Il pourrait y avoir de nombreuses raisons pour se jeter sur ce DVD proposé par Luna Park Films, la principale étant naturellement la curiosité. En effet, ceux qui ont eu la chance de voir un film de Jean-Denis Bonan, court ou long, doivent se compter sur les doigts d’une main ou sont peut-être trop vieux pour s’en souvenir, puisque la plupart des projections ont eu lieux à la fin des années 60. La curiosité se cristallise aussi autour de la réputation sulfureuse des ses films, soit tout simplement interdits de toute diffusion, soit n’en trouvant aucune. Voici donc une série de films qui ont dormi pendant près de 50 ans, jusqu’à ce qu’une bande de types plutôt courageux décide que le cinéma étrange et inclassable de Jean-Denis Bonan soit enfin (re)découvert.

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Les films de Jean-Denis Bonan sont indissolublement liés à une époque, la fin des années 60 en France. Et donc à Mai 1968. Une époque très paradoxale, à la fois créative et très guindée, une époque qui va exploser en Mai 1968 sous les yeux de Jean-Denis Bonan et des cinéastes de l’ARC, une époque qui va voir la naissance d’un cinéma militant et de quelques perles plus ou moins surréalistes et poétiques. C’est en 1962 que Bonan réalise son premier court métrage, La Vie brève de Monsieur Meucieu (que l’on trouve dans ce DVD), le parcours d’un type qui porte une barre et qui doit fuir devant un peuple qui ne le comprend pas. Ce thème de la fuite de la singularité dans une société mortifère sera l’un des thèmes de prédilection de Bonan par la suite. En 1965, Bonan s’attaque à un autre court métrage, Un crime d’Amour, traitant de la manipulation et du drame de l’amour, dont quelques scènes ayant survécues au temps sont présentées ici. femme2
Et puis, en 1966, Bonan réalise ce qu’il considère comme son premier court métrage totalement abouti, le fulgurant Tristesse des anthropophages. Bonan résume son film par cette phrase : « Dans un monde ou tout est interdit sauf ce qui est obligatoire, un homme qui travaille dans un bien étrange fast-food, se souvient de sa vie ». En fait, le fast-food propose à sa carte des excréments humains que l’homme en question produit en direct et l’homme, ayant vécu une résurrection, va devoir vivre un accouchement inversé pour satisfaire la colère du peuple. Si l’on se sait pas bien de quoi parle ce film (« une dénonciation de la société de consommation » selon Bonan himself), on ne peut que se laisser entraîner par la poésie étrange qui jaillit des images de Gérard de Battista (ce grand directeur de la photo qui fait ici ses premières armes), « une poésie authentiquement cinématographique » dira même le producteur Anatole Dauman. Ce film, remarqué par quelques personnes lors des premières projections, va se voir frapper par la censure début 1967 (interdiction de diffusion en France mais aussi à l’export, et interdiction de toute diffusion à titre privée, une folie !) pour ses propos obscènes et scatologiques. Tristesse des anthropophages va baisser 50 ans des les tiroirs de Jean-Denis Bonan, à l’image du reste de ses films, frappés du seau de « films maudits ».tristesse
En 1967, Bonan travaille aux Actualités Françaises (c’est d’ailleurs là qu’il rencontrera Jean Rollin, ce dernier y étant monteur) et décide de monter les rushes abandonnés et de les commenter. Cela donnera Un Crime d’amour, contant les questions d’un homme perdu dans la société des hommes. Et puis, avoir crée le groupement de cinéastes militants l’ARC, Bonan décide de réaliser son premier long métrage de fiction, La Femme bourreau. Les événements de Mai 1968 débutent en même temps que le tournage de son film, l’équipe alternant ainsi les prises de La Femme bourreau et les tournages des événements dans les rues. Il ne fait aucun doute que la réalisation de La Femme bourreau, même si le film ne parle pas explicitement de la révolte étudiante, en est largement imprégnée et marquée. Encore une fois, l’histoire de La femme bourreau est l’histoire d’une fuite. La fuite d’un homme pourchassé par la police, de manière prosaïque, la fuite d’un homme harcelé par ses fantômes plus simplement. Navigant entre surréalisme et expressionnisme allemand, teinté d’un érotisme élégant, La Femme bourreau est un film qui mérite le détour parce qu’il est une belle trace de qui peut advenir lorsque l’on décide de sortir des sentiers très battus de la narration par trop linéaire. On ne peut, pour nous avoir permis de découvrir cet étrange cinéaste, que remercier chaleureusement l’équipe de Luna Park Films.

A propos de Marc BOUSQUET

1 comment

  1. Xavier Moncieu

    Bonsoir
    Vous vous trompez sur l’orthographe du nom : ce n’est pas Moncieu La Vie brève de Monsieur Moncieu
    mais la vie Brève de Monsieur Meucieu merci de corriger.

    cordialement
    Xavier Moncieu

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