” A B C
It’s easy as, 1 2 3
As simple as, do re mi
A B C, 1 2 3
Benoît, Bruno & Dj”

Trois jours de Hellfest, une nouvelle fois, la septième édition pour ce qui nous concerne. Trois jours de Hellfest donc, résumés à six mains et en deux articles, denses et savamment illustrés, sauf mention contraire, par les photographies de notre Cycy national. Voilà la gageure que Culturopoing vous propose sous forme d’un abécédaire métallisé, éclairé… et enthousiaste.

C’est parti pour les entrée de A à L


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Welcome to the vignoble, we’ve got fun & games (photo par Jeanne Moineau)

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A COMME          ALTAR

Parmi les nombreux concerts donnés sur la scène trash/death/energie/technique, en dehors de ceux qu’on n’a pas pu voir (on n’a que six oreilles) et des concerts qui seront cités ailleurs, on pourra retenir le set de Sacred Reich. Les américains commencèrent avec Also Sprach Zarathustra en intro. Tout en finesse. Et tout était dit. Le groupe de thrash interpréta en puissance et avec efficacité le répertoire attendu par les nombreux fans de sa (déjà longue) carrière. Le public n’en demandait pas plus, et le concert fut une réussite, ponctué par un free hug général. Un peu de tendresse, bordel !

Autre moment, autre ambiance avec le concert de The Skull, groupe formé (entre autres) par d’anciens membres du groupe Trouble. Venant du doom metal, Trouble avait évolué vers un metal beaucoup plus purement rock, sentant bon la poussière des longues et venteuses highways. Et c’est aussi ce que joue The Skull : un metal très rock, bien fait et agréable, mais sans véritablement d’enjeu, ni d’autres perspectives que de donner au public sa tranche de classicisme musical suffisamment bien troussé pour faire taper du pied et dodeliner de la tête, en cadence. Le concert fut d’ailleurs fort apprécié par le public (assez maigre) de l’Altar, tout comme il fut au goût des musiciens, manifestement heureux d’être là et qui finiront leur set par une reprise d’un morceau de Trouble «  à la demande du public ». Vraiment ? (Benoît)

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A COMME          ATTITUDES

Le Temple n’est certes pas le paradis des sourires Colgate et des plaisanteries goguenardes avec le public. Mais parmi les concerts de black metal froids et hautains, certains se démarquèrent encore plus. MGLA tout d’abord.

Avec un look pour le moins original, cagoulés et vêtus de noir tels des membres du GIGN, le groupe polonais asséna son black metal moderne et en fait assez  mélodique avec froideur et conviction. Pas un mot, pas un signe ne furent échangés avec le public du Temple qui d’ailleurs n’en attendait pas autant.

Taake ensuite. Pas de décor, pas de fioritures inutiles (juste le maquillage) et on va voir ce qu’on va voir. Au programme donc du black metal moderne asséné avec conviction par nos norvégiens. Avec des plans un peu punk parfois, un peu heavy metal d’autre fois, on a pourtant affaire ici à un vrai concert de black metal, suffisamment noir et dérangeant pour n’avoir besoin d’aucun artifice supplémentaire. Pas même besoin d’un mot non plus pour le public, la prestation charismatique du chanteur suffisant largement à établir le contact. (Benoît)

B COMME          BLASPHEME

Bien sûr il y eut la messe quelque peu satanique de Ghost ou encore Ozzy Osbourne chantant Black Sabbath et souhaitant à la fin du morceau que dieu nous bénisse tous… mais ce n’est pas de ce type de blasphème dont il est question ici.

Non.

Le blasphème eut lieu le Vendredi 17 Juin dans le Temple en début d’après-midi.

Tout commence par un peintre, il s’avance sur scène et joue du pinceau sur une toile. Il composera, imperturbable, durant les 8 chansons du groupe. L’un des deux chanteurs Cornelius Jakhelln qui parle français (il a fait une partie de ses études à la Sorbonne à Paris) est habillé d’une sorte de djellaba et d’un bandeau “soleil levant” qui rappelle les bandeaux des kamikaze japonais… un gars dans le public se marre à côté de moi en criant “barrons-nous il va se faire sauter” ; nul doute que cela va bien avec l’ambiance étrange et quelque peu burlesque que dégage les compositions du groupe.

Mais ce n’est pas là que la chose à lieu.

