes : L’introduction par la voix suave de la radio KPOO en hors champ et l’immersion dans Shit City et son club de strip-tease Meat Grindr pourraient nous faire croire qu’on rentre dans une aventure hard-boiled, mais de suite tout est pris à contre-pied avec l’usage de marionnettes pelucheuses et une esthétique enfantine. Or, vous êtes à l’Étrange festival et donc vous savez que des vous êtes les heureux/ses élu·e·s autorisé·e·s, contrairement aux mineur·e·s, à voir ce délire vulgaire, truffé de gros mots…
Cette satire graveleuse des institutions policières et de leurs représentations au cinéma joue sur ce paradoxe permanent ente une esthétique factice à la Jim Henson·nienne et réalisme du cinéma d’exploitation des années 1970 (The French Connection) et du genre dirty cop movie (Dirty Harry, Bad Lieutenant: Port of Call New Orleans…). Il souligne ainsi la longue histoire de violences policières ravageant les États-Unis, avec le summum qu’on connaît par les bavures perpétrées par le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis (‘I.C.E.’) sous le mandat Trump.
L’utilisation de ces marionnettes désamorce l’ultraviolence en mettant le public à distance, et se permettant par là toute les outrances. On sait qu’elles sont manipulées par des humains, on voit leurs tiges et fils, et aussi toutes les textures de feutre, tissus, fibres et matériaux nous rappelant alors que ce monde est fabriqué, pourtant le récit farfelu et excessif nous embarque dans son hystérie. C’est un petit théâtre qui trouve par le divertissement la façon d’être témoin d’un emballement de faux-pas successifs, dont celui originel de Lurleen, notamment en tirant sur son coéquipier.
Cette jeune rookie veut bien faire, elle est en binôme avec Mario le vétéran libidineux, reprenant le motif du duo antagonique, cette nuit sera son baptême du feu, voire de bizutage, tant elle sera rude pour cette apprentie, et tragi-comique pour nous. Si Chimes s’en était tenu uniquement à sa première descente, mais non il pousse jusqu’à faire vivre une autre première fois exaltante de strip-teaseuse à sa protagoniste. Et la farce nous tient avec ce dilemme pour Lurleen de devoir choisir son accomplissement entre être un symbole de l’autorité et le cliché de la débauchée.
Si la mise en scène joue donc sur plusieurs niveaux entre un scénario classique avec les tropes du polar, les couleurs contrastées et le grotesque des personnages et décors, le récit est également truffé de trouvailles drolatiques, dont ce container gérant les clients grossiers. Cela peut paraître un jeu d’enfants, avec des photos de tournage attestant de la gaieté régnant pendant la fabrication du film, néanmoins, c’est par le genre que l’on égratigne une épouvantable réalité, à laquelle se réfère Chimes en s’étant inspiré de l’emphase de Soy Cuba, cristallisant les exactions dictatoriales de Fulgencio Batista et ayant mené à la Révolution cubaine.
Le cinéaste est à ses débuts et compte à son actif une poignée de courts métrages et de clips vidéos, il n’empêche que son éclectisme dans ses réalisations démontre son intérêt à s’essayer à différents styles et à ne pas se cantonner à un genre. Il nous tarde de découvrir ses prochains projets, en souhaitant qu’ils soient tout autant pertinents que jubilatoires.

 

 

 

32è EF - Snowblind de Tomáš Rampula

32è EF – Snowblind de Tomáš Rampula

Snowblind de Tomáš Rampula : Rampula permet le rêve impossible pour tous les amoureux de fantastique : réunir Edgar Allan Poe & Howard Phillips Lovecraft en une traversée expérimentale. Poe ayant été le parangon de Lovecraft deux générations auparavant, et ces deux écrivains ayant été les figures majeures de l’inquiétante étrangeté en Occident. Cette vision hallucinée va ravir leurs plus fervents admirateurs.
Le cinéaste a écrit, monté et contribué à la création sonore de cette rencontre sensorielle abolissant les repères rationnels digne des récits poéen et lovecraftien. En effet, il mixe notamment Les Aventures d’Arthur Gordon Pym et Les Montagnes hallucinées des deux auteurs en références directes et indirectes, et en reprenant l’idée du narrateur dont on adopte le point de vue, mais dans sa propre langue, difficilement identifiable avec quelques bribes de mots reconnaissables, tel un écho lointain, reviviscence d’une disparition dont seuls ces fragments nous parviendraient.
Ce que donc nous propose le réalisateur est une expérience cinématographique de ce que les lecteurs de Poe et Lovecraft ont imaginé, cette bizarre sensation de plonger dans un monde inconnu qui leur serait interdit tout en noir et blanc, saturé de stries menaçantes que l’épouvante pourrait nous faire ressentir face à une découverte terrifiante. La lumière ici n’est pas rassurante, elle aveugle et transperce, révélant d’autant mieux le monstre qui se tapit dans ces glaciers et en donne le titre de ce film.
La sensorialité de sa mise en scène conjugue tous les voyages auxquels les deux écrivains nous invitaient, aussi bien par une aventure physique, un espace introspectif qu’une dimension cosmique. Les effets utilisés par l’animation, l’art numérique, les moteurs de jeu, la photogrammétrie, les CGI et l’I.A. affranchissent ces frontières cartésiennes. Cette dernière a été employée collaborativement pour la création des paysages de montagnes, glaciers et monstres devant faire éprouver l’ambiguïté de ce que nous regardons. L’I.A. concourt à cet effacement de la réalité en nous troublant comme l’explorateur, ce qui ici est enfin judicieux, bien que l’usage de cette technologie peut encore faire polémique, il a été vu notamment dans le cadre de l’Étrange festival des œuvres générées par I.A. aux résultats des plus douteux et au rendu atroce. De même avec cette subjectivité épousée visuellement, l’univers vidéoludique parlera bien aux joueurs friands de Lovecraft, avec ces déambulations dans de sombres couloirs peuplés de monstres.
Cet âpre voyage est l’aboutissement du parcours artistique du réalisateur s’étant formé à l’architecture et aux arts numériques en s’intéressant en l’occurrence aux rapports entre les espaces, le son, la vidéo et l’installation, il transforme ainsi cette quête fantastique de Poe et l’horreur cosmique de Lovecraft en une expérience totale numérique et innovante.

