Aux antipodes des niaiseries consensuelles de L.O.L. ou de l’esprit réjouissant et potache des Beaux gosses, Crache cœur trouve le ton juste pour évoquer les errements tourmentés de l’adolescence tout en retraçant le parcours initiatique de Rose, un personnage de jeune fille beau et rugueux.

     Crache cœur : c’est un titre violent jusque dans ses sonorités, un titre en forme d’oxymore qu’a choisi Julia Kowalski, un titre qui épouse les contradictions de l’adolescence, pour rendre au mieux l’âpre sentiment de révolte conjugué à l’immense désir d’être aimé qui habite sa jeune héroïne. Le premier film de la réalisatrice est un concentré d’émotions et un petit bijou formel, de sa palette ultra-léchée à sa superbe bande-son.

Copyright Zootrope Films

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     L’héroïne de Crache cœur n’a rien d’une jeune fille en fleurs, encore moins d’une beauté éthérée et alanguie façon Virgin Suicide : adolescente aux joues rebondies, toujours affublée d’une salopette, Rose semble ne pas avoir encore complétement quitté le terrain de l’enfance, malgré ses velléités d’indépendance. Dans une jolie séquence au début du film, on la voit allongée sur son lit, en t-shirt et culotte, les jambes au mur et les cheveux tombant en cascade. Elle visionne sur une petite caméra le concert auquel elle vient de participer, filmé par son père, et se rend compte tout à coup que l’enregistrement est raté : de colère, elle s’enfonce la flûte dans la cuisse pour se faire mal. L’évolution de la scène vient alors faire réapparaître sous le masque de la jeune fille sensuelle et désirable la petite fille colérique à la moue boudeuse, incapable de maîtriser ses pulsions. Julia Kowalski excelle ainsi à dépeindre le malaise de son héroïne, sa difficulté à trouver sa place et la frustration qui l’étreint. Si on sait gré à la réalisatrice d’avoir abandonné un premier titre un peu trop explicite elle avait d’abord pensé intituler son film Récit de famille et de frustration – du moins ne laissait-il aucun doute sur ses intentions : représenter ce sentiment d’oppression propre à l’adolescence, encore exacerbé par le cadre familial ressenti comme un carcan. A la faveur d’une rencontre inattendue et d’une aventure amoureuse où se mêleront l’exaltation et le grotesque, Rose parviendra à gagner en maturité et à trouver son équilibre.

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     Le film de Julia Kowalski est cru et attachant. Au plus près de la vérité, il s’éloigne cependant du réalisme habituellement réservé à ce genre de sujet pour acquérir une dimension romanesque et universelle, servie par une très jolie mise en scène. Dans Crache cœur, le soin accordé aux décors, aux couleurs et à la musique est remarquable et confère à ce film un éclat singulier. Les couleurs contribuent à dessiner un univers pop harmonieux, à l’instar de la séquence d’ouverture dominée par un superbe camaïeu de bleus tranchant sur un ciel invariablement gris. A cette palette éblouissante s’ajoute un univers mélodique tout aussi saisissant, entre la très belle musique de Daniel Kowalski, frère de la réalisatrice, et Ma Mère L’oie, sublime morceau de Ravel interprété par l’orchestre de Rose au début du film. Bonne nouvelle donc puisque ce premier long-métrage modeste au titre accrocheur tient toutes ses promesses.

 

 

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A propos de Sophie Yavari

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