La sortie en DVD de Contronatura est un petit événement qui ravira les amateurs de cinéma bis pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’Antonio Margheriti conservait une certaine affection pour ce film personnel qu’il a écrit et réalisé. Malheureusement, le résultat fut un bide commercial et le film ne connut qu’une exploitation confidentielle en Italie tandis qu’il restait inédit en France.

Ensuite, parce que cette pièce rare de l’œuvre du cinéaste a quelque chose d’anachronique. Sorti en 1969, Contronatura appartient à la tradition du cinéma « gothique » qui s’est peu à peu essoufflée au milieu des années 60. On sait qu’avec le très beau Danse macabre, Margheriti a donné ses lettres de noblesse au genre et alors qu’il s’est un peu fourvoyé lorsqu’il a abordé la science-fiction (la soporifique Planète des hommes perdus) ou le pastiche de James Bond (Opération Goldman), le cinéaste retrouve tout son talent en renouant avec l’atmosphère du cinéma d’épouvante.

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Dans l’Angleterre des années 20, deux notables et leurs compagnes se rendent à Brighton pour traiter d’une affaire de succession. Ils sont accompagnés par un secrétaire qui est aussi l’amant d’une des deux femmes (Margaret) et tombent en panne sur la route à cause d’un violent orage. Ils trouvent refuge dans un vieil hôtel désaffecté où vivent Uriat et sa vieille mère, une spirite toujours en transes. Isolés du monde, ils acceptent de participer à une séance de spiritisme qui va éclaircir le sombre passé de tous…

Margheriti commence par jouer, avec un certain talent, avec le décorum classique du cinéma gothique : vieille demeure lugubre et isolée, pluies diluviennes, orage menaçant, vent qui s’engouffre par les fenêtres et fait claquer les portes… Les hôtes de ces lieux ne sont pas, cette fois, des savants fous ou des vampires mais un curieux couple porté sur le dialogue avec les morts. Le fantastique n’occupe finalement qu’une part congrue du récit et ne tient qu’à la manière dont Uriat et la vieille mère semblent tout connaître du passé des convives…

Si l’utilisation de la couleur ne permet pas de jouer d’une manière aussi expressive avec les ombres et les lumières que le noir et blanc, Margheriti parvient néanmoins à instaurer une atmosphère trouble et oppressante.

Contronatura est une œuvre construite sur une succession de flash-backs qui apportent peu à peu un éclairage sur les motivations des personnages. Le scénario n’a finalement que peu d’importance et c’est davantage la manière dont le puzzle se reconstruit sous nos yeux qui suscite l’intérêt. Uriat et sa mère sont les véritables maîtres d’une cérémonie secrète qui se révèlera, au bout du compte, une vaste entreprise de dévoilement. Du coup, le film vaut moins pour sa dimension « fantastique » finalement assez discrète que pour son côté « criminel » : derrière le masque de la respectabilité, les personnages dissimulent tous de viles turpitudes.

Margheriti nous plonge au cœur de l’âme humaine et tente d’expliquer ce qui peut pousser des individus à commettre des meurtres. La raison la plus classique, celle qui a motivé les deux notables, est bien évidemment l’appât du gain. L’autre, classique également, c’est la passion amoureuse. Mais là où le film fait preuve d’originalité, c’est qu’il scrute les méandres d’un désir lesbien. Parallèlement aux affaires louches menées par les hommes, Vivian doit composer avec son attirance indomptable pour les femmes.

Le charme vénéneux du film vient, sans aucun doute, de ce personnage tourmenté et amoureux. Margheriti n’en rajoute pas dans l’érotisme (le film est étonnamment sage) mais donne à son œuvre une coloration passionnelle assez envoûtante. Cela se traduit d’ailleurs par une mise en scène qui privilégie les cadrages insolites, obliques et les inserts brutaux (sur les yeux, par exemple).

Même si nous ne sommes pas du tout dans l’univers du « giallo », Margheriti -qui en a signé un l’année précédente (Nude…si muore)- réutilise certains traits stylistiques, caractéristiques du genre, pour les réinjecter dans l’univers du cinéma d’épouvante gothique.

Ce curieux mélange d’atmosphère macabre, de machination criminelle et de désirs incontrôlés fait le prix de Contronatura, une pépite rare au cœur de l’œuvre abondante et inégale d’Antonio Margheriti…

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Contronatura

(Italie – 1969 – 87 min)

Réalisation : Antonio Margheriti

Scénario : Antonio Margheriti

Photographie : Riccardo Pallottini

Interprètes :  Joachim Fuchsberger, Marianne Koch, Helga Anders, Dominique Boschero

Éditions Artus Films

Sortie en DVD le 3 mai 2016

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A propos de Vincent ROUSSEL

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