Solefald (c’est le nom du groupe à ne pas confondre avec Soledad) possède de forte racine black metal. Solefald ça veut dire quelque chose comme chute du soleil en danois… la fin de notre civilisation, l’âge d’or, ce qui a été et qui n’est plus etc sont des thèmes récurent du genre. Solefald joue dans le Temple (haut lieu du black metal au Hellfest). Mais Solefald propose un peu de rafraîchissement dans le metal extrême, c’est un genre de Turisas en plus underground… et en plus world music. Oui world music. Il y a du synthétiseur en mode arpégiateur et du saxophone dans les compositions… la pureté revendiqué par certains tenants de certaines scènes metalliques en prend un coup. Pour certain, le blasphème est là. Hi hi hi. (Dj Duclock)

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C COMME          COREENS

Barré. Complètement barré. C’est le mot qui me vint à la vue du concert du groupe coréen Jambinai. Instruments traditionnels martyrisés comme des guitares de thrash, sons stridents, hurlements, alternance d’ambiances asiatico-planantes et de fureur même pas contrôlée, la musique de Jambinai  m’a pour le moins laissé dubitatif. Mais certains dans la Valley parurent quand même aimer ça, tant mieux pour eux. (Benoît)

D COMME          DECOUVERTES

Si les trois jours du Hellfest sont l’occasion de voir les groupes que nous écoutions adolescent (Rolala, Deicide y a pas à dire, ils font le boulot), c’est aussi l’occasion de faire des découvertes et de goûter à la diversité du metal. Nul doute que cette année c’est la Valley qui a proposé un panel de groupes sortant des sentiers battues du métal avec des noms comme Magma, Puscifer et Rival Sons (tiens le classic rock a trouvé refuge ici…), autant de bonnes surprises et a ce petit jeu le temple n’est pas si loin derrière puisque le black metal pur jus était peu représenté et que les courtes incursions dans le folk, la world music ou la cold wave étaient au rendez-vous. Sur les trois jours, il y a quelque chose comme 150 concerts… Difficile de ne pas faire quelques découvertes. (Emeric)

Lorsque au détour d’un running order pourtant déjà bien rempli, on s’aventure parfois en terres inconnues au détour de groupes pas encore écoutés, on peut faire de belles rencontres. C’est même là l’une des règles de base d’un festival aussi grassouillet du côté de la programmation. Torche tout d’abord. Du stoner ? Sans doute, mais alors un stoner presque pop par moment. Très blues rock mais en légèreté, sans prise de tête mais avec recherche, sans démonstration inutile, mais se terminant quand même avec un peu de lourdeur de bon aloi (on ne se refait pas), le concert de ce groupe fit l’effet d’une agréable friandise dans un gosier trop abreuvé de bière un peu lourde.  Une très agréable découverte côté Valley. Fu Manchu fut également une autre de ses belles surprises. Du stoner dans la Valley à nouveau, nul étonnement ici, mais un stoner en fait très rock. Puissante comme un 40 tonnes traversant la Vallée de la Mort, véloce et variée comme un troupeau de chevaux sauvages galopant dans le désert, la musique de Fu Manchu n’eut aucun mal à faire secouer la tête au festivalier, fatigué ou pas. (Benoît)

Hellfest 2016

In the midnight hour, I can feel your power (photo par Jeanne Moineau)

D COMME          DEICIDE

 Que Glen Benton soit ou pas un true sataniste importe peu, quand il monte sur scène avec ses ptits camarades de jeu c’est la claque. La grosse déferlante. Les guitares de Jack Owen et de Kevin Quirion dont les soli qui tranchent parfois dans la batterie de Steve Asheim sont particulièrement appréciable, ils permettent un instant de s’échapper de la gangue terrifiante ; quand à Glen – qui officie aussi à la basse – quand il chante il regarde au loin avec ses petits yeux porcins comme possédé par la musique ; le jeu de scène du groupe est assez minimale, tout passe par la musique et les déflagrations sonores que sont les morceaux. Voilà qui termine la cuvée Hellfest 2016 en beauté. (Dj Duclock)

