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D’abord assistant pour de nombreux réalisateurs comme Erick Zonca, Robert Guédiguian ou Agnès Merlet, Fred Nicolas semble vouloir emprunter leur chemin, celui d’un cinéma à la fois social et poétique, où s’entremêle la dépression et l’espoir. Max & Lenny dépeint, à travers le portrait de Lenny, adolescente solitaire et débrouillarde qui vit dans une cité de Marseille, une jeunesse égarée dans un monde régi par des règles strictes qui excluent le facteur humain.

Lenny partage son temps entre écrire des chansons de rap et surveiller les dealers du quartier, à qui elle joue des tours. Déjà mère d’une petite fille, elle souffre de ne pouvoir la voir autant qu’elle voudrait. Un soir, alors qu’elle répétait ses textes, elle rencontre Max, une autre adolescente solitaire. Originaire de Kinshasa, elle se trouve être en situation irrégulière. Quand elle n’est pas à l’école, Max s’occupe de ses frères et de sa grand-mère invalide. Les deux jeunes filles vont devenir très proches et chacune va apprendre quelque chose à l’autre.

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Certes cette histoire d’amitié tenue par un scénario très classique n’est pas des plus originales, mais son intérêt réside surtout dans le regard pudique que porte Fred Nicolas sur ses personnages. Plutôt que de faire un énième film sur les cités, il préfère les relayer au rang de simple décor ou contexte pour mieux s’attacher à ces deux jeunes filles, adoptant par la même occasion un point de vue féminin. La caméra ne porte aucun jugement sur les personnages et le film ne tombe jamais dans la caricature : Lenny passe son temps à écrire des textes pour ses chansons de rap et hésite à intégrer de nouveau le système scolaire, les policiers ne sont pas des êtres inhumains, de même que les représentants des services sociaux… Seul les dealers sont montrés sous un aspect négatifs et violents. Mais la menace est lointaine, comme en retrait dans la vie de Lenny, là n’étant pas l’essentiel dans le film. Le récit, dénué d’angélisme et de misérabilisme, décrit surtout l’engrenage administratif qui fragilisent toujours les plus faibles. Pourtant, Fred Nicolas ne définit pas de camp, ne fait pas du monde qu’il dépeint un lieu où s’affrontent des individus engoncés dans des postures manichéennes.

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Max & Lenny, avant d’être une oeuvre avec un discours social, parle surtout de solitude et du désir de vouloir accomplir ses rêves. Avant de rencontrer Max, Lenny est seule, vit dans son monde. Dès les premières images, Fred Nicolas l’isole : filmée de dos, encapuchonnée dans son sweat-shirt rouge, un travelling qui la suit met en évidence son côté introverti. Lenny est comme un petit chaperon rouge perdu dans une cité où les dealers seraient les loups. De même, Max est introduite de façon tout aussi suggestive : vouée aux tâches ménagères, elle apparaît en ombre chinoise derrière des draps qu’elle accroche sur du fil à linge. Avec une écriture soignée et fine, Max & Lenny, d’un ton à la fois mélancolique et solaire, raconte deux solitudes qui se rencontrent. Les deux actrices principales adoptent un jeu naturel, exempt de tout artifice, et donnent au film toute sa fraîcheur. Pour renforcer cette intimité, Fred Nicolas choisit de les filmer en cinemascope et en lumière naturelle. Les cadres accentuent l’impression d’abandon qui se dégage de cette amitié affranchie de toutes règles. Malgré ce parti pris réaliste, le réalisateur insuffle à son récit une certaine poésie. Cadrées souvent ensemble dans des lieux souvent ouverts, elles sont immergées dans l’étendue de la mer, s’ébattent dans une piscine privée où s’est déroulée une fête, s’étendent au milieu d’herbes hautes, marchent sur le port… Les deux jeunes filles se rencontrent et évoluent loin du monde réel, loin de la violence des quartiers et des institutions, dans des décors bucoliques et déserts. Fred Nicolas les utilise au mieux pour évoquer l’esprit de liberté qui anime ses deux héroïnes.

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Sous ses apparences convenues, le final laisse cependant une certaine amertume. Avec Max & Lenny, Fred Nicolas signe une œuvre humble et pleine d’humanité, mais emprunte de la mélancolie des personnes seules en attente d’une vie meilleure.

Max & Lenny
(France – 2014 – 85min)
Réalisation : Fred Nicolas
Scénario : Fred Nicolas et François Bégaudeau
Chef opérateur : Sébastien Buchmann
Montage image : Mike Fromentin et Gilda Fine
Montage son : Pierre Bariaud
Musique : Simon Neel et Camélia Pand’Or
Interprètes : Camélia Pand’Or, Jisca Kalvanda, Adam Hegazy, Alvie Bitemo Mamounga, Norbert Godji, Cathy Ruiz, Martial Bezot…
Sortie en salles, le 18 février 2015.

A propos de Thomas Roland

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