Le jour de gloire est arrivé : Flush sort enfin au ciné. Culturopoing a eu le luxe déconfit de visionner en avant-première le premier film de Gregory Morin et vous fait le récit ébloui de ce petit bijou latrinophilie. En salles le 9 septembre 2026 !

Le public parisien avait quitté Gregory Morin le 7 septembre 2025, au coeur de l’inénarrable XXXIe édition de l’Étrange Festival. L’homme à la casquette vissée sur la tête, au sourire gouailleur et aux yeux qui pétillent quand il parle de films qu’il aime, présentait alors son premier long-métrage : Flush. Une séance épique, archi comblée, reprogrammée même comme pour permettre au plus grand monde de se joindre à la fête. C’est bien simple, pendant toute la durée du festival le Forum des Images n’avait qu’un seul mot à la bouche – et ce mot signifiant « chasse d’eau », ça en devenait presque louche. Le frisson s’est ensuite prolongé dans toutes les réunions cinéphiles branchées : au Fantasia de Montréal, aux Hallucinations Collectives lyonnaises, au Sitges, à Lausanne, à Turin, à Molin, à Bruxelles … Une tournée torrentielle ! Et non content de faire marcher fort le tampon à passeport, Flush a rempli au passage son armoire à trophées : quelques médailles d’or et – c’est une évidence – de nombreux prix du public.

Car c’est un film drôlement magnétique que ce premier bébé. Il relève le défi, avec le scénariste David Neiss à la baguette, de faire tenir son synopsis sur le quart du tiers d’une feuille de papier hygiénique : un mec qui se retrouve la tête coincée dans la cuvette. De quoi filer de l’urticaire à Eric Rohmer, mais également une astucieuse façon de détourner le « quoi » vers le « comment », de balancer les curseurs du grotesque à 100%, de jouer avec des codes apparemment minimalistes pour développer une intrigue haletante et jusqu’au-boutiste. Entre les quatre murs de ces chiottes turques – l’embaumante mythologie des toilettes sans assise est au moins l’une des protagonistes de l’intrigue – se déplie pêle-mêle un drame familial, une affaire de gangsters, un enlisement dans l’addiction, une tentative de rédemption et même un amour passionnel entre un rat et son maitre. Le tout cimenté par une cascade de gags et de punchlines bien senties. De quoi faire dévaler les 70 minutes du film à vitesse, à célérité grands V-C  !

D’autant que cette écriture qui conjugue le moins et le plus, trouve son pendant dans la mise en scène. Maline elle aussi. La caméra filme le seul espace exigu sous toutes ses coutures, rythme ses prises de vue, décortique l’entièreté des possibles. Elle trouve d’ailleurs une inattendue profondeur de champ en traversant le miroir du montrable – de l’autre coté de l’eau qui stagne. Au point que Flush, jardinant sur son idée délicieusement farfelue, devient au fil des images une véritable prouesse technique. Gregory Morin raconte notamment comment les équipes ont dû, face aux limites d’un micro-budget, redoubler d’ingéniosité, de dévotion, de débrouillardise pour donner à un aquarium les airs d’une bassine à urine. Le goût et l’odeur aussi. Parce que l’écran transpire d’une synesthésie nauséabonde et diablement efficace : le métrage a la générosité géniale de mettre dans le caca la tête des spectateurs autant que de son acteur principal. Une matière que l’on ressent aussi bien sûr grâce à un superbe étalonnage.

Le réalisateur voulait, à ce titre, que son nouveau né soit une variation de Blade Runner (1982) aux toilettes, qu’il s’imprègne de son atmosphère baroque et crépusculaire, fumante et mélancolique. Mais Gregory Morin y mélange d’autres hommages, d’autres références. Au cinéma coréen notamment pour les changements de ton sans transition entre l’humour et la violence. À Takashi Miike qui inspire à Flush ses absurdités noires, ses douleurs épidermiques. À Alex de la Iglesia, à John Landis, à Green Room (2015) … Comme une façon de rappeler que l’homme à la casquette vissée est avant tout un passionné du cinéma de l’excès, un cinéphage boulimique du bizarre, un aventurier des salles très obscures. Et de fait, Flush est avant tout un rêve de cinéphile qui se réalise. On y sent une sincérité enivrante, sans chichi, une douce envie de se faire plaisir. Ce n’était finalement qu’une question de temps avant que le réalisateur passe le pas de ses cinq précédents courts-métrages pour enfin sauter dans le long bain. Façon bombe et gros splasch !

Big up enfin à un casting formidable. Avec en tête de file un Jonathan Lambert impeccable dans son rôle d’attendrissant merdeux – et superbement gonflé de s’être embarqué dans pareille épopée. Élodie Navarre, épatante en barmaid lunaire et azimutée. Elliott Jenicot en mafioso aux dérapages incontrôlables. Rémy Adriaens en « dindon » hébété. Rabla, le rat – crédité au générique s’il vous plait -, véritable star de cette arrière-cour des miracles. Et même le génial Christophe Bier qui donne beaucoup de lui-même, le temps d’un caméo aux allures d’épi(pi)phanie – si même le pape du trash à la française s’y met, comment ne pas foncer payer son ticket. Que les amateurices des idioties qui se cuisinent avec adresse et avec style, se frottent les mains : ce film, c’est de la bombe atomique !

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A propos de Nicolas ANDRIEUX

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