Le concert sur Arte Concert

E comme              EPILEPTIC EPISODE ENERGETIC ETIQUETTE

Son chanteur, tronche de premier de la classe en BTS informatique datant du pré-Bug de l’an 2000. Sa chanteuse, version blonde et oxygénée de l’inoubliable Lisbeth Salander, toute rage dehors. Sa boîte à rythmes, branchée sur 220 cela va de soi. Ses quatre et six-cordistes enfin, un et deux, sérieux, appliqués, besogneux, efficaces en un mot. Parmi eux, le leader du groupe, un dénommé Scott Hull. Le set d’Agoraphobic Nosebleed sous la tente de l’Altar nous permit de prendre quelques repos entre le set de Sixx A.M et celui, très attendu par nos soins, de Foreigner. Au milieu donc de ce running order, coulait cette rivière, boueuse, décharnée, débordante également de son lit habituel, une rivière en colère donc, et ce n’est rien de le dire. Entre –core tendu et grindcore fugace, la musique de nos vétérans américains n’est définitivement pas à mettre entre toutes les oreilles, surtout les plus chastes de cette journée du samedi toujours réputée très, mais alors très, grand public. Leurs quarante minutes allouées avaient quoiqu’il en soit quelque chose de plaisamment désagréable, proche finalement de ce qu’on peut ressentir lorsqu’on met sa tête sous l’eau et qu’on commence à compter, 1, 5, 10, 20…30 et que l’air vient à manquer, urgemment. Entre l’air moderne et dynamique de la bande de Nikki Sixx et celui panoramique, enrichi, recyclé de Foreigner, la musique d’Agoraphobic Nosebleed symbolise au mieux ce court moment, comme suspendu, où la carence en oxygène devient insupportable mais reste toutefois sans danger puisque l’on sait que, d’ici deux à trois secondes, on sortira de l’Altar pour retrouver le bon air libre du dehors. Une belle expérience toutefois. (Bruno)

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F COMME          FETE FORAINE

A voir croiser un certain nombre de spectateurs l’appareil photo en bandoulière, le genre à l’affut de tout (une grimace, un costume rigolo, une jolie décoration) et surtout de rien (un soulographe en pleine sieste les bras en croix à même le sol, les poubelles en forme de crâne disséminées sur tout le site etc.), on en vient à penser que la caricature qui colle au Hellfest (le Disneyland du metal) n’est finalement pas sans fondement. Après la Grande Roue, après le Skate Park et à la suite du copieux feu d’artifice du samedi soir et de la décoration XXXL, voilà cette année qu’une tyrolienne s’est ajoutée à l’offre des possibles du Hellfest en matière d’objet de divertissement. Celle-ci toise à quelques dizaines de mètres et fort opportunément la verte pelouse sise devant les deux mainstages, de quoi savourer comme il se doit le court instant de la descente (environ 10 secondes chrono) et les 18 euros qui l’accompagnent. Mention spéciale à l’heureux gaillard qui se sera élancé pile à l’arrivée sur scène de Twisted Sister (après une file d’attente dépassant souvent la demi-heure, difficile donc de parier sur le timing).

Il faut dire que 160.000 personnes se sont partagées les trois jours de festivités, avec un pic le premier jour pour le concert de Rammstein. Une jauge poussée à l’extrême et qui ne fut pas sans inconforts. L’arrivée sur le site tout d’abord avec, hasard heureux ou malheureux des heures de pointe, une attente/fouille pouvant dépasser largement les 90 minutes (soit environ la durée d’une purge à la Portugal/Islande à l’Euro de Foot, les connaisseurs apprécieront), le tout à moins de 50m de la précieuse cathédrale de toile symbolisant l’entrée sur le site même du Fest. Rageant. Inconfort aussi du côté des points cashless et autres, bien trop embouteillés pour fluidifier la procédure. Inconfort aussi devant les mainstages où la pelouse était déjà plus que densifiée en fin d’après-midi, de quoi rendre la première soirée (surtout) assez désagréable de ce côté-là.

Un tel public draine forcément sa part d’éléments hétéroclites et étrangers les uns aux autres, même si le respect de tous fut le fil rouge de ce ravissant week-end. Il oscilla ainsi du couple habillé des pieds à la tête par Décathlon (fringues et chaussures évidemment neuves) avec l’indispensable petit siège de camping pliable à la taille, cela va de soi, au couple avec bébé (et poussette) headbangant en cadence devant du black metal diurne tandis que bébé Abbath faisait sa petite sieste, son casque l’isolant l’espace d’un moment du tumulte du monde. Il ne manquait pas non plus le vendeur de glaces (pas sur cela dit que le total des cornets vendus dépasse celui des bières éclusées) ou le stand de confiseries toisant de toute sa saine différence celui de la tartiflette et du saucisson corse dans l’espace restauration. (Bruno)

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G COMME          GRANDS ANCIENS

 On connaissait et on attendait The Vision Bleak, groupe très théâtral et grandiloquent, et on ne fut pas déçu. Maquillés de blanc, ils assénèrent leur gothic metal avec une emphase tragique de bon aloi, malgré le sourire complice du guitariste. Des morceaux efficaces, toujours à la limite du too much mais avec assez de recul pour ne jamais l’atteindre, des mélodies cinématographiques et des refrains entraînants, les allemands délivrèrent dans le Temple le concert espéré, une prestation agréable comme peut l’être par exemple un film de la Hammer. Ah oui, un détail sans doute, malgré l’incantation dans « Kutulu », le dernier morceau, le Grand Ancien (et je ne parle pas de Joe Satriani) ne se montra pas. Dommage. (Benoît)

