Vic Armstrong – « Au-dessus de la loi / Joshua Tree » (1993)

Antagoniste culte de Sylvester Stallone ou de Jean-Claude Van Damme puis plus tard membre phare des Expendables, Dolph Lundgren aura eu, entre la fin des années 80 et le début 90, plusieurs opportunités de s’imposer en solo. Si son physique hors normes (on parle de près de deux mètres et plus de cent kilos) couplé à sa maîtrise des arts martiaux (le karaté où il obtient plusieurs titres est sa discipline privilégiée) en ont fait d’évidence un profil de premier choix pour le cinéma d’action, le colosse suédois semblait promis à un autre destin. Fils d’ingénieur, il intègre plusieurs grandes écoles et dispose d’une maîtrise en génie chimique à l’université de Sidney. Alors qu’il est accepté à l’Institut de technologie du Massachusetts, il s’installe à New York avec sa petite amie, la chanteuse Grace Jones et commence à prendre des cours de théâtre. Grâce à cette dernière, qui joue la compagne du méchant campé par Christopher Walken, il effectue une première (courte) apparition sur grand écran en 1985 dans le James Bond, Dangereusement Votre. Sa carrière bascule quelques mois plus tard seulement, après avoir été auditionné pour Rambo 2 : La Mission, Stallone préférera finalement l’intégrer à son autre célèbre franchise, Rocky. Bonne intuition, Rocky IV deviendra le plus gros succès de la saga et le Ivan Drago campé par Lundgren se posera comme l’adversaire le plus redoutable qu’ait eu à affronter le boxeur de Philadelphia. Incarnation d’un fantasme caricatural de brute épaisse soviétique dangereuse et impitoyable au service d’une œuvre à la portée propagandiste à peine déguisée en pleine ère Reagan, il attire l’œil de nombreux producteurs. On le retrouve en 1987 dans l’adaptation du dessin animé, Les Maîtres de l’Univers, dans la peau du bien nommé Musclor, puis en 89, il est le premier à interpréter Frank Castle aka le Punisher dans le film éponyme. Pourtant qu’il soit à l’affiche de grosses licences ou de projets taillés sur mesure (Le Scorpion Rouge, Dark Angel, Envoyé Spécial), il peine à ameuter les foules sur son seul nom. En 1992, son affrontement musclé devant la caméra de Roland Emmerich face à Jean-Claude Van Damme dans Universal Soldier lui permet de se refaire une santé au box-office. Il collabore alors en 1993 avec son ami cascadeur Vic Armstrong désireux de passer à la réalisation (actif depuis le milieu des années 60 notamment sur plusieurs James Bond, Superman, Indiana Jones…) rencontré lorsque Grace Jones tournait dans Conan Le Destructeur, recroisé notamment sur Universal Soldier. Au-dessus de la loi (ou Joshua Tree en version originale, rebaptisé Army of One lors de l’exploitation vidéo), écrit par l’ancien marine Steven Pressfield (coscénariste de King Kong 2) propose une alliance d’artisans de l’action autant qu’une énième opportunité d’imposer l’acteur sur le devant de la scène. Transportant des voitures de sport volées, Wellman Santee (Dolph Lundgren) est témoin du meurtre d’un policier et de son complice par un lieutenant ripoux : Frank Severance (George Segal). Blessé et arrêté, Santee s’échappe en prenant en otage Rita Marek (Kristian Alfonso), de la police elle aussi. Severance doit absolument l’éliminer. A travers le désert, la chasse à l’homme commence…

Copyright MGM 1993

Célébré dans des rôles de sales types, Dolph Lundgren incarne ici un héros du mauvais côté de la loi, en position du fugitif obligé de prouver son innocence. Ce « compromis » résume d’une certaine façon le paradoxe d’un comédien en proie à un déficit criant de capital sympathie, pour qui l’empathie n’est pas innée. Si son imposante stature lui confère un ascendant naturel, elle contribue également à véhiculer l’idée d’un individu sans failles, créant une distance coupable avec le spectateur. Au-dessus de la loi tente hasardeusement de pallier à cette carence dès son introduction surdramatisée pour ensuite façonner un semblant de trauma à son protagoniste. Cette tentative se révèle doublement infructueuse, sur la forme (musique envahissante, ralentis balourds, montage atténuant la clarté de la situation) mais aussi au niveau de l’interprétation où se confondent volontarisme grossier et justesse de jeu. Dès lors difficile de s’impliquer outre mesure dans un récit convenu et globalement prévisible, réutilisant à plusieurs reprises ce prologue sous la forme de flash-back, telle une tentative vaine et désespérée d’approfondir la psychologie de Santee ou de démontrer les capacités dramatiques de Lundgren. Idem, lorsque sont intronisés des personnages secondaires fonctions (un père, un fils de substitution) à l’utilité toute relative : ces maigres velléités éloignent un temps le film d’une simplicité qui lui sied autrement mieux, celle de l’efficacité primaire et bourrine. En dépit de quelques plans aux aspirations iconiques flirtant avec le ridicule, Vic Armstrong démontre quelques aptitudes dans l’action pure, notamment pour les poursuites en voitures, dopées aux vues subjectives, tirant parti d’un décor cinégénique. Il réussit surtout un long climax sanglant à la générosité contagieuse, mêlant gunfights, coups en tout genres, destructions et explosions, dans un climat décomplexé où peuvent enfin s’exprimer pleinement les atouts de l’acteur. Cette scène pivot laisse derrière elle une majorité des scories précédemment évoquées et lance une deuxième moitié de métrage autrement plus réjouissante, fonçant sans trop d’accrocs vers le spectacle bas du front attendu. Dolph Lundgren ne semble alors jamais autant à son aise qu’un fusil à la main, vêtu de sa chemise rouge et atténué par quelques blessures. Ennemi impitoyable, il ne s’épanouit au mieux que dans le rôle du héros stéréotypé, sans plus-value autre que son physique hors du commun. Ce registre limité, le cantonnant à un charisme monolithique, résume à la fois l’échec partiel du projet et le plaisir coupable qu’il peut constituer.

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Au-dessus de la loi s’avère problématique lorsqu’il cherche à s’échapper de ses attributs premiers et à l’inverse tout à fait divertissant dès lors qu’il refrène ses modestes ambitions afin d’aller à l’essentiel. Il est par ailleurs amusant de constater certains parallèles entre Wellman Santee et le futur Dominic Torreto que campera Vin Diesel dans la saga Fast and Furious, soit deux anciens pilotes automobiles ayant basculés dans la marginalité avec un goût similaire pour les armes à feu pourvues d’un canon long : simples coïncidences ou véritable influence ? Cette dimension potentiellement matricielle d’une figure emblématique ne manque pas d’interpeller. Inédit en haute-définition, le film (co-édité avec Lionheart Éditions) intègre la collection Collector VHS d’ESC distribution impulsée par les ressorties de plusieurs Van Damme ou récemment Daylight avec Stallone, en plus de sortir en Blu-Ray et DVD. L’édition fournie en suppléments contient notamment un commentaire audio du réalisateur en compagnie de son frère producteur et un long entretien avec Dolph Lundgren. L’acteur revient sur son parcours sans langue de bois, évoquant entre autres, l’évolution du cinéma d’action, tant dans sa mise en scène que le choix de ses comédiens. Loin de l’image qu’il peut véhiculer à l’écran, intelligent, naturel, sympathique et pertinent, il se révèle foncièrement attachant.

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