Michael Armstrong – "La marque du diable" (The Ecstasy of films)


Et hop, un troisième titre pour Ecstasy, le petit éditeur que nous avons soutenu depuis le début et que nous continuons à suivre de très près. Cette fois ci, au menu, tortures en tous genres sous le règne de l’inquisition, religieux pervers réglant leurs comptes avec leurs frustrations sur des pauvres filles accusées de sorcellerie. De l’exploitation pur jus totalement voyeuriste… et quelque fois encore bien éprouvante.

Quand nous étions enfants, nous fantasmions à l’infini devant les jaquettes des VHS, captivés par le choc et l’interdit. Parmi les collections mythiques, « Les films que vous ne verrez jamais à la télévision » de René Chateau fut l’une de celle qui éveillait le plus notre imagination. Et entre Maniac, Zombie et  Massacre à la tronçonneuse, la vision de cette jeune femme en train de tirer la langue prête à être arrachée par un type au rictus sadique et portant d’énormes pinces, nous a hanté longuement avant qu’on puisse (ou pas) se pencher sur le contenu.

The Ecstasy of films opère, quelque part, ce retour du fantasme cinéphile de gamin. Les voilà donc qui sortent une édition bardée de bonus de ce pur produit d’exploitation (de torturesploitation, même), production allemande réalisée par le britannique Michael Armstrong qui s’attarde sur les exactions des inquisiteurs et les prétendues sorcières au 17e siècle (1). Et s’attarder est bien entendu le mot, tant La marque du diable s’attache bien plus à montrer qu’à dénoncer… même si la charge anticléricale est omniprésente. En effet, le film ne cesse de montrer combien les victimes étaient désignées, selon les frustrations d’homme d’églises, pour dissimuler des viols commis à l’intérieur de l’institution ou palier au fait qu’ils ne pouvaient pas consommer eux-mêmes ce que les femmes leur donnaient à voir : leur beauté et leur sensualité. Le péché et les pécheresses est une création du regard. « Nous ne pouvons l’avoir, exterminons la ! » semble être le mot d’ordre des tortionnaires de Mark Of The Devil, outrancié, surligné à tout point de vue. Sorte d’équivalent cinématographique au livre Le musée des supplices de Roland Villeneuve, Mark of the devil tient de ces petits musées attrapes touristes comme on en trouve, par exemple, à Amsterdam, et du catalogue d’horreurs qui continue à avoir son effet aujourd’hui : écartelements, langues arrachées et supplice de la goutte d’eau, qui est peut-être l’un des pires moments du film. Le film titille le voyeurisme du spectateur.

Ne brillant pas particulièrement par ses qualités formelles, le film d’Armstrong est tout de même à mille lieues du formidable Grand Inquisiteur de Michael Reeves, réalisé un an avant, mais il suscite une indéniable fascination – malsaine, dirons certains – dans ce mélange d’opportunisme et de pseudo dénonciation (« Tout ce que nous allons vous montrer est vrai« ) et sa capacité à ne pas reculer devant le grotesque, le machiavélisme des bourreaux n’échappant évidemment pas à la caricature. De plus La Marque du diable est suffisemment radical, particulièrement noir, y compris dans sa façon de ne pas offrir d’issue à ses malheureuses victimes tout en jouant la carte du romanesque (ah, cette délicieuse musique sentimentale pour accompagner les moments amoureux) pour susciter l’intérêt et tenir parfois de l’expérience. Au détour de certaines séquences, il parvient à dépasser le regard malsain pour provoquer un sentiment de révolte face au regard impuissant des supplicié(e)s. Les charges les plus ridicules sont aux origines des mises à mort les plus odieuses.

Herbert Lom s’en donne à coeur joie en mimant Price dans le film de Reeves, ignoble inquisiteur soignant son impuissance par le meurtre. Quant à Udo Kier, chasseur de sorcières novice en pleine prise de conscience, il passera définitivement de l’autre côté chez Morrissey/Margheriti. Mark of the devil ne serait rien sans la présence de l’abominable Reggie Nalder (Le tueur de L’oiseau au plumage de Cristal, ce sera lui) dont le visage est un traumatisme à lui tout seul. Bien que n’ayant pas le génie formel d’Ishii (ce qui l’empêche parfois de dépasser le stade de la simple curiosité), on ne peut s’empêcher de penser à son cycle des Femmes criminelles, ce cinéma inconfortable, que n’auraient pas renié Bataille et Sade, exploitant jusqu’à saturation la perversité de notre regard face aux horreurs. La Marque du diable reste donc un objet tour à tour désagréable et intrigant, indispensable pour tout cinéphile déviant qui se respecte.

The Ecstasy of films, pour ce double dvd, ne fait pas dans le léger puisqu’il propose un tirage limité au chiffre emblématique de 666 exemplaires dont chacun est accompagné de sacs à vomis d’origine (et oui, ça faisait partie du marketing de l’époque) et d’un fac-similé de 28 pages incluant une partie du MONSTER BIS – « Inquisition Torture Bourreaux ». Il ne limite pas ses bonus à du gadget. On y trouve notamment la Bande annonce originale, une galerie photo, une foule d’entretiens vidéos avec l’équipe (Udo Kier, Herbert Fux, Gaby Fuchs, Ingeborg Schöner et Herbert Lom), un entretien audio avec Herbert Lom, un reportage sur Norbert Moutier ou encore une rencontre avec Jacques Sirgent, directeur du « Musée des vampires et monstres de l’imaginaire ». Viennent s’ajouter, la critique d’époque de Joe Dante, des scènes coupées, des radios spots d’époque. Allez, vous reprendrez bien un tour de chevalet ?

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Mark of the devil est co-écrit par Adrian Hoven qui commettra La Torture en 1973 (avec l’aide d’Armstrong à l’écriture) en poussant encore le bouchon un peu plus loin pour torture Erika Blanc.

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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