H COMME          HOLLANDAIS

Dans le métal, on peut apprécier un groupe et ne pas forcément être au taquet concernant les (parfois incessants) changements de line-up. On fut donc surpris par le remplacement du chanteur des  hollandais de Heidevolk par….deux chanteurs ! (sic). Si le viking metal des saxons est toujours aussi festif et épique, il nous sembla qu’il manquait quand même dans le Temple un petit soupçon de « martial rigolard » que le chanteur précédent apportait. Un bon concert toutefois, mais la faim ne fut pas complètement apaisée.

Hellfest 2016

Lights… Camera… Primordial (photo Benoît Platton)

I COMME           Irlande et ISLANDE

On attendait beaucoup des irlandais de Primordial déjà programmés à plusieurs reprises au Hellfest mais sans voir jamais donné en fait de vrais bons concerts. Problèmes de son ou retard d’avion, diverses raisons les en avaient jusque ici empêché. La prestation fut fort heureusement à la hauteur de l’attente. Les teigneux irish enchaînèrent leurs morceaux les plus connus dans ce style qui leur est si particulier (un black/folk metal épique et très sombre) et n’eurent aucun mal à entraîner le Temple dans leur univers, porté par le chanteur très concerné et très charismatique. Un concert puissant et sombre, énergique et subtil, violent et musical….Bref, quelle claque ! Un des tous grands concerts du Hellfest, merci à eux pour ce moment.

Pour mettre de l’ambiance, il n’y a pas à dire, les  Dropkick Murphy savent s’y prendre. Avec ses hymnes entraînants, ses refrains à reprendre en cœur et son ambiance de pub irlandais (certes de Boston Massachusetts), le groupe emporta avec lui le public de la Mainstage 2, pourtant fatigué par une longue journée. Malgré la belle qualité d’ensemble, cette prestation nous laisse un sentiment mitigé. Sans doute est-ce à cause d’une impression d’ensemble moins festive, moins prenante et entraînante, plus posée en un mot, qu’auparavant. Peut-être aussi pour son aspect un peu léger et décalé dans l’attente du panzer Rammstein qui suivit, allez savoir.

En un peu moins vert et rasé de près, en un peu plus gris et barbu, les vikings d’Amon Amarth qu’on n’attendait pas sur cette scène (la Mainstage 2) et à cette heure (le beau soleil de la fin d’après-midi). L’imposant décor mis en place pour ce concert, drakkars et tête de dragons en bois, rien que ça, scella la solennité de l’instant. Avec leur death metal melodique viking, les suédois d’Amon Amarth n’ont certes pas donné dans la finesse, mais ce n’était pas ce qu’on leur demandait. Entraînant le public dans leurs aventures, ils donnèrent un concert sans surprises (pour qui les connait) mais néanmoins très réussi, avec de nombreux effets pyrotechniques pour agrémenter les morceaux, mélangeant nouveaux titres et hymnes super connus. Un groupe réputé pour mettre l’ambiance, et ils n’ont pas raté leur coup.

Match nul donc.

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Neon Knights (Photo Benoît Platton)

J COMME           JANE’S ADDICTION

Ce concert de Jane’s Addiction programmée le dimanche soir sous la tente de la Valley, c’était un peu comme si l’ensemble du festival (qui touchait alors à sa fin après deux jours pleins et une large part d’un troisième), n’avait été qu’un aimable et plaisant hors d’œuvre avant ce plat de résistance. Jane’s Addiction, c’est en effet un plat largement épicé, pétri d’éléments hétéroclites concassés par un maître queue, un plat au fumet particulier susceptible de rebuter une bonne part des auditeurs comme de combler jusqu’à l’extase une autre partie. Jane’s Addiction revenait en France vie le Dowload puis le Hellfest après une éclipse scénique de plus de dix ans, elle-même faisant suite à une autre parenthèse de plusieurs années. Un évènement pour certains (dont moi-même) mais un concert de plus dans la programmation pour d’autres, à en juger par une affluence tout juste correcte à l’entame du concert.

