Dans sa logique de filiation avec le Fleuve Noir, Rivière Blanche continue d’éditer des textes de ses défuntes collections. Avec la publication de deux romans de François Darnaudet issus de la collection Gore ainsi que d’une nouvelle inédite, le fantastique et l’horreur sont à l’honneur pour un festival qui hisse haut les couleurs les plus écarlates.

 

Collioure Trap, le premier roman présent dans le volume, relate une partie de jeu de rôles entre potes férus d’univers fantastiques. Les zombies sont bien évidemment les personnages principaux entre autres monstres tous aussi vicieux, horribles et meurtriers les uns que les autres. Pour ce texte, François Darnaudet écrit avec la complicité de Catherine Rabier, son épouse. Collioure Trap est à appréhender avec une bonne dose de second degré, les auteurs faisant preuve de beaucoup d’humour et d’ironie pour narrer les aventures de ces aficionados du jeu de rôle. Le style est alerte sans jamais se prendre au sérieux. En prenant le thème du jeu de rôle, les auteurs en profitent pour lier les univers de L’appel de Cthulhu et de Donjons et Dragons tout en jouant avec les couches de réalité qu’offre leur récit.

Alors que Catherine Rabier part écrire des textes érotiques ou traduire les œuvres de Brian Stableford, François Darnaudet récidive dans le gore, toujours en faisant preuve d’un certain humour noir, avec Andernos Trap. Bien loin de la région parisienne où se déroule le premier roman, cette fois, des zombies envahissent une station balnéaire du sud de la France, Andernos. Ils vont cependant avoir maille à partir avec deux frangins qui ne se laisseront pas faire. À coups de fusils à pompe et autres mitrailleuses, ils sauront se défendre vaillamment face à une horde d’habitants zombifiés et agressifs. Après les jeux de rôle, François Darnaudet convie avec une certaine joie les films d’horreur de série B américains auxquels il rend ouvertement hommage. Ainsi se définit la démarche de François Darnaudet, avec ses personnages dessinés à gros traits et ses outrances dramatiques. Difficile de ne pas penser à Réincarnations de Gary Sherman devant son docteur fou qui réanime les morts ou au Retour des morts vivants. Le récit ne laisse aucun temps mort et privilégie l’action, les péripéties et quelques passages aussi drôles qu’horribles. L’auteur prend un malin plaisir à mélanger les références et les mythes pour un texte joyeusement foutraque dans la plus pure tradition de la littérature populaire.

Le dernier texte qui clôt la trilogie de ces drôles de pièges quelques peu sanglants s’avère être complètement différent, tant dans la forme que dans le fond. Trappes Trap est une nouvelle, en partie inédite, dans laquelle les zombies sont désormais bien loin. L’histoire s’attache à suivre des collectionneurs de cartes téléphoniques qui font l’acquisition d’une bien étrange pièce. Lors d’un récit beaucoup moins potache que les deux précédents, François Darnaudet pervertit le thème de l’objet maudit. L’ambiance est plus feutrée, le style plus sérieux et la construction narrative rejoint le principe de la nouvelle à chute, genre qu’affectionnait Richard Matheson. Après les excès délirants de Collioure Trap et Andernos Trap, Trappes Trap achève avec concision et une certaine retenue une trilogie à la narration sèche et pour le moins tranchante.

Pour conclure ce recueil, David Didelot, fondateur du fanzine Vidéotopsie, revient sur la collection Gore. Avec passion, dans une postface érudite, le fanzineux relate l’historique de la collection, sa ligne éditoriale et ses différentes évolutions au cours des années 80, décennie durant laquelle les maisons d’éditions françaises sont entachées de rouge sombre.

Ce volume ne ravira ni les détracteurs de jeux de rôles, ni les fans de zombies proprets tendance World War Z avec Brad Pitt, mais plutôt les nostalgiques d’une certaine époque durant laquelle la littérature d’épouvante garnissait encore les rayons des librairies loin devant les nains, les fées et les trolls…

Zombies Gore
François Darnaudet et Catherine Rabier, éditions Rivière Blanche, Collection Noire N°57, 240 pages, 17€.

A propos de Thomas Roland

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