De retour du front afghan, après une opération clandestine qui a éradiqué son unité, Christian essaie de reprendre une vie normale. Mais le passé récent le rattrape et il se retrouve mêlé à un trafic d’opium pour sauver deux de ses frères d’armes ayant survécu à la mission. Sentinelle sud, premier long métrage de Mathieu Gérault, peine à démarrer, engourdi par un récit filandreux qui a bien du mal à marquer son territoire, à choisir une voie claire entre la chronique sociale et politique et le film noir à l’ancienne sur fond de braquage, trahison, meurtres et fatalisme. Paradoxalement, c’est cette indécision qui le rend intéressant, interstice où le film se révèle touchant, inefficace sur le plan dramaturgique mais très incarné et souvent juste. L’efficacité à tout prix n’est pas toujours un gage de qualité.

Sentinelle sud: Sofian Khammes, Niels Schneider

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Le réalisateur dessine des personnages consistants, à commencer par Niels Schneider parfait en militaire un peu perdu, revenu intact physiquement mais blessé par les événements. L’acteur, prodigieux, curieusement rajeuni, vampirise l’écran par sa seule présence, massive et enfantine, puissante et fragile. Autour de ce personnage central, aux fêlures intériorisées, gravitent des figures très fortes, de son compagnon de route Mounir au gangster local imposant, sympathique et effrayant, en passant par le commandant interprété par un Denis Lavant impressionnant, plus sobre que d’habitude. Cette attention méticuleuse accordée aux personnages évoque le cinéma de Sidney Lumet, référence explicite de la part de Mathieu Gerault. En revanche, il se montre moins à l’aise avec la seule présence féminine, endossée par l’excellente India Hair, Lucy, ergothérapeute qui peine à exister à l’écran, sinon comme contrepoint humaniste par rapport à un milieu d’hommes violents et immatures.

Sentinelle sud: India Hair

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Le parcours de Christian, somme toute classique, se réfère au film noir des années 40 mais prend un tournant assez atypique dans sa résolution singulière, éloignée de tout ce que l’on pouvait imaginer. Pour l’épilogue, aussi optimiste que surprenant, et la direction d’acteurs très maîtrisée, Sentinelle sud mérite le déplacement. Ce curieux scénario, hybride et surprenant, aurait sans doute mérité une mise en scène moins fonctionnelle. Très soignée (belle lumière, découpage filmique cohérent), toujours au service du récit, attentive aux acteurs, elle ne propose cependant rien de très novateur, cherchant avant tout à retrouver une forme de classicisme proche du cinéma américain des années 70.

Malgré cette limite, ce thriller rural, qui a la bonne idée de ne montrer aucune image de la guerre, préférant laisser l’imaginaire du spectateur travailler, se révèle une bonne surprise, portrait lucide de combattants tentant de retrouver une part de leur innocence perdue à la guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

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