Arty, avant-gardiste et expérimental mais aussi fédérateur (quelques refrains à faire chanter dans les chaumières), un côté pionnier également quant à sa trame musicale (entre metal, psyché et rock qu’on commençait alors à appeler alternatif ) et son expression visuelle (les sculptures du chanteur, l’habillage pictural et même vestimentaire du combo), millionnaire en ventes dès son second album, créateur du tentaculaire Lolapalooza (qui est à la musique dite indépendante ce que Sundance est au cinéma du même type) dont les premiers pas sonnèrent, entre autres belles compagnies (Kurt, Krist, Dave, Eddie, Stone et j’en passe), le glas du rock flashy et clinquant des années 80, Jane’s Addiction est un groupe précieux et d’une certaine façon ultime, un groupe qu’il s’agissait ce dimanche soir de découvrir, enfin, sur les planches pour ce qui me concerne.

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Perry, Dave, Stephen et les autres (tous les autres, jusqu’aux sensuelles danseuses) montent d’ailleurs sur les planches de la Valley comme par surprise, alors qu’au loin MegaDave en termine avec son concert sur une Mainstage qui semblait mieux adaptée à la carrure et au standing des californiens bariolés que le temple du stoner et du doom, même si le succès (et l’impact, sans parler de l’aura) qu’il éprouva sur le sol américain n’est aucunement comparable avec le sympathique succès d’estime rencontré sur le sol de France. Malgré les problèmes techniques (la guitare de Navarro surtout), malgré les poses très guitar hero du même Navarro, poses si peu raccords avec la Valley et qui auraient bien plus eu leur place sur une Mainstage en access prime time, malgré quelques moments de flottement (les tabourets installés pour le morceau final… alors qu’il reste encore deux titres à jouer) sans doute liés au fait que le groupe (et ses techniciens) en terminait ici avec sa tournée des festivals européens et s’apprêtaient à rejoindre son giron californien après une dernière date canadienne sise trois jours seulement après celle de Clisson, malgré enfin la bouteille de vin que Farrell s’enfila (en deux fois) l’espace de son concert et qui rendait son phrasé d’entre deux morceaux un poil pâteux, oui malgré toutes ces petits écueils empêchant en fait ce très bon moment d’impacter plus encore les sens et la mémoire, on se délecta de chaque seconde passée en leur compagnie, de chaque refrain entonné plus ou moins dans sa barbe et de chaque mélodie sifflotée en mesure.

On ne peut d’ailleurs que saluer la classe de ce répertoire ici proposé (dommage pour « Classic Girl » quand même…), notamment un énorme « Three Days » et un final presque calypso à grand coup de tambourin et de déhanchement lascif sur son lit de guitare sèche (« Jane Says », évidement). On ne peut que saluer la performance d’ensemble d’un groupe toujours au top (cette guitare, cette batterie aussi de Stephen Perkins, ce chant de Farrell, toujours aussi crispant pour beaucoup mais encore d’une belle force pour qui s’en délecte) malgré les années et qui a su ici combler ses fans et même, c’est une évidence, quelques nouvelles oreilles. (Bruno)

J COMME           JAZZ

 Le metal se glisse un peu partout, le jazz aussi. Avec Christian Vander d’abord, sa batterie (sa première lui a été donnée par Chet Baker, excusez du peu…) et sa bande de musiciens aguerris. Magma a toujours su parler aux rockers et c’est avec force et plaisir que les longues compositions virtuoses et enveloppantes ont transporté le publique de La Valley le soir du 17 Juin. Magma, ce sont de longs morceaux qui quand l’on rentre dedans fonctionnent comme une transe, oui le groupe porte bien son nom. La batterie de Christian Vander est tour à tour rythmique et mélodique, en faits tous les instruments jouent tous les rôles dans les compositions et c’est un maelstrom musical qui entraîne l’auditeur dans la musique. Et c’est ainsi que le metalleux se rend compte qu’il peut rentrer dans le jazz, mais sûrement le savait-il déjà un peu.

Plus tard, le lendemain après-midi certains soli de Joe Satriani – le maître de la six cordes – ont raisonné sur le Mainstage, ces suites de notes sont clairement branchées sur le Jazz. Dans la soirée ce même jour le groupe Napalm Death a servi un set particulièrement nerveux, là encore, dans le bruit et la fureur, on se dit qu’une certaine liberté musicale dont jouit ce groupe quel que soit l’instrument qu’il maltraite n’est pas sans rapport avec l’Histoire du Jazz. (Dj Duclock)

