Marion Montaigne – “Bizarrama Culturologique”

L’infidélité au Professeur Moustache paye-t-elle ? Si on avait grandement apprécié le travail de Marion Montaigne sur Tu mourras moins bête, s’amusant de cette vulgarisation rieuse qui montrait que science et sourire étaient loin d’être incompatibles, tout en en ressentant les limites (du passionnant à l’anecdotique, avec un goût certain pour la serendipité qui faisait dériver certaines planches en évitant le sujet), on était curieux de voir ce que pouvait donner son trait dans un sujet plus libre.

Voici donc le Bizarrama Culturologique, recueil des planches dessinées pour la très pop émission d’Arte (co-éditeur de l’ouvrage) Personne ne bouge, variations supposées autour des péchés capitaux et de sujets plus anodins jonglant sur l’absurde et le loufoque dans, nous dit-on, un « voyage culturel drôle et varié ».

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Si on a plaisir à retrouver le trait bon enfant et joyeux de la blogueuse, là où le bât blesse, c’est qu’aucune des planches ici réunies ne réussit (ne cherche ?) à transcender le relatif conformisme de la plupart des lieux scénaristiques traversés : d’un Dieu cherchant à rebooter la machine humanité gavée de McDo sur Doctissimo à Satan bien embêté par les masochistes qui semblent prendre du plaisir à être en enfer et qui s’en confie à son psy, en passant par Martin Scorsese en manque d’inspiration ou Santa Claus achetant un traineau robot qui chante du Céline Dion, on est en terrain connu du gag Bd-esque, diablotins rouges, références à l’actu et jeu de mots potaches à la clef.

Jamais assez extrêmes pour être totalement débridées, elles oscillent alors entre petites phrases sympathiques et francs ratages (une planche demandée sur François Truffaut devenant un gag sur le magasin de jardinage, lulz).

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Offrant libre cours au penchant de l’auteur pour l’anecdotique bon enfant au risque, sans jamais être désagréable, de ne plus surprendre au-delà d’un sourire ou d’un air un peu trop franc de « déjà-lu », ces petits billets sans motivations donnent cette étrange sensation de légèreté, dans l’ambivalence d’un tel terme : tout à la fois agréable et inachevé, recelant la potentialité d’un grand rire alors que l’on passe déjà à autre chose, les réduisant à une forme de perpétuelles petites virgules « rigolotes » et clins d’œil pop de bon aloi.

La faute sans doute à l’exercice et à la thématique frivoles (« un bazar de thématiques passées au shaker loufoques de Marion Montaigne » vante benoitement la quatrième de couverture) et à une rencontre peut-être ratée.

Car si on applaudissait sa capacité à dégriser l’ennui, on se rend compte ici que manque à l’appel le nécessaire contrepoint. Pas étonnant alors que les planches les plus drôles soient des références à des personnalités réelles et bigger than life, comme ce couple de prédicateurs US extrémistes ou ce professeur de Stanford qui passa sa vie à écrire des articles sur ce qui l’énervait dans l’existence. Le reste du temps, plus soutenu par la colonne vertébrale du plaisir de l’enquête, de la connaissance ou de l’exposé vulgarisant, qu’il éclairait autant que dynamisait, l’humour somme toute assez convenu de l’auteur s’y révèle à nu voire carrément dépouillé de tout atour.

Si la traversée de ces pages se révèle sympathique et si l’on y picore avec amusement, elle n’en reste pas moins un peu trop polie pour se révéler indispensable.

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A propos de Jean-Nicolas Schoeser

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