Marcio Reolon et Filipe FilipeMatzembacher- “Beira-Mar ou l’âge des premières fois”

Dès les premiers plans, sans musique, sans parole, il est clair que ce film va devoir se mériter. Qu’il va nous faire partager ce sentiment de malaise, d’errance, de flottement, qui sont si souvent le lot de l’adolescence. Le lot et pas le cadeau. A cette condition, il sera possible d’entrer dans Beira-Mar, le bord de mer en portugais, d’y entrer par glissements successifs et progressifs comme le fait la caméra, comme le ferait une mémoire parcellaire et oublieuse. Et d’accéder à la beauté d’une fin en état de grâce.

Entre le silence et la mer, une quête identitaire

Nous sommes dans le sud d’un pays reconnu comme “le plus dangereux pour toute personne issue de la communauté LGBT”, celui-là même où “un candidat a proposé que les homosexuels soient exclus du reste de la société et isolés sur une île”. Le Brésil, c’est ainsi que l’un des deux réalisateurs, Filipe Matzembacher en parle*. Il y est né, ainsi que son co-réalisateurMarcio Reolon. Et c’est sur leur terre ou plutôt au bord de leur mer d’enfance que, comme le long d’une frontière, va se dérouler la quête identitaire de deux ados filmés après sept mois de répétitions et dans l’ordre chronologique des scènes. Les lignes narratives s’avèrent rares et floues, les silences nombreux. Il s’agit pour Martin de se rendre dans la famille de son grand-père décédé et d’y récupérer un document nécessaire à un héritage.

L’adolescence autrement

De quel voyage s’agit-il ? Celui transgénérationnel après dix ans d’un silence total qui restera inexpliqué ? Celui qui nous conduit au bord d’une côte brésilienne au visage méconnu et méconnaissable, comme si ce dépaysement était nécessaire à l’éclosion d’une véritable identité ? Celui des sens qui se perdent au fil d’une longue fête elliptique et déliquescente ? Jeux de reflets et de silences sensibles baignés par le son d’une mer hors-champ omniprésente, intrigue minimaliste, esthétique épurée, fraîcheur d’une interprétation non-professionnelle offrent à ce premier long métrage un traitement différent des références de teenmovies, et c’était là l’enjeu des deux réalisateurs et scénaristes.

La mer blanche et froide, la famille hostile, le lourd non-dit, autant de limites en contrepoint de la maison où Thomas et Martin se posent dans un temps suspendu. Autant de limites nécessaires à leur transgression pour qui sait accueillir son désir, se jeter littéralement à l’eau, et comme un espace d’intense liberté, franchir sa peur.

 

*Cf leur interview par Cédric Lépine dans le dossier de presse.

 

Brésil/Portugal. Avec Mateus Almada, Ariel Artur, Mauricio Barcellos, IreneBrietzke, Elisa Brittes, MaitêFelistoffa. 2016. Direction artistique : Manuela Falcão. Montage : Bruno Carboni, Germano de Oliveira. Photographie : João Gabriel de Queiroz. Numérique couleur. 83 mn. Distribution Epicentre Films. Dates de sortie : 17 février 2016

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