Psychose est une oeuvre suffisamment culte pour qu’elle ait droit de la part d’un éditeur à l’édition d’un documentaire à son sujet en dehors du statut de simple complément d’une édition du film, ou d’un coffret de la série.
 

Martin Balsam en appesanteur dans "Psychose" (1960)


The Psycho Legacy
se voit donc offrir un double dvd de la part d’Emylia : le documentaire en lui-même, accompagné de nombreux bonus. Il n’en reste pas moins que cet ensemble est avant tout complétiste, The Psycho Legacy permettant surtout d’acquérir un nombre non négligeable de matériel de complément sur les suites de Psychose qui ne bénéficient quand à elle que d’éditions très light de la part d’Universal.
 
La forme du documentaire, si elle reste fidèle à l’académisme des making-of américains (montages d’interviews croisés, ambiance musicale identique au film traité, poussées hagiographiques et larmoyantes) a le mérite de proposer aussi quelques dissonances et d’approcher des personnalités ou des réalisateurs de films de genre parfois très périphériques aux différents projets. A l’évidence, le film est le produit d’amateurs de cinéma friands d’anecdotes, sans doute aussi collectionneurs et arpenteurs de conventions, à la recherche de pépites diverses et prompt à ne pas s’en tenir à la seule hiérarchie qualitative des films pour explorer un univers et l’historique des tournages.
 
Ainsi en gros, chacun des quatre films Psychose (trois films et un téléfilm pour être exact) a le droit à 25 minutes de traitement dans le documentaire « définitif », ce qui contraste nettement avec le travail d’un Bouzereau sur Les dents de la mer… Il faut dire qu’ici, Psychose II, III et IV sont considérés comme des œuvres à revaloriser, et le documentaire en prenant l’axe de l’unique véritable fil conducteur de la saga, Anthony Perkins, finit par narrer sur sa longueur la rencontre d’un comédien avec un personnage devenu mythique, qui le dévora en partie.
 
Psychose est justement décrit comme un film séminal, et uniquement comme tel, tachant de montrer son caractère mythologique et sa perfection  pour les réalisateurs de film de genre. Les interventions de Stuart Gordon en particulier son savoureuses pour décrire l’impact du film, ce qu’il représente. L’ « héritage » c’est le maître mot de ce documentaire qui se rattache beaucoup à un aspect « memorabilia » que peuvent prendre les sites internet de fans. On apprendra rien de nouveau ici sur le film de 1960, seulement peut-être sur l’impact qu’il a eu sur de nombreux professionnels, sa réappropriation aussi par les amateurs de cinéma de genre plus puristes, au-delà de l’aspect théorique de la politique de auteurs qu’acquis pour la postérité la lecture Hitchcock par la Nouvelle Vague (Truffaut parlait de « bazar de film d’horreur » pour mieux montrer la primauté de la mise en scène).
 

23 ans après, Norman sait toujours faire de bons sandwichs
Sur Psychose II de Richard Franklin, Perkins rempile dans son personnage, attiré par l’idée d’en livrer de nouvelles facettes "rédemptrices" (et selon certains par l’inquiétude d’être remplacé). Si la production (trop) respectueuse ne permet pas de dépasser l’hommage poli et jamais honteux, le film permet à l’acteur de nourrir une performance sans doute plus intéressante et fouillée. Comme si une fois qu’Hitchcock hors du navire, Perkins se révélait le seul capitaine naturel, du moins capable d’insuffler une âme à un film narrativement et techniquement corseté. Loin des réapropriation de Carpenter et De Palma, on se rend compte que les protagonistes du film étaient alors de brillants étudiants ou collaborateurs de feu le maître du suspens qui s’éteigna deux ans avant le tournage. Lesquels se tournèrent vers les très professionnels Dean Cundey et Jerry Goldsmith…. Sans bavure mais sans éclat donc, et pour le coup c’est le scénario psychologique de Tom Holland qui l’emporte sur le monument de film de mise en scène qu’était l’original.