J COMME           JOE SATRIANI

Joe Satriani vit dans un autre monde quelque part entre sa guitare, sa cervelle, nos oreilles et quelque chose comme le cosmos. Il s’habille avec des fringues en peau de robot et ouvre la bouche quand il envoie un solo (de fait il a très souvent la bouche ouverte). Quand il joue tu sens qu’il est dedans, qu’il se fait plaisir et du coup, toi aussi, pour peu que tu tendes l’oreille et que tu ne sois pas allergique aux déferlantes de notes. Une composition de Joe c’est à la fois harmonique, fluide et touffus avec un léger parfum des années 80, c’est le temps des guitar héros et de leurs envolés. Pour ma part je me suis promené dans la set liste comme un gamin dans une chocolaterie. (Dj Duclock)

Le concert sur Arte Concert

Hellfest 2016

Fight Fire With Fire (photo par Jeanne Moineau)

K COMME          KOLOSSAL

IL y a quelque chose de génétique sans doute dans le Musicien Allemand (au sens large), qu’il officie par exemple dans un groupe de classic rock qui approche des cinquante ans de carrière comme Scorpions, ou bien qu’il s’agite au sein d’un groupe de rock industriel martial venu tout droit des années 90, Rammstein en l’occurrence. On pourrait aussi parler de Modern Talking mais bon… Cette génétique, c’est une propension presque robotique (après tout, il est également question de centrale électrique pour l’un et l’autre de ses mastodontes du rock…) à reproduire soir après soir la même belle et solide prestation à la façon d’un métronome. On a encore en mémoire Rudolf Schenker lorsqu’il mouline en cadence ses superbes rythmiques deux heures durant avec une même gestuelle (et que je te plie les genoux et que je dodeline des hanches toutes les quatre mesures) qu’il semble capable de reproduire à l’infini, sans fatigue ni lassitude, un peu comme le lapin Duracel. On n’oublie pas non plus le fameux coup du tambourin de Klaus Meine, lorsqu’il s’en saisit à chaque solo de Jabbs pour mieux le balancer en l’air et en arrière juste avant de reprendre son micro pour qu’un roadie le rattrape et le repose discrètement sur la petite chaise posée devant la batterie pour que Meine puisse le reprendre au solo suivant, histoire lui-aussi de reproduire comme à l’infini et sans fatigue son petit gimmick. Le tout quinze à vingt fois par concert (chanson après chanson donc) avec une moyenne de cent concerts par an donnés depuis près de quarante ans. Faites les comptes. On frémit devant pareille discipline, pareil don de soi, pareille abnégation. Il en va de même pour Rammstein qui prépare ses spectacles sans rien laisser au hasard (et surtout pas un geste ou une posture malencontreuse qui enverrait un musicien à l’hôpital pour peu qu’il oublie son emplacement lors des pétarades pyrotechniques lourdement chorégraphiées qui accompagnent chaque morceau) et qui reproduit ainsi soir après soir la même putain de gestuelle. Chaque musicien répète ainsi ad lib chaque soir durant les mêmes gestes, les mêmes effets, au même moment, en cadence, ein zwei, drei, Feuer !

Une fois constaté puis évacué ce déficit de spontanéité, d’âme peut-être, on peut alors plonger tête bêche dans ce concert du Hellfest, dans ce spectacle Son & Lumière total où s’agitent cinq musiciens et personnalités captivantes (il est facile de se délecter d’un concert de Rammstein en se focalisant sur un seul de ses musiciens, même le bassiste, quoique…) qui proposent un répertoire assez imparable, même si un peu répétitif sur la durée (couplets légers, refrain à grosses guitares, chant martial, performance « Lon Chanesque » de Till, imagerie superbement nauséeuse , pétards et autres gadgets sonores et visuels à foison, il manquait juste un bazooka en fait). Captivant du début à la fin, on y tapa du pied tout du long, tout en guettant l’œil grand ouvert le moindre effet de mise en scène (mention spécial au claviériste, à la performance oscillant entre le docteur Frankenstein et sa créature, superbe), pour profiter d’un concert et d’un groupe en tout point parfait pour un Festival Open Air, parfait pour une aussi grande scène de plein air posée à même le ciel étoilé. Il ne manqua rien à ce concert de Rammstein et chaque spectateur put ainsi repartir chez lui les yeux et les oreilles bien remplis. (Bruno)

L COMME          LARMES

Groupe parmi les fondateurs du folk metal, tout en énergie dehors et mélodies celtiques dedans, Cruachan (en kilts et en fourrures, et avec instruments folks traditionnels) n’a pas déçu malgré l’heure matinale et un son un peu approximatif. Et c’est sans doute très personnel, mais simplement entendre leur « Ride On » joué dans un Temple rempli (sans doute un peu grâce à la pluie) a pu presque amener les larmes aux yeux d’un certain festivalier,  pour qui le Hellfest était, dès le vendredi matin, d’ores et déjà une réussite. (Benoît)