 

 

 

32è EF - Man Eating Pussy de Emily Lawson

32è EF – Man Eating Pussy de Emily Lawson

Man Eating Pussy de Emily Lawson : C’est exactement ce qu’on attend de la sélection de l’Étrange festival : notre monstruosité en regard de notre humanité, de l’extraordinaire dans l’ordinaire, du tabou dévoilé et assouvi. Si l’on s’en tient au titre textuel : des hommes hétéros cis aiment le cunnilingus, littéralement ‘bouffer de la chatte’ avec gourmandise, jusqu’à pour certains d’entre eux pénétrer de toute leur entièreté dans un vagin (Contes de la folie ordinaireErections, Ejaculations, Exhibitions, and General Tales of Ordinary Madness’ de Charles Bukowski, dont une adaptation sera projetée en présence d’Ornella Muti) ; ou mieux/pire selon le point de vue, être dévoré par un vagin denté ‘Vagina dentata’ dans leurs pires terreurs castratrices.
Cette variation fantasmée propose un rendez-vous entre Kitty une travailleuse du sexe & Freddie au crépuscule de sa vie dans une chambre d’hôtel cosy, qu’il a réservée pour une prestation tarifée. Jusque ici rien de plus banal entre individus conscients et consentants. Là où l’on dérive dans ce qui nous passionne le plus, est que la nature de cette rencontre revêt deux aspects singuliers, la double motivation de Freddie : un rapport sexuel avec une vulve hors normes et un retour à la naissance de son monde. À vrai dire en entendant une de ses répliques, on croirait à une déviance incestueuse, néanmoins il apparaît qu’autant le scénario que l’interprétation permettent de saisir vraiment ce qui est en train de se jouer devant nos yeux ébahis.
Représenter la sexualité des personnages âgées n’est pas commun (hormis l’orgasmique Gerontophilia, forcément à l’EF 2013), s’en emparer donc est un splendide pas de côté quand il revêt toute la galanterie de Freddie et son émerveillement face à Kitty. Outre la direction artistique chatoyante offrant ce rendez-vous enchanteur, le choix du casting et le jeu des interprètes donnent une poignante ampleur émotionnelle. Les voix y sont primordiales et laissent transparaître une empathie désarmante face au désir ultime d’un vieillard. Kitty est enclin à exaucer son vœu, quitte à ce qu’il en paie le prix fort. Grace Glowicki (Kitty) de sa beauté sculpturale incarne magistralement la séductrice à la voix enjôleuse, et elle ne nous est pas inconnue car elle est notamment la réalisatrice de Dead Lover et actrice dans Honey Bunch projetés l’année dernière, et Julian Richings (Freddie) fut vu dans de nombreux films (Beau Is Afraid, The Witch, Man of Steel, Saw IV, X-Men : L’Affrontement final, Le Festin nu…), ils travaillent aussi souvent ensemble sur des projets communs, et cette complicité s’en ressent.
La monstruosité apparente est alors neutralisée par la relation de confiance se nouant entre eux deux, et la réalisatrice met en scène ce paradoxe entre attraction et répulsion, ce qui peut dégoûter certains, et c’est là où elle se niche, chez cet abject homme qui s’était introduit dans leur chambre avant leur rdv et avait maltraité Kitty), peut plaire à d’autres. La conception des prothèses et de l’animatronique du corps de Kitty en fait un sujet sexuel littéralement, et ce fantastique horrifique rend tangible cet impossible par la tendresse qu’éprouve Freddie transformant cette body-horror haptique en une sensation réconfortante.
La corporalité d’un vieux corps avec celle d’une vulve disproportionnée montre également le renversement de pouvoirs que laissait supposer le titre, l’homme qui paie n’est pas celui qui dirige, mais la femme qui accepte que le prix ne soit pas que pécuniaire. La récompense pour eux deux est la sublimation de leur orgasme, une petite mort transformatrice se lisant sur leurs traits et clôt magnifiquement cette programmation.

 

 

 

Coups de cœur mettant en lumière certains films du programme, mais n’occultant pas la qualité du reste de la sélection qu’on vous invite à découvrir sur grand écran ! (billetterie)

Chaque programme est présenté deux fois, et le public peut voter à l’issue de chacune de ces projections, afin de remettre le Prix du Public 2026, divulgué lors de la soirée de clôture le samedi 12 septembre à 20h en salle 500, et nouveauté : reprise du Palmarès juste après samedi 12 septembre à 21h en salle 100 !

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