12e édition du festival du cinéma espagnol de Marseille, “CineHorizontes”.

 

Il faut sauver le 7e Art

A maintes reprises, le torchon aura brûlé entre le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et les représentants de l’ARP, lors des 23es rencontres cinématographiques de l’association des Auteurs, qui se sont tenues du 24 au 26 octobre à Dijon. Il faut dire que le contexte était tendu. La raison: la remise en cause, en juin dernier, de l’exception culturelle par la Commission européenne, qui  travaille actuellement sur un texte de réformes soumis à consultation publique. Le texte en question – Communication Cinéma – tend, entre autres, à redéfinir les critères d’appréciation des aides d‘Etat au cinéma, ainsi que ceux de la territorialisation de l‘aide. De quoi inquiéter les professionnels d’un secteur déjà fragilisé par la crise. Des professionnels qui réfléchissent maintenant à la définition d‘une politique de cinéma globale, à échelle européenne. Les débats se sont déroulés dans un climat houleux, sur fond de santé variable du cinéma européen. Car, dans la zone euro, certains sont plus impactés que d‘autres. Le cinéma méditerranéen pour exemple.

Le cas espagnol est ubuesque. Unique en son genre. Un paradoxe vivant. Jamais il n’a été aussi florissant, tant d’un point de vue artistique que rentable à l’exportation. Chiffres à l’appui. “(…) Le cinéma espagnol en 2012 a atteint une part de marché de 20,5%, pourcentage le plus élevé des 27 dernières années, malgré la crise. La même année, il a rapporté à l’étranger un total de € 150,5 million, 38,6% de plus que dans les salles espagnoles, (1) rapporte Pedro Almodovar, corroborant les propos de Pedro Pérez, ex-président de la Fapae : “57,8 % de nos recettes totales en 2012 ont été réalisées à l’étranger, contre 42,2 % en Espagne” (2). L’embellie est donc confirmée à l’international. “L’intérêt de l’étranger pour notre cinéma progresse d’année en année“, constate Perez. “(…) les films espagnols sortis à l’étranger pendant l’année ont été vus par près de 25 millions de spectateurs “.  “141 films nationaux ont été exportés l´année dernière, représentant une augmentation de 28,2% par rapport à 2011 et + 55% par rapport à 2010 “(3), complète Almodovar.

Cet intérêt n’est pas nouveau, mais bénéficie d’un climax. Alors à qui la faute? A la crise économique qui, une fois de plus, par effet domino, plombe l’industrie cinématographique espagnole. Une des plus fortes d‘Europe à ce jour, avec des répercutions prévisibles : diminution du pouvoir d’achat des consommateurs, baisse de fréquentation des salles, gel des productions. Selon Le Monde, “En Espagne, la part du cinéma espagnol (serait) passée localement de 35 % à 15 % “ (4). Les signaux d’alarme se multiplient. Notamment lors de la 27e cérémonie des Goyas, le 17 février dernier. Dernier en date: celui lancé le 12 octobre dernier par l’icône de la Movida, Pedro Almodovar sur le webzine Infolibre.es. Dans cette tribune intitulée Cinéma espagnol, l’extinction, le réalisateur madrilène exprime sa colère face au maintien de la TVA à 21%: “(…) lls ne peuvent pas ne pas être au courant de ce que nous offrons, de ce que nous représentons (..) Il faut dire que le gouvernement de Mariano Rajoy  n’y est pas allé de main morte, avec un plan de rigueur voté le 11 juillet 2012. Coupes budgétaires visant la fonction publique, les budgets de l‘éducation et de la santé, suppression d’aides publiques, augmentation de la TVA qui passe de 18% à 21%. Aux grands maux, les grands remèdes. Quant à être salutaire, c’est une autre paire de manches. Le résultat est pour le moins aléatoire. “Toutes les prédictions faites à l’époque de cette hausse (de la TVA, ndlr), (que le public arrêterait d’aller au cinéma, que beaucoup de salles fermeraient), se sont vérifiées, sauf celles du gouvernement qui pensait augmenter ainsi ses recettes“. Et accuse: (…) Ils punissent le cinéma espagnol jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Parce que tout cela suit un rigoureux plan d’extermination (…) Depuis notre ‘Non à la guerre’, le cinéma espagnol est devenue la bête noire des gouvernements du PP (Parti populaire). Les coupes et le mépris actuels résultent de ce ‘Non‘” .

L’incompréhension est compréhensible, et l’impasse prévisible. Car, si, pour l’instant, l’international représente une porte de sortie pour de nombreux réalisateurs espagnols, il pourrait, à long terme, se transformer en voie de garage. Et ce, malgré la solidarité entre pays de culture hispanique (Amérique Latine, Mexique). Alarmistes, en effet, sont les propos de Steven Spielberg au sujet de l’avenir de l’industrie cinématographique. Lors d‘une rencontre, en juin dernier, avec des étudiants de l‘université de Californie, il disait: “Tout ce qui les motive, (NDLR : les producteurs) c’est l’argent. Ça ne tiendra pas indéfiniment. Ils se crispent de plus en plus sur leur quête de profit. (…) Il y aura une implosion le jour où trois, quatre, voire une demi-douzaine de ces films au budget démesuré vont se planter au box-office. Le modèle qu’on connaît aujourd’hui va changer.”

Des solutions-tests existent, selon Pedro Pérez, qui, lui aussi, en juin dernier, s‘exprimait à ce sujet: “(…) Se servir du prix de l’entrée comme d’un levier: si le public le trouve trop élevé, il faut en tirer les conséquences. Il n’y a pas d’autre manière de ramener les gens au cinéma que d’adopter une politique des tarifs agressive, le but étant bien d’attirer les spectateurs”. En résumé, un cinéma mondial au bord de la crise de nerfs. De quoi avoir envie de suivre l’exemple des espagnols, qui expriment leur colère sur les billets de banque.

Marseille fête le cinéma espagnol avec CineHorizontes

L’intérêt pour le cinéma hispanique ne cesse effectivement pas de croitre. En France, les festivals  qui lui sont dédiés poussent comme des champignons. Dans l’actualité, signalons la 12e édition du festival du cinéma espagnol de Marseille, CineHorizontes, qui se déroulera du 8 au 16 novembre dans différentes villes du Sud de la France: Marseille, Aix-en-Provence, Avignon, Aubagne, La Ciotat, Martigues, Vitrolles.

Pour cette nouvelle édition, carte blanche est donnée au festival de Malaga et son directeur, Juan Antonio Vigar. Ce dernier en profitera pour présider le jury d’une compétition officielle qui regroupe une sélection de courts métrages, de documentaires et de longs métrages.
A la liste des festivités: une soirée spécial Mexique, une Nuit du frisson, et plusieurs hommages. Deux  à des acteurs phare du cinéma espagnol : Angela Molina et Javier Cámara. Un à la Movid,a en présence de Ouka Leele et Alberto García-Alix. La programmation est disponible  ici dans son intégralité Pour plus d’infos, visitez le site.

 

(1), in Lepetitjournal, Cécile Panissal, 15 octobre 2013.
(2), in entretien à Alfonso Rivera pour Cineuropa, 18 Juin 2013.
(3), in Lepetitjournal, Cécile Panissal, 15 octobre 2013.
(4), in article Alain Beuve-Méry, 28 octobre 2013.

 

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