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M COMME         MAINSTAGES

Les deux (ravissantes) mainstages sont le paradis de ceux qui, allongés dans l’herbe et une bière à la main, aiment à profiter de la musique à bonne distance des scènes comme du commun des festivaliers. Son petit jardin privatif quoi. Du moins, avant qu’il y ait trop de monde, ce qui cette année arriva très très, mais alors vraiment, très tôt dans la journée. Parmi les concerts auxquels, affalé ou entassé, auquel le public, avachi comme un éléphant de mer sur son caillou ou bien confiné comme une sardine dans sa boite, nous avons relevé quelques plaisants instantanés.

Les Nashville Pussy donnèrent par exemple le vendredi un bon concert de hard’n rock sudiste efficace, rapide, graisseux, égrillard et alcoolisé (la bouteille de Jack Daniels y est passée). Malgré une bassiste moins impressionnante que lors de leur dernière apparition, et un son de la Mainstage 2 qui demandait sans doute encore d’être un peu réglé, un concert qui se termine par une bière dégoisée à même le stetson ne peut pas être tout à fait mauvais. Dans une veine finalement assez proche, quoique les norvégiens s’en éloignent de plus en plus pour lorgner sur un rock’n’hard certes plus rapide que la moyenne mais qui n’en reste pas moins finalement en cruise control, bien loin des excès de vitesse d’antan, Turbonegro y alla de sa grande messe habituelle au Festival de l’Enfer.

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Le plein après-midi sonne régulièrement au Hellfest l’heure des Mass Hysteria. Une fois encore la bande de Mous’ a fait lever comme un seul homme la majorité de la foule amassée de la Mainstage 2 par sa belle, positive et saine énergie, quelques riffs et refrains bougrement efficaces aussi. En parlant d’efficacité, la dream team d’Anthrax (comprendre, Joey Belladona au chant, le Vince Neil du gang new yorkais, la voix (immuable, figée, vintage) du groupe) vient sonner le rassemblement des thrashers old school (le même jour, ce furent Sacred Reich, Overkill puis un excellent Testament qui vinrent à leur tour sonner les cloches de l’Enfer). Les avis furent partagés sur cette prestation équitablement partagée entre vieilleries cultes et titres du dernier album, d’aucuns baillèrent devant un professionnalisme faussement joyeux et artificiellement gouailleur (Charlie Benante a un métronome comme beaucoup de batteur, mais c’est pour mieux compter les temps qui le séparent de la fin du set) alors que d’autres prirent un certain plaisir à taper du pied sur des pièces de choix du panthéon thrash ici interprétées avec efficacité et maîtrise par le trublion agité du Big Four.

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Après avoir salué la prestation nette et sans bavure d’Offspring (dont le chanteur assure aujourd’hui bien mieux qu’à la grande époque, ce n’est rien de le dire), le vétéran des guerres psychiques que je suis salue avec respect et grande joie le (trop) court set de Loudness à l’heure du muscadet et des olives vertes du samedi pour une démonstration extatique (les musiciens souriaient jusqu’aux oreilles, à croire qu’ils n’avaient pas joué sur le sol de France depuis l’automne 1986). Dans la foulée du set des japonais, ce furent les coreux chrétiens de August Burns Red qui montèrent sur scène, ou comment faire un maximum de barouf sur la scène et être des plus poli, réservé et mutique en dehors. Attraction de l’après-midi, Sixx A.M enflamma le public des mainstages (du moins les quinze premiers rangs) avec un set de rock moderne et catchy optimisé par un noyau dur souriant et motivé (Sixx, Michaels et Ashba) et un trio de complément plutôt efficace (un batteur tatoué et deux choristes à la gestuelle chorégraphiée, mouais). Aucun morceau du Crüe Dieu merci (trois albums suffisent largement à nourrir un concert de quarante petites minutes) mais d’efficaces versions des titres les plus enlevés du trio (pas forcément les plus réussis donc) ici joliment mis en valeur et ainsi, comme par surprise, comme réhabilités. Volbeat ensuite. C’est plutôt un oeil et une oreille distraite qu’on a jeté au concert de ce groupe qu’on a beaucoup aimé (découvert au Hellfest huit ans plus tôt) sur la Mainstage 1. Mais rien n’a changé : toujours la même formule, toujours la même puissance, toujours la même ambiance rock’n’roll  50’s décalée. Très sympathique, efficace certes, mais si la qualité y était indiscutablement, l’envie (en tous cas la nôtre) n’y était plus.

