Très vite, Jane Magnusson s’éloigne de la promesse de son titre : l’année 1957 n’est qu’un prétexte pour revisiter l’œuvre entière d’Ingmar Bergman. Ainsi, si la première mise en scène du Misanthrope par Bergman, au théâtre, a effectivement eu lieu en 1957, c’est sur la seconde, de 1995 et avec Thorsten Flick, que la réalisatrice choisit de s’attarder. Flick, 25 ans plus tard, ne semble pas remis de sa collaboration houleuse avec Bergman. La douleur encore imprimée sur le visage, il baisse la tête, petite musique, cut.

Il en va souvent ainsi dans ce documentaire ; on entend longuement Barbara Streisand, disserter sur l’honneur qu’a eu son ex époux, Elliott Gould, d’être dirigé par le maître, contrairement à elle. Ailleurs, c’est le commentaire lui même qui interroge ; pourquoi décréter avec insistance que Fanny et Alexandre est le film le plus célèbre de Bergman, son chef-d’œuvre, son « magnum opus » ? Fort heureusement, la réalisatrice fait preuve de parti pris plus intéressants. Ainsi, elle rappelle que c’est dans l’oeuvre filmée et non écrite de l’auteur des Fraises Sauvages qu’il faudrait chercher quelques bribes de vérité. Bergman serait alors le premier artisan de son propre mythe ; la littérature un jeu de faux semblants et le cinéma la seule vérité ; et sa vie intime, le matériau premier de son oeuvre. Ainsi, par un étrange jeu de miroirs et de travestissements, il faudrait concevoir que c’est par le truchement de Fanny, et non d’Alexandre, que Bergman se serait livré aux spectateurs.
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On nous rappelle ici et là les parts ténébreuses du père de Persona, dont son engouement pour Hitler ou, ailleurs, plus intimement, le parfait détachement avec lequel il traitait les siens, confondant les années de naissance comme les visages de ses enfants. Le film a le mérite de ne taire aucune des ambiguïtés de l’homme. Il y a aussi ces images d’archive, où le réalisateur apparaît d’humeur légère, ce qui tranche avec l’austérité qu’on lui connaît, ou le rudesse de caractère dont il témoignait lors de ses phases de création.

Voilà donc un documentaire qui cherche à danser, mais ne le fait que sur un seul pied, lequel est encore mal assuré. Tantôt une fulgurance éveille fortement l’intérêt, mais voilà qu’apparaît Gunnar Fischer,  l’un des chefs-opérateurs de Bergman, pour nous instruire de la difficulté de filmer les animaux, enseignement majeur s’il en est. On entraperçoit Woody Allen ou Zhang Yimou, le temps d’une brève évocation et c’est à se demander si ces vignettes ne proviennent pas des rushes du précédent documentaire de Jane Magnusson, Trepassing Bergman. Pour ce projet, elle avait invité à s’exprimer de nombreux réalisateurs dans la maison de feu Bergman, à Fårö. Reste que ce Bergman, une année dans une vie qui, s’il manque de maîtrise, nous donne à voir de rares et belles images du réalisateur et mérite le détour.

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A propos de Pierre-Julien Marest

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