Stéphane Batut – “Vif argent”

Auréolé d’une bonne réputation – plus que justifiée – et de deux récompenses  dont le prestigieux Prix Jean Vigo, Vif Argent va essaimer l’écrin noir des salles et de nos rêves dès fin août, à l’instar de la chemise pailletée noire de son héros, Juste.  Comme une étoile filante, à la fois fulgurante et discrète. Ne passez pas à côté de ce joli météore.

Juste erre dans Paris à la recherche de personnes qu’il est seul à voir. Il recueille leur dernier souvenir avant de les faire passer dans l’autre monde. Un jour, une jeune femme, Agathe, le reconnaît. Elle est vivante, lui est un fantôme. Comment pourront-ils s’aimer, saisir cette deuxième chance ?

Même si ça parait fou, j’ai envie que ça continue. Apparais-moi encore, mon beau rêve murmure Agathe à Juste. C’est aussi ce que nous spectateurs, ressentons, sans cesse surpris et doucement troublés par ce film singulier qui n’obéit qu’à ses propres règles fantaisistes et affranchies du réalisme.

Les paillettes ne sont pas seulement celles qui ornent la chemise de Juste, mais aussi un renvoi au titre. Selon le réalisateur, Vif-Argent “évoque un éclat furtif, quelque chose qui étincelle dans la nuit comme ce que vivent soudain Juste et Agathe dans le film. Puis le vif-argent c’est aussi le nom du mercure utilisé comme principe actif en alchimie, un agent révélateur. Et Mercure c’est aussi le messager des Dieux dans la mythologie, celui qui conduit les âmes aux enfers”.

Vif argent est un film de premières fois : premier long d’un directeur de casting chevronné (auprès – notamment – de Mathieu Amalric, Sharunas Bartas, Serge Bozon, Arnaud Desplechin, Noémie Lvovsky…), après le remarqué documentaire, Le Rappel des oiseaux. L’étonnant Timothée Robart, pour sa première apparition au cinéma, campe avec acuité Juste. Lorsque, mutique lors de la scène d’ouverture, tout passe par son regard, son jeu n’en est que plus impressionnant. Quant à sa partenaire, Judith Chemla est remarquable de grâce, à la fois éthérée et charnelle. Le déclic amoureux opère sur une version du tube cotonneux des Kinks, repris par les Pretenders I go to sleep, parfaite invitation l’onirique. Nous partons avec eux dans le royaume des rêves, à la frontière poreuse fantasme/réalité. Batut réinjecte de la modernité à une certaine (et trop rare) propension française poétique versant Cocteau, Franju.

Le brillant scénario (co-écrit avec Christine Dory et Frédéric Videau) est une relecture astucieuse du mythe d’Orphée et convoque moult autres réminiscences fantastiques : les fantômes de Cria Cuervos de Carlos Saura, le couple qui ne se retrouve que lors de leurs songes dans l’étonnant Peter Ibbetson de Henry Hathaway …

Voici le memento, proposé par le distributeur du film, les Films du losange :

✨ ROMANCES ATYPIQUES ET FANTASTIQUES AU CINÉMA

 1990 : Peut-on tomber amoureux de Frankenstein ? (“Edward aux mains d’argent”)
 1992 : … d’un vampire ? (“Dracula” de Francis Ford Coppola)
 2004 : … d’une amnésique ? (“Eternal Sunshine of the Spotless Mind”)
 2019 : … Et de l’homme invisible ?

Réponse dans Vif-Argent.

Ce premier film de Stéphane Batut séduit par son lyrisme et son audace : un romantisme assumé jusqu’au bout, comme on voit rarement dans le cinéma français, souvent plus soucieux de naturalisme que de l’évasion dans l’imaginaire.

Un rêve ne se raconte pas, il se vit avec ses condensations et accélérés.
Vif Argent au titre alchimique a bien réussi son dosage, inscrivant un univers onirique dans le quotidien du 19 ème parisien ; un quotidien transfiguré, des Buttes Chaumont et un périph’ féeriques…

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A propos de Xanaé BOVE

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