Valérie Minetto – “L’Echappée – A la poursuite d’Annie Lebrun”

Voilà un film comme un tanagra en cristal, délicat, ciselé, multi-facettes.

Une œuvre rare et fragile qu’on a envie de défendre et de protéger.

L’Echappée est totale, soit suivant le Larousse :

 L’action pour un ou plusieurs coureurs de distancer les autres concurrents

Silhouette menue se détachant des passants, on suit l’écrivain Annie Lebrun arpentant le ville. Sa détermination est à la hauteur de ses talons.

Echappée 3

 

Court instant : avoir des échappées de génie.

C’est bien de cela qu’il s’agit avec Annie. Court voyage par lequel on se libère de contraintes : ce que propose ce film pendant 77 minutes. Espace libre, mais resserré, par lequel la vue peut plonger au loin   : acuité du regard de la réalisatrice, Valérie Minetto qui nous avait déjà épaté avec Oublier Cheyenne en 2004 et depuis, 2 autres documentaires.

La Grâce se vit, ne se décrit pas. Tentons de le faire : le film ouvre sur un travelling sur un quai de métro; le son souterrain vire roulis de train. Puis, la rue : par une fenêtre-losange, du linge pend, gracieusement poussé par le vent. Puis, un jogger passe devant une chambre à ciel ouvert : un lit écroulé, une rose sur la table nuit. Retour au métro–aérien  à souhait. Enfin, jeu de surimpressions entre une affiche de pub géante, les yeux brillants de la mannequin sont traversés par une vieille dame, descendant la rue. La poésie git dans les détails– comme l’a écrit Marie Depussé, consoeur qu’Annie Lebrun ne saurait renier.

Echappée 2

La liberté de cette séquence inaugurale de quelques secondes est doucement validée par la mention « Imaginée par Valérie Minetto et Cécile Vargaftig », précieuse complice, qui a su tisser une narration-fil de soie autour des images urbaines, transcendées par le regard de Valérie M. Soit, parmi les usagers du métro dont seules les mains tenant un livre sont visibles, Michel Fau, lecteur passionné de la poète, écrivain et essayiste. L’inénarrable comédien et la brillante auteur sont les deux héros de cette fiction-documentaire aux accents si romanesques.   L’Echappée est constituée des lectures de Michel, d’entretiens avec Annie, de ses déambulations, enfin, de rencontres rêvées puis, réalisées entre l’érudit et l’auteur.

Entre documentaire, film expérimental et essai, L’Echappée s’amuse à flirter avec l’Insaisissable, passant avec une liberté salvatrice d’échanges exigeants et généreux intellectuellement à des interludes surréalistes :

Film-tanagra à l’instar de l’Annie Lebrun miniaturisée qui se profile sur la table de nuit de son lecteur-fétiche : Michel Fau.

Film délicat comme l’élégante silhouette de l’auteur, ténue, comme nimbée d’une aura irréelle. Comme la singularité de cet acteur, évoquant irrésistiblement Michel Bouquet, quoiqu’il fasse.

Film ciselé, multi-facettes, comme les textes complexes, l’œuvre prolixe de Lady Le Brun à la beauté sans âge, au ton intemporel.

Echappée 1

Donnons la parole à son texte, si bien restitué par Michel Fau :

«Il faudra prendre les routes connues à contresens, en trouver d’autres à peine repérées. Emprunter les montures de l’intuition qu’on doit laisser la bride sur le cou, au risque d’être violemment désarçonné mais, avec l’assurance de ne jamais prétendre à quelque autorité objective que ce soit »

L’Echappée- A la poursuite d’Annie Le brun est tout ça et bien d’autres choses encore qui… nous échappent ! Qu’il est bon de se perdre.

A propos de Xanaé BOVE

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