La journée du dimanche enfin, session entamée par les volutes moyen-orientales offertes au public par un groupe très sympathique et au plaisir de communier contagieux (Orphaned Land), session continuée dans la foulée par un ersatz (impressionnant) de James Brown ayant viré cœur de rocker (Vintage Trouble, superbe moment là encore), session achevée enfin avant une première pause au beau milieu de l’après-midi par les frenchies de No One Is Innocent emmenés par un Kemar au top avec sa voix intacte, son énergie de collégien et son discours et aux colères malheureusement à l’avenant (Daech=enculés, waouh), nous donnant envie d’évoquer la mémoire de Pierre Desproges quand il avouait qu’il n’avait pas le courage de certains intellectuels français qui osent critiquer le Général Pinochet à quelques milliers de kilomètres du Chili. Mais faisons fi du propos contestatoire du porte-voix des No One pour saluer un super concert (ah « La Peau » sur la scène du Hellfest, ils n’étaient pas les seuls à l’attendre) des parisiens qui se mirent en l’espace d’un morceau le nombreux public dans la poche, entre riffs puissants, rythmes chaloupées, accélérations de guitares et refrains criards, il ne manquait rien, sinon dix à quinze minutes supplémentaires.Nous passerons pudiquement sur le set des Slayer, une sorte de Kiss circa 2016 avec Gary Hunolt dans le rôle de Space Jeff et Paul Bostaph dans celui du chat de la jungle (mouarf), un demi-groupe au répertoire inégalable (avec un mix, comme Anthrax, de classiques et de nouveautés) mais qui fait penser durant ces concerts simplement fonctionnels à un employé qui vient relever le compteur. Un moment plaisant quand même, même si le groupe joua cette fois à l’heure de Stade 2 (là où il était plutôt programmé à celui de Faîtes Entrer l’Accusé auparavant), attention donc à ne pas finir sur le divan de Michel Drucker juste après le journal de la mi-journée comme le premier Dragon Force venu. (Bruno)

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Plus tard dans le festival, achevant les dernières Grimbergen disponibles, le public put assister à la prestation de Blind Guardian. Blind Guardian, c’est un peu le pire et le meilleur. Le pire, c’est peut-être le premier morceau et ses dix minutes de speed metal mélodique et symphonique ampoulé. Le meilleur, ce sont les hymnes du groupe (« The Script For My Requiem », « Mirror Mirror », « Valhalla »…), imparables et  d’ailleurs repris en chœur par le public de la Mainstage 2. Un groupe en tous cas avec les défauts de ses qualités, très honnête et très loin des clowneries (et je pèse mes mots) trop courantes dans ce genre musical. Puis, une très jolie ballade (« The Hobbit-The Bard’s song ») ça fait du bien aux oreilles.  (Benoît)

Ecourtant à regret le set furieux et jubilatoire des Walls Of Jericho sur la Warzone pour aller se placer au mieux pour Jane’s Addiction, le choc vocal fut des plus rude en passant des vocalises viriles de la délicieuse Candace aux éructations Daffy Duckiennes du sieur Mustaine qui faisait festoyer son Megadeth en belle position, soit à l’heure du film du dimanche soir (nananère Slayer !). Rude transition en effet, un peu comme si on passait subitement d’un morceau chanté par Animal du Muppet Show à une chanson d’Alvin & Les Chimpmunks. Hum hum. Quelques morceaux écoutés ne suffisent pas à rendre compte, positivement comme négativement, d’un concert mais force est de constater que Mustaine et sa bande semblaient plutôt en forme, bien plus en tous les cas que lors de son dernier passage ici, des plus crispants. (Bruno)

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M COMME         METRES CARRES

Les nuages étaient un peu moins nombreux que les festivaliers et sûrement que beaucoup de gens auraient aimé un peu moins des deux. Dès le Vendredi la foule se pressait sur le site et Rammstein fût sans doute l’apogée, des dizaines de milliers de personnes ont assisté au concert rempli d’effets pyrotechniques. Et soudain une question me hante… Combien de festivalier se presse sur les 5 hectares accessibles au public du Hellfest ? Environ 60 000 par jour selon l’équipe organisatrice. Soit un densité de 1,2 personne au m2. Ça fait beaucoup, c’est parfois étouffant. Bon en même temps c’est un festival et cela fait sûrement parti du jeu. (Dj Duclock)

Hellfest 2016

Sunrise Sunset (photo par Jeanne Moineau)


 

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A propos de Benoit Platton

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