Premier long-métrage du franco-colombien Jacques Toulemonde,  Anna nous embarque assez vite dans une sorte de road-movie prétexte au portrait d’une femme à double fond qui ne peut se comprendre que dans la durée, comme un développement photo. Une épreuve. Le nom Anna lui-même n’est-il pas un palindrome, qui se lit dans les deux sens ?

Troubles de la mère et de l’humeur.
C’est dit dans la première partie du film, Anna a cessé de prendre son traitement. De quel traitement s’agit-il ? Quel est le mal dont elle souffre et qui voile d’inquiétude le regard affectueux que lui portent ses proches ? Rien ne sera énoncé, juste suggéré pour nous confirmer ce que, peut-être, nous avons perçu au fil de ses comportements comme électrisés, exaltants, vaguement inquiétants, parfois irresponsables, avec son fils Nathan, dix ans, qu’elle ramène par exemple à point d’heure à son père dont elle est divorcée. Mais quoi ? Cette mère n’est-elle pas tout simplement débordante d’amour, de joie de vivre, de fantaisie, de sens de la fête ?
Tout simplement, non. Et comme si nous aussi étions au départ dans le déni de la maladie, le film va nous amener délicatement à la vérité, comme l’on se prépare à annoncer un diagnostic douloureux ou impossible à entendre, en nous prenant par la main, le long d’un chemin d’une heure et demie. Car ce diagnostic, le trouble de l’humeur bipolaire, convoque (à tort) le spectre et le tabou de la folie.
Interprétée par Juana Acosta tendue comme une corde, Anna nous confronte au jeu de masques de cette affection qui se dévoile au fil de ses phases maniaques ou dépressives comme dans une pièce en deux actes, sans transition.

Etats-limites.
En passant de la France à la Colombie puis de Bogota à la côte Atlantique avec ce but obsessionnel d’atteindre la mer où va si bien se perdre la mère, Anna dessine une expérience des limites autant géographiques qu’intimes, sociales, psychologiques. Qui va pouvoir l’arrêter dans la fuite éperdue de la réalité, celle de la maladie, celle de la garde exclusive de l’enfant par le père, celle de la loi aux yeux de laquelle ce voyage s’appelle un enlèvement d’enfant ? Ni le père, ni la police, ni la famille bienveillante, ni son compagnon Bruno aveuglé par ses sentiments ne pourront stopper à temps Anna la météore, propulsée vers une dépression aussi brutale que dévastatrice. Et dans cette trajectoire se révèle la remarquable justesse du jeune Kolia Abiteboul Dossetto, à la bonne distance entre son désir d’entrer dans les jeux de sa mère qu’il adore et son désir de maintenir le lien avec son père, l’étonnant et remarquable Augustin Legrand, celui-là même de l’association Les Enfants de Don Quichotte. Mention spéciale aussi au compagnon d’Anna éclairé par l’humanité, la spontanéité et la profondeur de jeu de Bruno Clairefond.

Clair-obscur.
Jacques Toulemonde, le réalisateur, fut co-scénariste du magnifique film L’Etreinte du Serpent de Ciro Guerra, déjà une quête initiatique. Et il explique qu’il a été entouré de personnes atteintes du même trouble qu’Anna, l’une d’elles en particulier ayant été détruite par son internement : “C’est à ce moment-là que je l’ai comprise. Sa condition, qui la rendait par moments dangereuse pour elle-même et pour son entourage, était aussi ce qui la rendait magique et superbe. Et j’ai décidé d’écrire un film sur elle.”*
Tourné en équipe légère avec peu de moyens, et le défi imposé au chef-opérateur de se priver de lumières, Anna dessine un jeu de pistes très contrasté, entre film d’amour, portrait de femme, course-poursuite, thriller psychologique, road-movie, de l’ombre à la lumière.

* Dossier de presse.

Réalisation : Jacques Toulemonde – Scénario Jacques Toulemonde avec la collaboration de Franco Lolli – Image Paulo Perez – Son Mathieu Perrot, Pierre Bariaud, Jocelyn Robert – Montage Mauricio Lleras – Casting Fanny de Donceel – 1h36 –

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A propos de Danielle Lambert

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