Psychose 2 avait permis aussi de révéler Meg Tilly, remplaçant la trop évidente Jamie Lee Curtis souhaitée par les producteurs. Ephémère actrice au visage singulier des années 80, elle ne parvint jamais à une complète starification, alors qu’elle tourna avec Kasdan, Jewison ou Forman et décrocha une nomination aux oscars. Elle abandonna sèchement sa carrière au milieu des années 90, quand celle de sa sœur Jennifer explosa un peu… Entre autre anecdote intéressante, les relations très tendues entre Perkins et Tilly sur le plateau sont décrites, même si personne ne revient sur la rumeur de l’actrice surprise par la star en train de demander candidement pourquoi tout le monde s’intéressait autant à lui sur le tournage… En tout cas son personnage assez fouillé a pu créer une sorte de concurrence entre les deux acteurs.

 
Avec 35 millions de dollars de recettes pour un budget de 5, Psychose II est une petite très affaire très rentable pour l’époque, et Universal est prêt à laisser Perkins seul maître à bord cette fois pour une nouvelle suite… Malgré un scénario qui est sans doute le plus poussif de la série, Psychose III est une œuvre attachante de par ses excentricités formelles et sa photo giallesque, même si l’hommage ici flirt avec le train fantôme référentiel. A l’évidence, Anthony Perkins bouillait de faire un jour du cinéma en tant que réalisateur. On apprend que ce dernier dévora de nombreux manuels, cita le récent Blood Simple des frères Coen comme modèle à son équipe avant le tournage (ceci explicitant sans doute aussi la présence de Carter Burwell à la musique), et finit par donner des leçons au vieux routier Bruce Surtees, chef opérateur d’Eastwood, persuadé de l’impossibilité de réaliser un plan voulu par le néophyte…
 
 De Palma n’a jamais pensé à la cabine téléphonique…

 
Ayant carte blanche sur une bonne partie de son long métrage, il semble évident que Perkins a pu faire à peu près ce qu’il voulait cette fois avec les jeunes acteurs et actrice choisies, qui se montrèrent tous admiratifs (voir plus pour l’une d’elle !), et le font bien ressentir dans ce documentaire. Malgré tout, il semble, si l’on en croit l’intégralité de sa session de « Q & A » présente en bonus, que Perkins ait une préférence pour le second opus qu’il n’a pas dirigé. De même, beaucoup de critiques sur ce Psychose III ont été coupées de la part des intervenants, bien qu’elles soivent présentes là encore en bonus !
 
Si Psychose III n’est pas vraiment  un flop, il rapporte quand même deux fois moins que le second opus… Psychose IV sera donc une production Showtime pour la télévision, quand bien même elle s’habille de quelques oripeaux de prestige, comme la zéfirellienne Olivia Hussey et un scénario signé par l’auteur du script de l’opus original, Joseph Stefano. Un téléfilm loin d’être déshonorant et bien antérieur à la mode actuelle des « prequel », même si comme d’habitude Mike Garris brille par sa platitude. Il semble d’ailleurs à entendre les différentes interviews que les relations entre lui et Perkins, sans doute pas plus motivé que ça de rempiler cette fois, furent assez mauvaises…
 
Les séquences coupées du documentaire abordent les avis des divers protagonistes sur l’obscur téléfilm Motel Bates de 1987 (ou Burd Cort hérite des décors mais pas du personnage de Norman Bates), ainsi que sur le remake de Gus Van Sant, qui reste bien dénigré encore aux Etats-Unis. Parmi les bonus les plus intéressant sur le disque 2, il faut relever un entretien de vingt minutes avec l’excellent chef opérateur de Carpenter, Dean Cundey, qui officia sur Psychose II. Les 45 minutes de question-réponse avec Perkins filmées dans une convention montrent aussi l’humanité et l’humour de l’acteur qui va être finalement emporté par le Sida en 1992. Le documentaire reste très discret et pudique sur la maladie de l’acteur qui l’accompagna pourtant aussi sur les tournages de Psychose III et IV. Enfin, au delà des films, des sessions documentaires sont aussi consacrées au roman de Robert Bloch, et au fait divers du Wisconsin qui l’inspira.
 

Henry Thomas et Olivia Hussey ont le Souffle au coeur dans "Psychose 4"
 
 

A propos de Guillaume BRYON

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